PRÉFACE. Y
élernelles, aussi mystérieuses que les abtmes de la conscience.
Ces temps sont loin de nous, mais nos contemporains eux-mêmes, bien qu'indifférents au travail intime de rame, ne peuvent nier que chez Thomme le besoin de croire soit aussi impérieux que celui de raisonner. Et puis, queUe grande question peut-on aborder sans éclairer et raffermir les principes? Qu'est-ce que le droit! Quels rapports ont les individus entre eux et avec la société? Où finit le domaine de la raison, et oh commence celui de la foi? queUe part doit-on faire à l'indépendance individuelle, quelle part à l'autorité? comment et pour quelle fin sommes-nous dans ce monde? comment devonsnous nous conduire ou être conduits, si ce monde a été créé et est encore gouverné par un être supérieur à nous.
Toutes ces questions se tiennent, et le problème religieux se retrouve au fond de tous les problèmes contemporains, là même où il apparaît le moins : il se réalise dans l'ordre des faits, de façon à montrer que le péché originel fait la légitimité des gouvernements, et que les mauvais instincts justifient le droit de punir et l'existence des armées. Le libre arbitre et la fatalité, voilà les pôles entre lesquels roulera éternellement la philosophie aussi bien que la théologie.
Quand un éloquent sophiste prêcha un état de nature contraire et tout à fait opposé à l'état social; quand il dit : < L'homme est né bon, et la société le pervertit; » en renversant l'ordre théologique, il renversa aussi l'ordre politique et enfanta la révolution.
Plus le flot révolutionnaire monte, et plus il bat en brèche les digues de l'autorité; mais le sentiment nous révèle confusément, l'intelligence nous fait voir clairement et l'expérience nous affirme que la société a besoin pour subsister ou de la foi ou de la force. Affaiblir les croyances.
n PRÉFACS.
c'est affaiblir F homme lui-même, c'est remplacer la Yoix de la conscience par le despotisme des ordonnances; c'est employer les menaces, la prison, la force armée, les impôts , les serviteurs de TËf at^ pour faire que l'homme subisse, en le maudissant, un joug qu'auparavant il subissait avec l'obéissance de l'amour ou du moins avec résignation.
En vérité, aujourd'hui, tandis que la vie des peuples se transforme, et qu'au milieu des souffrances qui en résul* tent le temps nous manque pour y penser, l'homme se détache des idées élevées pour se laisser glisser dans le domaine de la matière et au courant des choses du jour. Insatiable de tout ce qui exalte et enivre, affolé de progrès matériels, il dédaigne toute innovation qui ne se traduit pas en espèces sonnantes ou en plaisirs. En conséquence, à l'hérésie qui nie et proteste a succédé l'hérésie qui ignore et ne distingue plus. Quel homme de nos jours a quelque expérience de la vie spirituelle? Qui dispute encore sur la question de savoir si c'est la foi, ou si ce sont les œuvres qui nous sauvent? si Dieu dans le sacrement de l'autel se trouve en substance ou à l'état de symbole? Le dogme est considéré non plus comme l'essence de la religion, mais comme une explication, une sorte de formule que s'est donnée à elle-même notre raison, avide de voir clair dans ce que tout le monde sent, mais mettant toujours au-dessus des croyances l'indépendance de l'esprit individuel. Même pour les bons, la foi est déjà moins une qualité intérieure et surnaturelle que la règle extérieure de la vie; et je ne parle pas de ceux qui non-seulement bannissent de l'ordre naturel ce qui est au-dessus des sens, mais encore en nient la possibilité.
Combien, même parmi les personnes instruites, possèdent à peine quelques notions générales, indéterminées, obscures, peu respectueuses même sur les divergences doctrinales entre les Catholiques et les Protestants ! En