PRÉFACE. TS
Italie il est facile de reconnaître la canse principale d'nn pareil état de choses; la nation, avant les déchirements actuels, était toat entière catholique, et par conséquent à Tabri des controyerses ; mais aujourd'hui ceux-là mêmes qui ont le devoûr de poursuivre ce genre d'études ne col* tivent pas suffisamment, soit la science des sources en ce qui concerne la lettre (philologie biblique^ crUique^ A«rméneuHqué)^ soit la science des principes (apologétiquêy dog* matiquey catéchèse^ pédagogie^ liturgie^ arî^ droit, morale), soit celle des faits (archéologie, histoire), ou celle des symboles.
Comme les esprits frivoles bavardent chaque jour sur les grands sujets avec une témérité égale à leur ignorance, les vrais savants, ne se trouvant pas en face d'adversaires sérieux, dédaignent de descendre dans la lice, et laissent ainsi aux premiers rhonneur ou plutôt le vain plaisir de se gloriGer d'une fausse victoire. De ce train nous arrivons à considérer comme un mérite rindiflférence, c'est-à-dire non-seulement le droit réciproque pour chacun de penser à sa fantaisie, mais encore le dégoût de toute investigation sérieuse , ou Tironie qui raille toute conviction pro* fonde. Et pourtant la source de tout sentiment chrétien est dans les dogmes.
On prétend que les controversistes soulèvent plus de doutes qu'ils n'en dissipent.
A dire vrai, pour celui qui n'a jamais conçu ou jamais entendu d'objections contre la religion de sa mère, tout livre qui traite de semblables objections devient un péril, et la réfutation, quelle qu'elle soit, peut lui laisser une impression dangereuse ; aussi, bien des gens voudraient que le devoir du chrétien se boro&t à croire et à vénérer. Heureux celui qui a reçu le don de cette foi naïve I Mais il y a longtemps que Tertullien disait : < La vérité n'a à rougir de rien, si ce n'est de n'être point connue. » Tous les Pères ont soutenu que la religion doit redouter non pas l'investigation loyale, mais l'ignorance et l'erreur, et
Tm PRÉTACB.
les plus grands saints ont franchement révélé les obji tions qui provoquent la controverse et en font jaillir la lumière. S*il est bon que le grand nombre vive dans une croyance naïve, après avoir puisé dans une première éducation la vénération pour ce que TÉglise enseigne, combien d'autres ont le devoir de montrer qu'ils en ont exploré les fondements avec cette docilité raisonnée que TApôtre recommandait, et cela en unissant la science à la discussion, Texamen à l'obéissance ?
A notre sens il n*y a plas de société civile bien cimentée, là où l'on a des opinions, non pas des croyances; et le mépris des idées religieuses est un symptôme effrayant pour l'avenir moral d'un pays : car, une fois le sentiment de l'idéal oblitéré, il ne reste plus que l'empirisme et la soif des satisfactions basses, précaires et serviles. Là où ridée religieuse languit, il faut la raviver en la discutant publiquement à l'égal des autres intérêts qui agitent le monde, et là où on se livre à des déclamations hostiles, comment pourrait-K)n voir une pierre de scandale dans l'exposition que les fidèles font de la vérité? Maintenant donc que s'accroît le contact avec les dissidents, il importe de ne pas être pris au dépourvu sur les controverses dogmatiques, et de ne pas croire qu'il suffise de mépriser l'attaque et de maudire l'assaillant. Il faut connaître et défendre les grandes vérités, quand l'ignorance les obscurcit, quand la malice les renie, et quand les passions les travestissent.
Dans un temps où il nous fallut subir d'autres tyrannies, alors que n'avaient point cours sur le marché les mots de liberté, de patrie, de nationalité, nous ne nous sommes point lassé de les répéter jusqu'au jour où ils sont devenus à la mode ; mais, hélas I comme la mode, ces grands mots se sont altérés, et en sont venus à avoir une signification toute contraire. Nous, aujourd'hui, nous voulons redire les mots de conscience, de foi, d'avenir,