‹ Les hérétiques d'ItalieChapitre 6 sur 30 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

Buonarotti, de Sigonio, de Hasini, de Zani, de Gappello, du procurateur Jusânien, de Dîedo, de Morsinî, de LoredanOy de Laura Quirini, de Secondinî, de MafTei et de tant d'autres (B).

Peut-être on dira que c*est une excuse que nous préparons pour nos erreurs et nos inexactitudes, et Dieu sait dans combien de fautes nous pourrions tomber ! Mais nous nous sommes efforcé d'exposer toujours avec précision la vérité telle qu'elle est définie par l'Église, aux décisions de laquelle nous nous soumettons sans réserve, en déclarant bien haut que les doutes que nous exprimons ne sont autre chose que des interrogations respectueuses, et que nous sommes prêt à rétracter toute proposition entachée d'erreur ou de témérité, aussitôt que rautorité nous en aura dûment averti.

Notre sujet eût pu à chaque pas nous entraîner au style ascétique; mais nous serions trop exposé aux railleries d'une société qui calcule et ne sent plus. Nous ne ferons pas non plus un travail d'apologie et de panégyrique ; mais nous procéderons avec la sincérité qui nous est habituelle. L'institution ecclésiastique se trouve mêlée (et autrefois elle le fut davantage) aux choses d'ici-bas, de telle façon qu'elle a contracté à leur contact quelque souillure ; elle a dû se servir des moyens de la sagesse mondaine pour assurer sa propre indépendance ; elle est dirigée et gouvernée par des hommes, auxquels le Christ a bien promis l'infaillibilité dans les décisions, mais non pas l'impeccabilité dans les actes. Et comment en serait-il autrement, puisque les anges eux-mêmes dans le ciel ne furent pas impeccables, puisque le premier homme dans le paradis terrestre et Pierre aux côtés de Jésus ne le furent pas davantage?

Nous ne voulons ni dissimuler les égarements, ni les exagérer ; nons savons qu'aux papes est dû Thommage de la vérité tout entière; et si plusieurs fois il nous ar-

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rive d*adoacir par des explications ce qu'il est de mode aujourd'hui d'envenimer par le sarcasme, nous serons le premier à déplorer les abus qui furent l'occasion ou la force des schismes.

Nous avons cru qu'il était de notre devoir de connaître les controverses capitales de notre temps, touchant les origines du christianisme et la prétendue formation des livres canoniques et des dogmes; outre la Vie de Jésus de Strauss et celle de Renan, outre les Évangiles d'Eichthal, nous n'avons pas négligé de lire Y Histoire des trois premiers siècles de F Église ^ par M. E. de Pressensé; YHistoire du Christ d'Ewald ; les Études historique et critiques sur Vorigine du christianisme, par A. Stop ; VHiS" toire élémentaire et critique de Pcyrat; nous avons suivi les études critiques de l'école de Tubingen, les essais composés par les Anglais disciples de Colenso, et les discussions si multipliées de Jowel sur les Épîlres de saint Paul; celles de Milman sur le cbrislianisme latin; celles de Wilt sur la doctrine et l'école d'Alexandrie; enfin celles de Baur sur le Christianisme et VÉglise chrétienne, etc

Mais après avoir replacé le christianisme face à face avec l'histoire, avec la raison, avec les consciences, après l'avoir interprété avec toute liberté d'esprit, nous nous sommes senti confirmé dans notre respect pour la tradition catholique. Nous avons puisé dans nos études de nouveaux motifs pour être convaincu que l'organisation actuelle de l'Église est excellente, soit pour modérer comme il convient la souveraineté du petit nombre, tout en donnant aux masses l'esprit de subordination, soit pour procurer aux hommes la plus grande dose possible de bonheur ; nous entendons ce bonheur qui sait faire céder les volontés, non à la contrainte, mais à la douceur d'une morale persuasive. Nous sommes également convaincu que le principal sacerdotal, qui est le pouvoir le

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plas antique» est aussi le plus vénérable et le plus généreux; qu*il est la def de voûte de Tédifice social et la sauvegarde de la liberté pour les nations , parce qu'aux bouleversements sociaux il peut opposer Tunique force capable de les arrêter, la conscience.

' La religion ne touche pas seulement à la partie sentimentale de l'homme; elle embrasse l'homme tout entier; bien plus, toute la société; et les mœurs, la législation, la vie domestique et la vie politique en reflètent la douce influence : en résumé» elle est l'expression la plus profonde de la conscience de l'humanité à une période donnée. Voilà pourquoi toute religion est ^une histoire, et la nôtre en particulier est une de celles dont la connaissance importe le plus à l'humanité; on ne peut bien la comprendre dans un siëde sans remonter au précédent. Aussi nous avons dft nous reporter au berceau du christianisme, non-seulement pour y découvrir le principe divin de la civilisation moderne, la garantie du droit commun, la base des législations nouvelles, le lien social des peuples, la règle des consciences, mais encore pour y voir l'afiermissement et le développement des vérités traditionnelles avec le germe des erreurs qui grandiront plus tard, au douzième et au seizième siècle, sur lesquels nous nous arrêterons de préférence.

Ciomme nous aurons à parler des personnes et des faits dont nous avons traité plus d'une fois dans nos précédents ouvrages, le lecteur voudra bien nous permettre de nous servir parfois des mêmes expressions; toutefois, le but différent de ce travail demandait des procédés nouveaux ; et si, dans d'autres écrits, nous avons employé de préférence les aperçus synthétiques et les tableaux d'ensemble, dans celui-ci nous aurons souvent recours à la biographie et aux récits anecdoliques.

Laissant de côté cette phraséologie, si en vogue de nos jours, qui annihile la réalité, confond les formes et

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répand ainsi dans le livre le ton superficiel et évasif du journal, nous nous efforcerons de peindre les hommes avec leurs passions, avec leurs vertus, avec leurs vices , sans en fetire ni des auges, ni des démons. Nous ne manquerons jamais aux convenances que se doivent entre elles des créatures déchues et faillibles, bien que nous n'espérions pas la réciprocité de la part de ceux qui, habitués dès Tenfance à ne voir la vérité qu'à travers le prisme du parti pris, traitent comme un préjugé ce qiû heurte leurs propres préjugés.

N'est-ce pas tomber dans Tun de ces préjugés que de jeter à la face d'un écrivain qui traite de matières religieuses, les reproches d'ignorance, d'iUibéralismô et d'intolérance? Quant au premier reproche, nous l'acceptons. Il est vrai cependant que, pour diminuer cette ignorance, nous avons consacré nos veilles pendant bien des années à recueillir des notions et des faits en partie nouveaux, en partie disséminés dans des ouvrages difficiles à aborder ; et que nous avons eu recours à l'expérience de ceux (et ils sont rares en Italie) qui prêtent aide et conseils à l'homme d'étude.

Aimons-nous la liberté ? Nos livres et notre vie tout entière sont là pour répondre bien haut, et la meilleure preuve de notre attachement pour elle, c'est de ne l'avoir point reniée, même en voyant les honteux triomphes de ceux qui l'ont traînée dans les bouges de la prostitution ou sur les tréteaux des charlatans.

Quant à Tintolérance, nous n'en fûmes jamais soupçonné, même par nos ennemis, bien au contraire; et Taffligeant spectacle donné par ces ecclésiastiques dont les emportements ont fait inventer l'expression de haine théologique, nous rendra attentif à maintenir notre dignité, tout en respectant celle de nos adversaires. L'Église veut que nous les considérions comme des frères en Jésus- Christ, que nous gardions l'espérance de les voir un jour

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