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guisé sons la mysticité germanique ou sous la grâce française ce honlieur d'être belles , et ce besoin d'être aime'es qui vous occupait tout entières, l'amour vous sera pardonné ; le ciel n'est inexorable que pour la haine , la dureté du cœur, le mensonge et la perfidie.
» Vous qui fûtes belles et qui fûtes sages, autant du moins que les hommes pouvaient Tespérer d'un sexe dont la sagesse détruisait l'empire et dont la faiblesse était l'essence ; vous qui , par l'emploi brillant de vos talens , avez fait la gloire et le bonheur des hommes , un doux Elysée, un immortel bonheur vous attendent. »
Je vis alors s'élever d'un côté un palais magnifique , dont l'imagination seule pourrait mesurer l'étendue. De l'autre côté se projetait sur un abîme , dont le fond échappait aux regards qui voulaient en sonder la profondeur , un pont d'une étendue immense ; et qui, semblable a la fameuse arche de l'Alcoran , n'offrait dans toute sa longueur qu'une lame étroite et aiguë , plus fine et plus aiguisée que celle d'un rasoir: mon esprit s'étonnait lui-même des merveilles qu'il se plaisait à créer; je cherchais vainement a deviner la double destination de l'édifice magique et du pont miraculeux; l'ange prit encore une fois la parole»
« Il vous a plu, mesdames , de mourir toutes, sans exception, jeunes et belles. Je ne vois
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ici que des Orientales de douze a quatorze ans , des Anglaises de dix-neuf, des Italiennes de vingt , des Françaises de vingt-cinq ans. La mort , ordinairement si [tizarre dans les coups qu'elle porte , s*est avise'e d'une singulière uniformité. Mais descendez un peu dans votre mémoire, consultez vos souvenirs , et soyez bien sûres de l'âge précis oii vous avez quitté le monde ; car celles-là seules traverseront sans danger le pont de Pabîme , qui s'y présenteront à l'âge qu'elles avaient au moment où elles ont cessé de vivre. »
Vous eussiez vu toutes les femmes se presser, s'agiter , et céder a leurs voisines le dangereux honneur du pas. L'ange avait beau leur crier : Passez donc, on vous attend de l'autre côté; presque toutes reculaient devant l'abîme , dont elles mesuraient avec effroi la profondeur. « Je m'aperçois, dit alors en riant l'ange rapporteur dans ce grand procès, que, même après leur mort, les femmes ne veulent pas convenir de leur âge, et que la laideur est pour elles le tourment le plus redoutable ; qu'une métamorphose subite commence donc le supplice de celles que poursuit la colère céleste. »
Au même instant, les dévotes hypocrites, les intrigantes de cour , les tyrans femelles de toutes les conditions, les femmes ambitieuses, avares et cruelles, perdirent tous leurs charmes, et les rides de la vieillesse sillonnèrent a longs
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traits ces beaux corps , enveloppes insidieuses d'un cœur corrompu ou d'une ame perverse.
Celles qui n^avaient a expier que des erreurs conservèrent la beauté' de leurs formes,, mais se virent au même instant couvertes de la tête aux pieds d'une longue robe d'une étoffe e'paisse , qui ne laissait deviner aucune des beaute's dont elles e'taient pourvues, et qu^elles ne devaient quitter qu'à l'expiration du temps plus ou moins long de leur pénitence. Parmi les femmes de cette dernière catégorie, j'en remarquai plusieurs ,165 plus coupables sans doute, dont le nez devint rouge , la voix rauque , et la tête absolument chauve.
Les véritables élues du ciel se distinguèrent tout a coup par une beauté divine , dont la Vénus des Grecs , embellie de tous les charmes de Psyché et des Grâces , ne pourrait donner qu'une idée imparfaite.
Séparée en trois corps, l'armée des femmes s'avança sur le pont aigu ,* les réprouvées roulèrent dans l'abîme , les pénitentes restèrent suspendues au-dessus du gouffre, et les élues arrivèrent à l'autre bord; mais je ne comptai qu'un bien petit nombre même de ces dernières qui achevât le trajet d'un pas ferme et sans chanceler sur la route.
Je les suivis jusque dans le palais céleste qui leur était destiné. La description de ce séjour des anges femelles appartiendrait de droit a nos
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auteurs romantiques; eux seuls pourraient nous retracer ces coupoles de diamant s'élevant a perte de vue sur dix rangs de colonnes de rubis, de saphirs et d^émeraudes , d^où les rayons ëpure's du soleil font jaillir les flots d'une lumière e'maille'e des plus riantes couleurs ; ces fleuves de vif argent qui se dessinent en portiques , s'e'lèvent en gerbes, et retombent en cascades dans un lac immense, où flottent des îles de fleurs; cet air embaumé , ces jardins où se jouent des myriades d'oiseaux d'un plumage plus brillant que le colibri, d'une voix plus mélodieuse que le rossignol. Je renonce a de'crire ces merveilles, et je reviens a des observations qui me sont plus familières.
Dans quel langage humain trouverais-je des expressions pour rendre la voluptueuse pureté du délire qui s'empara de moi en entrant dans le céleste Gynécée? Toutes les vertus, tous les talens, tous les sentimens généreux, toutes les passions aimables personnifiées, en ces lieux de délices , sous les formes toujours variées d'une éternelle jeunesse et d'une impérissable beauté! Au centre d'une des îles flottantes s'élève le palais des Souvenirs , où les femmes se revoient et se retrouvent telles qu'elles étaient sur la terre ; au moment où j'y entrai , cinq femmes en sortaient; les unes en riant, et les autres les larmes aux yeux; je reconnus Agnès, Ninon, Héloïse , Corinne et Corilla.
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L'histoire , Féloge et la critique des femmes s'y trouvaient re'suraés en quelques sentences inscrites sur les colonnes de cristal qui soutenaient la coupole de ce le'ger e'difice. J'en ai retenu quelques-unes.
— Les femmes ont des de'fautsj les hommes ont des vices.
' — Etre ou chimère inconcevable , abîme de douleur et de volupté ^.
— La socie'te' de'pend des femmes ^^.
— Les vertus des femmes sont difficiles ; la gloire n'aide pas a les pratiquer ^*^.
— Les femmes sont des maîtresses pour les jeunes gens, des compagnes pour les hommes mûrs 5 des nourrices pour les enfans et pour les vieillards ^^^^.
— La vertu a quelque chose de plus aimable dans les femmes ^^^^^.
— La plus indifférente est quelquefois la plus sensible.
— Une belle femme avec les qualite's d'un honnête homme : perfection de l'espèce humaine.
— Les femmes ont plus ou moins de bon sens, a proportion des goûts qui les dominent.
* Rousseau.
** Voltaire.
*** Madame Lambert,
**** Oxicnstern,
***** Duclos.
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— Il en sera des femmes comme des passions j on ne cessera de s^en plaindre , et l'on y reviendra toujours.
— La plupart des femmes ont des vertus que les occasions seules peuvent dévoiler.
— Quelque vertu qu'ait une femme, le caprice ne perd pas son droit.
— Les femmes dont le sentiment est fin, ont plus d'esprit que les hommes les plus spirituels.
— Les femmes, avec plus de sentiment, d'imagination, dégoût et de finesse, auront moins de jugement et moins d'esprit que les liommes j incapables d'application , elles ne pourront avoir de ge'nie 5 elles apprécieront tout et n'inventeront rien.
— L'erreur de la plupart des femmes est d'échanger des sentimens contre de l'esprit.
— La mémoire des femmes est plus dangereuse que leur esprit.
— Les femmes vulgaires connaissent la honte sans connaître la pudeur.
En sortant du palais des Souvenirs j j'entrai dans un bois de lauriers, au milieu duquel s'élève un temple d'une éclatante blancheur 5 sur le fronton je lus ces mots : Dévouement siihltme. Au fond du sanctuaire je trouvai réunies le petit nombre de femmes qui ont laissé au monde , avec l'exemple du génie, de la force d'ame , une vertu sans tache, un courage inconnu a leur sexe, et souvent au-dessus du nôtre. La se trou-
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vait la noble Aria, sur le sein de laquelle se voyait encore la trace du poignard dont elle se frappa pour encourager Pétus j Fe'pouse de Sénèque, cette jeune Pauline^ qui s'ouvrit les veines près de son mari expirant; Lucrèce , qui ne voulut point survivre a sa honte; Èponine, qui partagea neuf ans la retraite souterraine où se cachait Sabinus, et qui le suivit sur l'e'chafaud ; Jeanne d Arc , qui sauva la France ; Boadicée , qui sauva l'Angleterre; l'adorable ÉUsaheiJi de France f qu'aucun pe'ril, aucune menace ne put de'cider a séparer son sort de celui de son auguste frère ; madame Roland, qui se de'voua si généreusement pour son pays et pour son époux, qui montra Famé deSocrate sous les traits d'une femme jeune et belle, et dont le courage fît pâlir ses bourreaux; l'héroïque Charlotte Corday , qui poignarda le monstre qu'une nation tout entière ne savait que craindre et haïr ; madame de Lafayette , qui s'enterra vivante dans les cachots d'Olmutz, où son illustre époux expiait son dévouement à la cause de la liberté dans les deux mondes. Telle fut ma vision ; j'ai voulu vous en rendre compte avant que la réflexion Tait effacée de mon esprit.
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