‹ Les hermites en liberté (volume 2)Chapitre 26 sur 56 · AUX DIX-SEPT FEMMES. I · texte numérisé non relu

AUX DIX-SEPT FEMMES. I

la société au mot, et que je me fusse dit a moimême : Je suis jeté' dans la classe la plus obscure, dont on m'a défendu de sortir j voici venir une re'volution qui me permet de rentrçr dans mes droits d'homme et de citoyen , j'en userai sans me mettre en. peice des maux qui peuvent en re'sulter pour ceux qui s'appellent mes maîtres, parce qu'ils ont vu le jour au premier e'tage et moi sous la grand'porte. Mais la raison qui me sugge'rait ces premières ide'es ne tint pas contre mon cœur, qui valait mieux qu'elle; et, quand je pouvais rester tranquille sur le rivage, je me jetai dix-sept fois a l'eau pour sauver ceux qui se noyaient : je ne m'en repens pas; mais Dieu sait que j'ai bien a cela quelque mérite. »

Ce peu de mots me donna l'envie d'apprendre l'histoire du bonhomme Georges.

<( Parbleu, lui dis-je, vous devriez bjen me conter votre roman ; il m'intéresserait plus en effet que tous les exploits et toutes les passions factices dont nos contes en prose sont ordinairement semés. — Volontiers , monsieur» , reprit le bonhomme Georges, en prenant place auprès de moi.

« Je suis né au faubourg Saint-Germain, dans la loge de l'hôtel du comte de L"^"^"^, oii mon père, sous le nom de suisse, comme on disait alors , était concierge , comme on dit aujourd'hui, ou tout simplement portier, comme on devrait dire. Dès l'âge de neuf ou dix ans je

faisais les commissions de Phôtel , et je me souviens qu'a de'faut de coureur, le neveu de son altesse m'avait choisi pour sa correspondance du matin avec mademoiselle Allard , célèbre danseuse de POpe'ra. Cette demoiselle me prit en amitié, et me fit entrer a Sainte-Barbe, où elle payait ma pension : j'avais quelques dispositions , j'aimais l'étude, et il est probable que l'écolier serait un jour devenu professeur si , dans une querelle entre un brillant élève , son répétiteur, et un pauvre boursier, je n'eusse pris parti pour ce dernier. Le nez du jeune seigneur fut cruellement maltraité dans cette explication a coups de poings : le noble battu porta plainte , et le recteur décida , dans sa justice, que celui qui avait fait saigner du nez le gentilhomme agresseur serait chassé comme un vilain.

)) Il n'était pas bien sûr que ma main fût coupable du horion malencontreux ; mais il y allait pour mon ami Bertrand de la perte d'une bourse; je risquais beaucoup moins, je pris sur moi la faute, et je fus mis a la porte; c'était mon poste de toute éternité. Mon père venait de mourir , et ma mère me mit sur le corps le baudrier paternel , que j'acceptai avec une extrême répugnance.

» Cependant quelques années de ma jeunesse s'écoulèrent assez doucement ; j'avais découvert le parti que je pouvais tirer de ma position ;

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