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que, malgré le fidéicommis, je ii^ivais pu jusqu'ici, ni vendre la moindre partie de ses proprie'tc's, ni même en toucher le fermage.
» Soit que la réflexion eût éclairé M. le Comte de ^^^ sur son injustice envers nous, soit que son cœur paternel eût été vivement ému des malheurs qui menaçaient sa fille, et dont je n'avais point adouci la peinture , la réponse que je reçus, pleine des témoignages de la plus vive reconnaissance, me fit bientôt oublier mon ressentiment, et je ne pensai plus qu'à achever mon ouvrage , en cherchant le moyen de remettre Amélie entre les bras de son père.
» Notre amoureux ieirorisie , sans soupçonner mon projet, en craignait néanmoins le résultat, et ne trouva rien de mieux, pour s'opposer au départ de la jeune personne, que de solliciter l'ordre de la faire arrêter comme fille d'émigré. Bertrand m'aida pendant quelques mois a déjouer cette intrigue infernale, dont le secret, dévoilé a notre jeune pupille, avait changé en horreur l'inclination qu'elle avait d'abord éprouvée pour un pareil séducteur. Informé par Bertrand, du succès inévitable et prochain des démarches du Montagnard, je m'avisai, pour la première fois, d'un moyen de la hardiesse duquel vous allez juger : mon ami Bertrand , officier public de ma section ^ dressa l'acte de mariage de Georges Grounmann, suisse d'origine, avec Amélie de ^"^^j et lui délivra en même temps un i 17.
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passe-port avec lequel celle-ci, dès le jour même, partit avec ma mère pour rejoindre son père a Coblentz.
» Croiriez -vous 5 Monsieur, que le Comte de ^^^ se montra beaucoup moins sensible au plaisir de retrouver sa fille, qu'a la honte d'apprendre qu'elle avait porte' mon nom pendant trois jours ; et que ma mère, pendant les vingtquatre heures qu'elle passa dans le pauvre logement que le Comte occupait, ne fut point admise a l'honneur de sa table.
» Je vous fais grâce des re'flexions amères , je dirai même, des ide'es de vengeance que cette conduite impertinente fit naître dans mon esprit, et je continue ma narration.
)) L'année suivante on se pre'parait a vendre l'hôtel de L^^* dont j'e'tais toujours concierge 5 j'adressai une pe'tition au département, et je parvins a faire réserver ce bâtiment pour une administration publique. Lorsqu'elle y fut installée, je témoignai a M. Duremont (chef d'administration que j'avais impatronisé dans Ihôtel) le dessein et les raisons que j'avais d'aller chercher fortune ailleurs,
» M. Duremont était un homme d'esprit et de cœur; il connaissait ma conduite, il appréciait mon caractère , et me témoignait une confiance a laquelle il était bien difficile de ne pas répondre; j'y serais parvenu cependant, s'il n'avait employé les sollicitations de sa femme
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pour me détourner de ma re'solution. Comment résister a cet ange de grâce et de jeunesse? je restai concierge.
» La révolution qui parcourait toutes ses périodes, d'excès en excès était arrivée au dernier terme de la terreur : la probité irréprochable , le patriotisme ardent du citoyen Duremont ne le mirent pas long-temps a Fabri des suspicions du comité de surveillance j il fut arrêté dans la nuit même où j'avais tout préparé pour sa fuite. Peus l'adresse et la présence d'esprit de le faire conduire dans une des succursales des prisons de Paris . dont je connaissais le concierge. Huit jours après il était arrivé en Suisse avec son gardien. Rien de plus romanesque et de plus intéressant que l'histoire de sa fuite.
» Madame Duremont me devait la vie d'un mari qu'elle adorait, je n'ai pas besoin de vous parler des témoignages de sa reconnaissance. Le fugitif fut jugé par contumace , et tous ses biens confisqués.
» La misère a laquelle ce jugement réduisait cette jeune dame et l'enfant qu'elle nourrissait, l'affligeait beaucoup moins que l'impossibilité où elle était de rejoindre son mari. Cette pensée funeste finit par prendre un tel ascendant sur son esprit qu'elle altéra sa santé, et ne me laissa bientôt plus d'autre espérance de lui sauver la vie que de la rendre a son époux.
» J'entrai chez elle un matin ; Madame, lui
dis-je, je puis, avant un mois, vous ramener k votre mari, et vous faire rentrer dans la plus grande partie de vos biens. Elle m'interrompit par des cris de joie qu'accompagnait un déluge de larmes : Mais, continuai -je, avant de rien entreprendre, j'ai besoin que vous vous engagiez avec moi, par serment, à ratifier toutes les de'marches que je vais faire, et a suivre aveuglément la conduite que je dois vous tracer, quelqu'inconcevable qu'elle puisse vous paraître.
— Mon ami, me répondit-elle, je n'ai plus de confiance qu'en Dieu et en vous : mon sort, ma vie , celle de mon époux et de ma fille sont entre vos mains , je vous les abandonne sans crainte et sans réserve.
» Le lendemain je lui portai à signer une demande en divorce : elle frémit et jeta sur moi un regard plein d'irrésolution; Madame, lui disje en. essayant de sourire , ce n'est la que la moindre des preuves de confiance que j'exige de vous. Elle me serra la main, prit la plume et signa.
» Quinze jours après, je lui portai l'acte de divorce, bien en règle. Maintenant, lui dis-je, en votre qualité de femme divorcée d'un contumace, vous voilà rentrée dans la jouissance de votre dot et de votre douaire. — Et mon mari, iuterrompit-elle brusquement, quand pourraije le rejoindre ? — Quand vous serez remariée.
— P\.emariée !... — Oui , madame , remariée