‹ Les hermites en liberté (volume 3)Chapitre 10 sur 36 · RIEUNAL DE POLICE CORRECTIONNELLE · texte numérisé non relu

RIEUNAL DE POLICE CORRECTIONNELLE

Il i certain t/iat tnuch of the projligacy of ike plcbcian order arises from extrême ign jrunce

V Essajs moral and litlerar/ , bj V . Knox. )

11 est certain que la de'pravation de la cljs^e plébéienne résulte de son extrême ignorance.

Vous savez, mon cher confrère, que le tribunal de police correctionnelle a pris une 3[rancle importance depuis quelques années. Il ne s'était occupé , jusqu'à ces derniers temps , que des délits des classes inférieu-

res ; on n'y voyait guère comparaître q la populace vagabonde des chiffonniers, ( fripiers de carrefour, des cochers de fîac et de cabriolets. C'est là que venaient abc tir les escroqueries en plein air et les qu relies des guinguettes. Depuis cette ép que, les plaintes nombreuses en calomr et les nouvelles lois sur la presse , y o amené des personnages assez importans poi fixer l'attention publique, et attirer une £ fluence considérable de spectateurs des ran. les plus élevés de la société. Des causes è plus grand intérêt ont été développées dai cet aréopage subalterne ; et plus d'une vol éloquente y a revendiqué les droits de 1 raison et les garanties de la liberté.

Les personnes qui ne connaissaient qu de réputation notre temple de la justice ont été généralement surprises de la mes quinerie matérielle de ce tribunal. La plac réservée au public est si étroite, que cin

suite personnes ne sauraient s'y ranger nmodément; les sièges des avocats sont 'sque au pied du tribunal , de sorte que public, les juges, les prévenus et leurs 'enseurs ont à peine assez d'espace pour tmouvoir, et sont aussi gênés que les coures du festin de Boileau. L'air circule difiilement dans cette enceinte mal éclairée; lorsque je m'y présentai pour répondre 1 mon opinion sur le caractère de Boyerafrède, je crus un instant que j'allais être :ppé d'aspbyxie ; il n'y a que des poumons bute épreuve qui puissent résister à ce :lange impur de gaz qui forment l'atmo- [itTf de la police correctionnelle.

fc m'entretenais à ce sujet avec un marat qui a fait ses premières armes dans (tribunal: « 11 me semble, lui dis-je, que ouis les lois récentes sur la presse , on lait pu faire siéger la justice correction-

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nelle dans un lieu plus décent. Il aurait été je crois , plus convenable de séparer de hommes bien élevés, et qui sont honora l)lement connus, des vagabonds, des es crocs et des prostituées, qui peuplent ordi nairenient cette obscure enceinte. On a t des écrivains estimables, des militaires, niera des ecclésiastiques placés au rang des fille de joie, des filoux et des tapageurs de la Ri pée. M « Pourquoi cette distinction ? me d ce magistrat. Vous nous prêchez sans cess l'égalité : nous voulons vous en faire goûter afin que vous sachiez, par expérience, c que valent vos doctrines. Bien plus, quan vous serez condamnés, on vous enverra a milieu des voleurs et des bandits qui soi le fléau et le rebut de la société. Messieuii ,

les sens de lettres sont un peu trop hers

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nous voulons mater leur orgueil. I ,

,) — Vous vous y prenez mal, répondis-jejj '^'

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ce luagislrat ; et d'abord votre raisonnement ne vaut rien. Ce n'est point l'égalité entre les individus que nous réclamons; nous savons fort bien qu'il existe des inégalités sociales inévitables ; que vous , par exemple , monsieur le juge, vous avez l'esprit un peu mieux cultivé que votre porteur d'eau, des manières plus distinguées que le chiffonnier du coin; qu'il y aurait de l'injustice à vous confondre avec eux; quand nous parlons d'égalité , nous entendons que la justice doit être égale pour tous , que les lois doivent protéger indistinctement le pauvre et le riche , le faible et le puissant , l'homme du peuple comme l'homme de cour; (juant à l'orgueil des gens de lettres que vous voulez mater, le moyeu que vous employez est peu effic ace. Nul d'entre eux n'est assez dépourvu de sens pour se sentir humilié d'être réduit, par une force brutale, à vivre sous le même toit avec des hommes sans

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principes , et que le vice a dégradés. Voulezvous que les hommes de lettres condamnés pour leurs opinions soient responsables de la sauvage ineptie de l'autorité ?

« — Pourquoi se mêler d'écrire ? pourquoi cette orgueilleuse manie de vouloir nous régenter? que ne traitez-vous des sujets généraux? nous ne voulons pas de cen^ seurs.

« — Vous revenez sur l'orgueil des gens de lettres; je n'ignore pas que c'est là le grand reproche qui leur est adressé ; je serais 1 bien aise de vous détromper sur ce point. Soyez sûr que plus un homme a de lumières, que plus il est accoutumé à réfléchir et à se rendre compte de ses réflexions, moins il a de confiance en lui-même , et que le ton tranchant, la présomption n'abandonnent guère la médiocrité. Les écrivains les plus

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distingués que nous connaissions, sont aussi les plus modestes. Je crois qu'il en est ainsi dans toutes les professions, et que, parmi les magistrats eux-mêmes , ce sont les moins éclairés, les moins estimables qui ont le plus de morgue et de sotte vanité. »

Mon magistrat ne jugea pas à propos de pousser plus loin la conversation, et je rentrai dans la salle de police correctionnelle. On peut y prendre une idée exacte des mœurs de la classe la moins relevée de la société. On n'y appelle que peu de causes pour des voies de fait ; les hommes du peuple crient beaucoup à Paris, se mesurent des yeux , se menacent , s'adressent , comme les héros d'Homère, de grossières injures ; mais ils" se frappent rarement, à moins qu'ils ne soient dans l'ivresse. C'est tout le contraire à Londres; à la première provoca-

tion, les disputeurs commencent une scène de pugilat qui a ses lois et ses règles qui ne sont jamais enfreintes avec impunité. On sent à la naïve impétuosité de John Bull qu'il n'est pas placé sous la surveillance des gendarmes.

Les gendarmes jouent un grand rôle à la police correctionnelle ; c'est presque toujours sur leur témoignage que les causes sont décidées ; mais ce témoignage estil toujours aussi véridique qu'il devrait l'être ? La résistance qu'ils éprouvent quelquefois, les luttes auxquelles ils sont condamnés, le langage injurieux qu'ils entendent , ne les exposent-t-ils pas trop souvent à l'exagération? On peut le croire sans compromettre son jugement.

Une observation digne d'être méditée

par les hommes qui influent sur les destinées de la nation , c'est le nombre considérable d'individus à peine sortis de l'enfance qui arrivent annuellement sur les bancs de la police correctionnelle. Ce fait annonce une grande dépravation dans le peuple; mais cette dépravation même accuse un vice déplorable dans l'organisation sociale : il semble qu'il importe seulement à la société qu'il y ait une punition pour chaque crime, un châtiment pour chaque délit. Rien de plus juste , sans doute , si les peines sont proportionnées aux offenses ; mais il y aurait quelque chose de mieux à faire dans l'intérêt et le bonheur des peuples; ce serait de prendre des moyens efficaces pour prévenir les délits et les crimes.

En général , tous les individus que réclame le tribunal correctionnel se distin-

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guent par une complète ignorance et des penchans vicieux. Cette association est si commune, que les exceptions sont à peine dignes de remarque. Il en résulte qu'un gouvernement, jaloux d'acquérir des droits légitimes à la reconnaissance nationale , devrait multiplier les sources de l'instruction élémentaire, et encourager les écoles d'enseignement mutuel, qui, de l'aveu de tous les bons esprits , sont les plus propres à répandre cette salutaire instruction. D'où vient cette haine si marquée dans les hommes investis du pouvoir contre une méthode dont l'humanité s'applaudit? trouveraient-ils dans la dépravation morale de la société une garantie de leur prééminence accidentelle ? croiraient-ils leur existence politique menacée s'il y avait moins de vices et plus de vertus autour d'eux ? Ce qu'il y a de positif, c'est que leur système

est condamnable au tribunal de la morale et de la religion.

On a observé que les maisons de jeu et de loterie, si multipliées sur les deux rives de la Seine, sont les deux causes les plus actives des déprédations et des crimes que la justice est appelée à discuter et à punir : tout le monde convient de cette vérité , et cependant ces maisons s'ouvrent chaque jour sous la protection du gouvernement, qui se rend ainsi complice d? la corruption des mœurs; l'intérêt du fisc l'emporte sur l'intérêt de l'humanité. Il faut lever un milliard d'impôts, voilà ce qui passe avant tout, même avant les devoirs de l'homme d'état; il n'y a point de considération morale assez forte contre un pareil argument. A quoi bon parler de morale lorsqu'il s'agit de finances?

C'est au corps législatif qu'il appartien-

cirait de faire fermer les maisons de jeu et de supprimer la loterie. Tous les ans on fait de belles phrases sur ce sujet; les orateurs invoquent la religion et font parler la morale ; ils exposent avec éloquence les maux qui résultent, pour la société , de ces funestes élablissemens , où le riche trouve la misère et le pauvre l'indigence, et qui les rendent pour jamais incapables de se livrer à une honnête industrie. Mais les dépenses au lieu de diminuer augmentent chaque année ; on ne peut arriver au pair (]u'en levant des impôts sur le vice , et les plus viles passions fournissent leur contingent au budget.

Que nous font , après cela, vos discours de morale et l'ardeur apparente de votre zèle pour la religion? Des punitions sévères attendent le misérable qui , dans son extrême

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ignorance , est tombé dans les pièges que le pouvoir a tendus sous ses pas; et les hommes qui exercent ce pouvoir jouissent tranquillement de leur opulence eL de leurs dignités ; ils sourient lorsqu'on leur parle de morale publique; ils s'irritent contre les indépendantes représentations de l'écrivain ami (le l'humanité et de la justice. Bientôt toute opposition sera considérée comme un encouragement à troubler la paix de l'état , comme une licence répréhensible et digne de la sévérité des lois. Qu'on parvienne à étouffer l'un après l'autre tous les libres organes de l'opinion, que nous restera-t-il ? La plus intolérable des servitudes, celle qui est fondée sur la corruption.

Dans l'état actuel des choses, on ne peut que faire des vœux pour la régénération des mœurs, et la fin prochaine de ce détestable

système d'hypocrisie, devenu la lèpre de la société. Quand cessera-t-on de proférer de sages paroles et de donner de mauvais exemples ? quand les actions seront - elles d'accord avec les discours ? quand sera-t-on persuadé qu'il n'y a point de bonne politique sans morale , que l'encouragement accordé au vice est un crime contre la société , et que la diffusion des premières connaissances est un moyen infaillible d'améliorer les mœurs des peuples , et de leur donner une patrie ?

Si jamais de telles pensées dominaient dans les conseils publics , nous en apercevrions bientôt les heureux résultats : la rareté des délits attesterait avant peu l'efficacité des nouvelles mesures ; moins de prévenus paraîtraient devant les tribunaux correctionnels et les cours d'assises, moins de suicides affligeraient l'humanité ; il ne faudrait pour tout cela qu'un peu de vertu,

CORRECTIO^ > ELLE.

de bon sens et de bonne foi. Mais , il nous faut de l'argent! A. quelle époque dironsnous : « Il faut de la justice et de l'humanité ! »

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N°. XV. — 2 mars 1824.

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