QUINZIÈME LETTRE
Niilli ben'e nu plus.
MiaTIAL.
Souveut marir, et toujours célibataire.
Ne vous récriez pas, mon ami, ce titre ne vous annonce pas un chapitre de Laclos ou de Crébillon. Un courage d'un genre extraordinaire, dont un homme né dans la classe la moins honorée de la société a donné l'exemple, fera le sujet de cette lettre. Vous me l'avez souvent dit, ces gens-
là ont aussi leurs passions , leurs drames . leurs romans et leur héroïsme. Nous sommes généralement portés à croire qu'ils sont, par le fait seul de leur position, étrangers aux maux et aux inquiétudes qui tourmentent les habitans des villes :
« Héias ' grands et petits, et sujets cl monarques. » Distingués un moment par Je frivoles marques, » Egaux par la nature , e'gaux par le malheur . ■ Tout mortel est chargé île sa propre douleur. -
Savez-vous qui me citait hier ces beaux vers? Le bonhomme Georges Grounmann , portier d'une maison voisine que j'habite, et qui me rapportait un roman que j'avais prêté à sa maîtresse. Ce roman devint le texte de notre conversation. « Grounmann , lui demandai-je, je sais que vous aimez la lecture , et que vous vous connaissez en bons livres ; je parierais que vous avez parcouru celui que vous me rapportez. — Très-rapidement, monsieur: c'est un ro-
man. — Ce genre d'ouvrages ne vous plait pas, à ce qu'il paraît? — Non, monsieur ; tous les romans sont si fades, comparés à mon histoire! — Comment diable!
vous avez une histoire ? — Et une histoire merveilleuse, qui plus est. Quand, par désœuvrement, j'ai la patience de suivre dans le cours de ses mésaventures le héros imaginaire de ces récits de commande, je le compare à moi-même, qui ne suis pourtant pas un héros , et cela me fait sourire de pitié.
» Voilà, me dis- je, à moi-même, continua Grounmann , un homme bien à plaindre ! il a éprouvé quelques malheurs dont il s'est tiré plus ou moins courageusement ; mais, après tout, ses malheurs lui étaient personnels; et c'est à son profit qu'il a employé, pour s'y soustraire, cette force de caractère que l'on fait sonner si haut;
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mais moi, pauvre diable, dont la vie a été éprouvée par tant de traverses, je n'aurais jamais eu à me plaindre du sort , dans la condition et à l'époque où je suis né , si j'avais pris la société au mot, et que je me fusse dit à moimême : Je suis jeté dans la classe la plus obscure, dont on m'a défendu de sortir; voici venir une révolution qui me permet de rentrer dans mes droits d'homme et de citoyen, j'en userai sans me mettre en peine des maux qui peuvent en résulter pour ceux qui s'appellent mes maîtres , parce qu'ils ont vu le jour au premier étage et moi sous la grand'porte. Mais la raison qui me suggérait ces premières idées ne tint pas contre mon cœur, qui valait mieux qu'elle; et, quand je pouvais rester tranquille sur le rivage , je me jetai dix-sept fois à l'eau pour sauver ceux qui se noyaient :
je ne m'en repens pas; mais Dieu sait que j'ai bien à cela quelque mérite, w
Ce peu de mots me donna l'envie d'apprendre l'histoire du bonhomme Georges.
« Parbleu, lui dis-je, vous devriez bien me conter votre roman; il m'intéresserait plus en effet que tous les exploits et toutes les passions factices dont nos contes en prose sont ordinairement semés. — Volontiers, monsieur », reprit le bonhomme Georges, en prenant place auprès de moi.
« Je suis né au faubourg Saint-Germain , dans la loge de l'hôtel du comte de L*** , où mon père, sous le nom de suisse, comme on disait alors, était concierge, comme on dit aujourd'hui , ou tout simplement portier, comme on devrait dire. Dès l'âge de neuf ou dix ans je faisais les commissions de l'hôtel, et je me souviens qu'à dé» faut de coureur , le neveu de son altesse m'avait choisi pour sa corresponda)ice du
matin avec mademoiselle Allard , célèbre danseuse de l'Opéra. Cette demoiselle me prit en amitié , et me fit entrer à Sainte- Barbe, où elle payait ma pension : j'avais quelques dispositions, j'aimais l'étude, et il est probable que l'écolier serait un jour devenu professeur si , dans une querelle entre un brillant élève, son répétiteur, et un pauvre boursier, je n'eusse pris parti pour ce dernier. Le nez du jeune seigneur fut cruellement maltraité dans cette explication à coups de poings: le noble battu porta plainte , et le recteur décida , dans sa justice , que celui qui avait fait saigner du nez le gentilhomme agresseur serait chassé comme un vilain.
» Il n'était pas bien sûr que ma main fût coupable du horion malencontreux ; mais il y allait pour mon ami Bertrand de la perte d'une bourse; je risquais beaucoup moins, je pris sur moi la faute , et je fus mis à la
porte; c'était mon poste de toute éternité. Mon père venait de mourir, et ma mère me mit sur le corps le baudrier paternel , que j'acceptai avec ime extrême répugnance.
» Cependant quelques années de ma jeunesse s'écoulèrent assez doucement; j'avais découvert le parti que je pouvais tirer de ma position : j'usai du privilège des suisses de grande maison , je vendis du vin en bouteilles , et j'écrivis mes Mémoires.
)i La première partie de cet intéressant ouvrage , qui ne verra le jour qu'après ma mort , ne contient guère que des observations locales; mais peut-être y trouvera-ton la preuve qu'il y a des choses qu'on ne pouvait apprendre à cette époque que dans la loge d'un suisse du faubourg Saint-Germain.
» C'est dans les détails de ces mémoires que nos enfans pourront apprécier l'in-
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flu^'nce des robes de cour dans la monarchie ; plusieurs intrigues pour et contre Meaupou y sont clairement expliquées. On y verra les affaires se traiter parmi les plaisirs ; les mouches qui couvraient le visage des jolies femmes servir à tracer la marche des armées; lesédits bursaux sortir dos petites maisons^ et les lettres de cachet griffonnées de la main d'une petite-maîtresse.
» Cependant la révolution approchai! ; je m'étais créé une philosophie à mou usage; j'avais alors trente ans, et je sentais plus vivement qu'un autre tout K prix de la liberté qu'elle nous promettait; j'avais quelque réputation parmi les hommes de mon faubourg , et je prévoyais le moment d'un triomphe auquel j'avais le désir et le pouvoir de m'associer; mais un plus noble orgueil me retint volontairement sous la livrée que j'avais acceptée malgré moi.
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» Tant que le baudrier de suisse avait été
e sorte de distinction pour moi, parmi
hommes de mon rang , je l'avais regar-
comme un signe d'esclavage. Je vis ap-
ocher le moment où il pourrait être un
e de proscription, et je m'en fis hon-
lur. Les maîtres que je servais subirent
utes les infortunes de l'époque : les valets
I l'hôtel les avaient quittés. Ils voyaient
i?c inquiétude le moment où l'abandon de
iir dernier serviteur pourrait les livrer
is défense à leurs ennemis. Je restai
1ns l'hôtel.
»Mes sentimens d'indépendance etlabirrerie de mes principes philosophiques , ;e je n'avais jamais cachés, étaient géralement connus ; ce genre de réputa- \<n put seul me faire échapper aux péis d'un poste, que je conservais avec cmtant plus d'obstination que j'en voyais 1 danger s'accroître.
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» Un mouvement populaire mit en c ger la vie et les biens de cette noble mille. Un asile que je sus lui ménager les bords du lac de Lucerne où mon j était né , et un Jîdeicommis par lec toute la fortune du comte L*^*, l'h excepté , passa sur ma tête , furent moyens que j'employai pour arriver à résultat qui n'était pour moi ni sans ( ficultés ni sans péril.
M Monseigneur, en émigrant, avait la à la garde de ma mère sa fille unique a de 1 3 ans , qu'il n'avait pas voulu ex ser aux chances d'un voyage dont il voyait pas le terme.
«Mademoiselle Amélie, qui depuis mais alors elle était aussi aimable que dou et modeste, fut élevée par ma mère , aM plus de soins et plus de tendresse qu'elle n', rait pu l'être, j'ose le dire , dans sa pro| famille, même îïu temps de sa splendei
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Avant de continuer, je dois vous faire e une plus ample connaissance avec li Bertrand , ce boursier de Saintebe, dont j'ai déjà parlé. Dans le grand ivement, ou, si vous l'aimez mieux, dans rand bouleversement politique qui s'était ré, Bertrand, chez qui l'exagération des icipes n'avait pas altéré l'extrême bonlu cœur , avait fait son chemin : il était •s , en I '793 , président de section et of- ;r municipal ; mais les honneurs n'a- !nt pas changé ses mœurs : non-seulement tait resté mon ami, mais nous avions né ensemble une sorte d'association dont lUt, vraiment chevaleresque, était de déçner de la tête des femmes les coups de budre révolutionnaire ; dans cette intrid'un genre tout-à-fait nouveau, j'étais >ensée, il était l'action.
• Je reviens à mademoiselle Amélie, au ment où sa position et la nôtre étaient
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devenues d'une extrême difficulté : elle t chait à sa seizième année, et, quelque si que ma mère eût pris à la dérober aux gards, elle était devenue l'objet de l'att tion sérieuse d'un homme de la Montag fils d'un aubergiste de Tours, et al conventionnel , qui logeait dans l'hôtel dont les soins, (je commençais à n apercevoir ) , ne déplaisaient pas à la ne demoiselle. Je me hâtai d'en prévenir père, avec qui j'entretenais une corresp' dance suivie , par l'intermédiaire de 1'; Bertrand.
» Mi le comte daigna , pour la premi fois , m'écrire de sa propre main , et ce pour m'adresser , à ma mère et à moi , plus sanglans reproches : comment avic nous souffert qu'un homme de rien , qu monstre sans naissance et sans fdrtm eût jeté les yeux sur sa fille! Il mordi nait de prendre des mesures pour la
renvoyer sur-le-champ, en affectant aux frais de son voyage le produit de sa ferme de Mont-Rouge , qu'il m'autorisait à vendre.
» J'avoue que je perdis patience à la lecture de cette lettre, et que j'y répondis avec le sentiment d'indignation que m'inspirait tant d'orgueil et d'ingratitude : je finissais par dire à M. le Comte, que c'était assez pour ma mère et pour moi des dangers auxquels nous nous étions exposés jusqu'ici pour sa famille ; que nous étions prêts à remettre mademoiselle Amélie aux mains de la personne qu'il devait se hâter de nous indiquer, s'il voulait la soustraire aux poursuites de l'homme de rien , qui pouvait fout; mais que , dans tous les cas, il était nécessaire qu'il pourvût aux frais du voyage de sa fille, attendu que le séquestre était encore sur tous ses biens, et que, malgré le fidéicommis, je n'avais pu jusqu'ici, ni
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vendre la moindre partie de ses propriétés, ni même en toucher le fermage.
» Soit que la réflexion eût éclairé M. le Comte de *** sur son injustice envers nous, soit que son cœur paternel eût été ' \ivement ému des malheurs qui menaçaient sa fille , et dont je n'avais point adouci la peinture, la réponse que je reçus, pleine des témoignages de la plus vive reconnaissance , me fit bientôt oublier mon ressentiment, et je ne pensai plus qu'à achever mon ouvrage , en cherchant le moyen de remettre Amélie entre les bras de son père.
w Notre amoureux teiroriste, sans soupçonner mon projet, en craignait néanmoins le résultat , et ne trouva rien de mieux, pour s'opposer a« départ de la jeune personne , que de solliciter l'ordre de la faire arrêter comme fille d'émigré. Bertrand m'aida pendant quelques mois à déjouer
cette intrigue infernale , dont le secret, dévoilé à notre jeune pupille, avait changé en horreur l'inclination qu'elle avait d'abord éprouvée pour un pareil séducteur. Informé par Bertrand du succès inévitable et prochain des démarches du Montagnard, je m'avisai , pour la première fois , d'un moyen de la hardiesse duquel vous allez juger : mon ami Bertrand, officier public de ma section , dressa l'acte de mariage de Georges Grounmann , suisse d'origine , avec mademoiselle Amélie de ***,'et lui délivra en même temps un passe-port avec lequel celleci , dès le jour même , partit avec ma mère pour rejoindre son père à Coblentz.
a Croiriez-vous , Monsieur, que le Comte de *** se montra beaucoup moins sensible au plaisir de retrouver sa fdle , qu'à la honte d'apprendre qu'elle avait porté mou nom pendant trois jours; et que ma mère, pendant les vingt-quatre heures qu'elle pas-
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sa dans le pauvre logement que le Comtf occupait, ne fut point admise à l'honneur de sa table!
w Je vous fais grâce dés réflexions amères , je dirai même , des idées de vengeance que cette conduite impertinente fit naître dans mon esprit, et je continue ma narration.
» L'année suivante on se préparait à vendre l'hôtel de L*** dont j'étais toujours concierge ; j'adressai une pétition au département , et je parvins à faire réserver ce bâtiment pour une administration publique. Lorsqu'elle y fut installée , je témoignai à M. Duremont ( chef d'administration que j'avais impatronisé dans l'hôtel ) ie dessein et les raisons que j'avais d'aller chercher fortune ailleurs.
» M. Durenjont était un homme d'esprit et dé cœur; il connaissait ma conduite, il appréciait mon caractère , et me témoignait
une confiance à lequelle il était bien difficile de ne pas répondre ; j'y serais parvenu cependant , s'il n'avait employé les sollicitations de sa femme pour me détourner de ma résolution. Comment résister à cet ange de grâce et de jeunesse? je restai concierge.
» La révolutior» qui parcourait toutes ses périodes, d'excès en excès était arrivée au dernier terme de la terreur : la probité irréprochable, le patriotisme ardent du citoyen Duremont ne le mirent pas long-temps à l'abri des suspicions du comité de surveillance ; il fut arrêté dans la nuit même où j'avais tout préparé pour sa fuite. J'eus l'adresse et la présence d'esprit de le faire conduire dans une des succursales des prisons de Paris, dont je connaissais le concierge. Huit jours après il était arrivé en Suisse avec son gardien. Rien de pins ro-
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manesque et de plus intéressant que l'histoire de sa fuite.
» Madame Duremont me devait la vie d'un mari qu'elle adorait, je n'ai pas besoin de vous parler des témoignages de sa reconnaissance. Le fugitif fut jugé par contumace , et tous ses biens confisqués.
» La misère à laquelle ce jugement réduisait cette jeune dame et l'enfant qu'elle nourrissait , l'affligeait beaucoup moins que l'impossibilité où elle était de rejoindre son mari. Cette pensée funeste finit par prendre un tel ascendant sur son esprit qu'elle altéra sa santé, et ne me laissa bientôt plus d'autre espérance de lui sauver la vie que de la rendre à son époux.
» J'entrai chez elle un matin : Madame , lui dis-je, je puis, avant un mois, vous ramener à votre mari, et vous faire rentrer dans la plus grande partie de vos biens.
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Elle m'interrompit par des cris de joie qu'accompagnait un déluge de larmes :
Mais , continuai-je , avant de rien entreprendre, j'ai besoin que vous vous engagiez avec moi , par serment , à ratifier toutes les démarches que je vais faire , et à suivre aveuglément la conduite que je dois vous tracer , quelqu'inconcevable qu'elle puisse vous paraître. — Mon ami , me réponditelle, je n'ai plus de confiance qu'en Dieu et en vous : mon sort , ma vie , celle de mon époirx et de ma fille sont entre vos mains , je vous les abandonne sans crainte et sans réserve.
» Le lendemain je lui portai à signer une demande en divorce : elle frémit et jeta sur moi un regard plein de trouble et d'irrésolution ; Madame, lui dis-je en essayant de sourire , ce n'est là que la moindre des preuves de confiance que j'exige de vous.
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Elle me serra la main , prit la plume et signa.
» Quinze jours après, je lui portai l'acte de divorce, bien en règle. Maintenant, lui dis-je , en votre qualité de femme divorcée d'un contumace , vous voilà rentrée dans lajouissance de votre dot et de votre douaire.
— Et mon mari , interrompit-elle brusquement, quand pourrai -je le rejoindre ?
— Quand vous serez remariée. — Remariée!...— Oui, madame, remariée avec moi. Je ne lui laissai pas le temps de revenir de son saisissement. « A midi , continuai-je, vous serez la femme du suisse Georges Grounmann. A une heure, nous aurons nos passe-ports, et à deux, nous sommes sur la route de Genève, où votre mari nous attend.
» Madame Duremont prit sa fd'.e dans ses bras, se jeta à genoux devant le portrait de son mari, et, se relevant avec fermeté.
Monsieur Grounmann , me dit-elle , il n'y a que Dieu qui puisse récompenseï" ou punir l'action que vous allez commettre!...
» Nous nous rendîmes à la m.unicipalité. Mon ami l'officier public m'v attendait; i'r nous délivra, cette fois - ci comme l'autre, l'expédition d'un acte qu'il n'avait point inscrit sur le registre de l'état civil. En le quittant, nous allons prendre nos passeports , qu'on nous remet sans difficulté, et nous montons en voiture, pour n'en plus descendre qu'à Genève , où je remis madame Duremont entre les bras de son heureu.K époux.
)■> Je revins à Paris. Mon acte de mariagi j en main, je fis lever le séquestre sur la I portion des biens de madame Duremont , dont le divorce avait remis sa femme, ot; plutôt la mienne, en possession; je les vendis, et leur en fis passer l'argent.
j) J'appris bientôt ([ue les époux étaient
passés en Amérique, et qu'ils y jouissaient , du repos et de l'aisance.
» Déjà mari de deux femmes, et bien cer-^ tain qu'une fois atteint et convaincu de bigamie , je ne courais pas de risques nouveaux à renouveler mon stratagème, je contractai quinze autres mariages du même genre , c'est-à-dire que je sauvai l'honneu^pi et la vie de dix-sept femmes infortunées que poursuivait la politique ou la vengeance de cette cruelle époque. Je ne vous fatiguerai pas du récit de toutes ces aventures, qui rentrent nécessairement dans le même cadre et presque dans les mêmes détails : je ne vous répéterai pas les mêmes doléances sur l'ingratitude ou l'oubli dont j'ai été victime; je termine en vous disant! que j'étais enfermé au Luxembourg avec \\ ma dix-septième épouse, quand le 9 thermidor vint sonner notre délivrance , et me permit de jouir en liberté du bien que j'ai
fait, des périls auxquels j'avais échappé, et de la philosophie qui se borne , pour moi , à cette maxime du roi Salomon :
« Répandez vos bieufaits avec munificence , » Même au moins vertueux ne les refusez pas ; » Ke vous informez pas de leur reconnaissance, - 11 est grand , il esl beau de faire des ingrats. -
loM. I[. Les îîermites en liberté'
«o. XVI. — 5 mars \^il\.