ENTRE DEUX INSULAIRES
était notre dogme favori; toute hiérarchie nous faisait horreur; affecter la suprématie dans la république des fidèles nous paraissait un sacrilège. Ainsi , nous avions fait de notre cause celle de Dieu même ; on va loin avec un pareil auxiliaire.
NAPOLÉON
Eh bien, je fais le même aveu. J'ai été républicain avec violence ; aussi cela n'a pas duré.
Tant pis pour vous ! Vous deviez le paraître quand vous avez cessé de l'être. Il est dangereux, dans la position où nous nous sommes trouvés , de rejeter ou de briser l'instrument qui a servi à notre élévation. C'est notre levier dans la fortune; c'est notre ressource dans le malheur. 11 est vrai que lorsque les événemens eurent agrandi mes vues , que des premiers succès eurent
préparé l'avenir , le fanatisme céda la place à l'ambition ; mais ce ne fut que par degrés, et je me gardai bien de changer de langage; même en montant sur le trône de Charles I"., je disais encore , au moins publiquement : « Je chei'che le Seigneur. »
]V APOLÉO N.
Nos situations étaient différentes : vos puritains, vos indépendans, même vos presbytériens étaient fanatiques de conviction; mais je m'aperçus bientôt que mes compatriotes n'étaient républicains que de nom. Le seul parti qui voulait sérieusement la république avait disparu ; le peuple manquait de l'éducation convenable pour cette sorte de gouvernement ; les hommes l'occupaient plus que les choses ; pas assez instruit pour être libre ; trop vain pour une domination' vulgaire ; raisonnable à quelques égards , mais en général dévoré par le feu de son imagination, pour être maître de