‹ Les hermites en liberté (volume 3)Chapitre 21 sur 36 · ENTRE DEUX INSULAIRES. I · texte numérisé non relu

ENTRE DEUX INSULAIRES. I

lui , je voulus le rendre maître de l'Europe; je voulus que ma grandeur fût la sienne, qu'il s'admirât en moi, qu'il ne trouvât au monde rien de plus merveilleux que la France et Napoléon.

Ce peu de mo*s me suffit pour expliquer vos triomphes et vos revers. Vous étiez vousmême un homme d'imagination, et vous avez dii souvent sacrifier la réalité à l'éclat. Quant à moi , une fois échappé du monde mystique , je me trouvai tout entier dans le monde réel; je mesurai, je connus mes forces; je vis jusqu'où je pouvais aller, et je n'allai pas plus loin; j'aurais pu ceindre le diadème , car tout fléchissait sous le joug; mais que m'importait le vain titre de roi ! Je me fis protecteur. On connaissait les bornes de l'autorité royale; on ignorait où finissaient celles du protectorat.

J'exerçai sans contradiction un pouvoir sans limites , et je ne suis pas mort dans l'exil.

NAPOLÉON

Ces derniers mots ont l'air d'iui reproche. Songez h ce que nous avons été tous les deux , moi sur le continent, avec l'Europe en face ; vous , confiné dans une île , n'ayant à combattre qu'un parti déjà vaincu par l'anarchie. L'Europe a tremblé devant moi ; j'ai disposé des trônes ; mes victoires ont immortalisé d'obscurs villages, des fleuves qui semblaient destinés à un éternel oubli; j'ai eu des rois pour courtisans ; j'ai mêlé mon sang de Corse à celui d'une des plus illustres familles qui ait jamais porté un sceptre héréditaire. La première nation du monde m'a nommé dans ses prières; elle a subi la loi que je lui imposais : qu'importe après cela où l'on rende le dernier soupir?..

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