‹ Les hermites en liberté (volume 3)Chapitre 8 sur 36 · ET LE LTINGOT D OR · texte numérisé non relu

ET LE LTINGOT D OR

Vous avez corrompu le monde , mais c'est \e fer qui Ta conquis. Avec mon secours vous faites des esclaves , et sans vous, je fais des hommes libres. On reconnaît à sa stérilité le sol où vous prenez naissance , et la terre, desséchée sur votre passage, m'appelle à son aide pour lui rendre la fécondité et la vie. Mon seul crime, et celui-là même atteste ma supériorité sur vous , c'est d'avoir fait votre conquête , et d'avoir versé sur le vieux monde ce poison brillant et solide , que la nature bienfaisante avait caché dans un autre hémisphère. Réduit à vous-même, vous n'avez qu'une valeur d'opinion , et vous n'avez de force qu'en devenant un moyen d'échange. Les armées chargées d'or ont toujours succombé, et l'orgueil du sceptre d'or s'est toujours brisé contre la cuirasse de fer.

LE LINGOT d'or.

Laisse là de vaines déclamations ; je ne

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veux pas savoir ce que tu penses de ta race , mais ce que tu as fait par toi-même.

LE MORCEAU DE FER

« J'ai fait un peu de bien , c'est mon meilleur ouvrage. »

Devenu ancre au sortir de la forge , je fus embarquée sur un vaisseau de transport oîi se trouvaient huit ou neuf cents hommes; après une traversée de plusieurs mois, et presqu'en vue du port, nous fûmes assaillis par une horrible tempête : la lame et les vents nous jetaient sur les rochers de la côte. H fallut mouiller : trois ancres , jetées successivement , s'étaient brisées sous l'effort d'une mer en furie,... Adieu-va.... On laisse tomber l'ancre de miséricorde,... dernière espérance de salut; c'était moi : de ma résistance dépendait la vie d'un millier de créatures humaines; les flots redoublent de rage ; je laboure un moment le sol où je m'enfonce; mais je tiens bon. Les vents s'apaisent, le calme re-

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naît , et , grâce à moi seule , le navire est sauvé. On veut me lever pour entrer dans le port , mais je m'étais engagée sous une roche, et j'y laissai une de mes pâtes.

Dans cet état, je devins la propriété d'un taillandier qui me convertit en charrue de fer d'une nouvelle invention. Sous cette forme, où je demeurai pendant un demisiècle , j'ai défriché une partie de la Sologne , j'ai enrichi successivement deux de mes propriétaires , et j'ai ûut vivre dans l'aisance plusieurs familles qui sans moi se seraient probablement éteintes dans la misère.

La mer, en se retirant, avait laissé à découvert la roche sous laquelle s'était brisée une de mes pâtes ; des pêcheurs vinrent à bout de dégager cette partie de moi-même qu'ils vendirent à un serrurier sous le marteau duquel ce morceau de fer divisé , subdivisé, courbé, aminci, en cent façons,

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fournit à tous les genres de besoin , à toutes les espèces d'industrie , des ustensiles et des instrumens que la pauvreté même pouvait acquérir. Je vous ai déjà demandé grâce pour cette lame de sabre qui vous a joué un si mauvais tour.

Je me lidte donc de terminer mon histoire principale en vous disant que la charrue de fer, usée par le travail , fut mise à la fonte , et qu'on en forma une de ces masses de fer dont on se sert comme de lest dans les vaisseaux. Arrivé au Thibet , après une suite d'aventures sans intérêt pour vous, je fus étendu en barre de fer, et je servais à fermer le trésor où l'avarice des bonzes vous gardait si soigneusement lors de la catastrophe qui nous englouti<t l'un et l'autre.

LE LINGOT d'or.

J'en sortirai plus brillant que jamais , tandis que la rouille achèvera de te dévorer.

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