NOIR ET BLA.NC
Nimi'um ne crede colori.
Virgile.
jNe vous en rapportez pas à la couleur.
J'ai toujours cru , mon ami , qu'il était possible de tirer un fort joli roman d'une anecdote que connaissent tous les navigateurs. Vous en avez sans doute entendu parler ; il s'agit d'un jeune missionnaire danois retenu pendant deux ou trois ans dans une île de l'Océanique par les charmes
I l8 NOIR ET BLANC.
d'une beauté Otaïtienne. Depuis que je connais ce bizarre jeu du hasard et de Tamour, mon imagination , dans ses jours de liberté et de badinage , se représente volontiers cette noire enfant du soleil enlaçant dans ses bras le fils d'un honnête marchand de Copenhague. Cette union réunissait pour ainsi dire les deux bouts du monde.
Le missionnaire Andréas Wolfstein avait beaucoup voyagé ; la belle Tabouna n'avait jamais passé les récifs qui bordent son île. On la voyait souvent, comme l'ombre d'une néréide, glisser le soir sur la mer, et faire voler son canot sur la cime des vagues. Les ondes étaient moins indépendantes qu'elle , et le soleil du tropique moins brûlant que la flamme qu'elle ne tarda pas à ressentir.
L'équipage du navire danois qui portait le missionnaire se révolta. Les matelots enchaînèrent leur capitaine, le placèrent sur