OIR ET BLA^'C
uns et les autres ? Quels plaisirs trouvezvous à cela?
ANDRÉAS
Les plus heureux et les plus habiles y gagnent beaucoup de pièces d'une matière dure et brillante , qu'ils entassent pour acheter ce qu'ils désirent.
TABOUNA.
Qu'est-ce qu'acheter ?
ANDRÉAS
C'est donner une chose pour une autre.
Avec ces petits morceaux d'or et d'argent on se procure des alimens , des vêtemens ^ des femmes, des huttes plus belles; aussi , commet-on beaucoup de crimes pour se procurer cet or et cet argent, qui représentent tous les plaisirs.
TABOUNA.
Oh ! mon cher petit blanc , ne retourne
120 KOIR ET BLAPnC.
pas dans ce vilain pays ; ne m'as-tu pas raconté qu'ils t'avaient déjà jeté une fois à la mer pour avoir tes pièces d'or! Va, ce sont des médians ; et toi seul est bon.
ANDRÉAS
Tabouna , nous avons aussi des arts :
nous faisons avec de la pierre des images qui ressemblent à un liomme , ou à une femme que la nature a faite belle comme toi.
TABOUNA.
Mais , mon ami , que faites-vous de cette pierre-là? elle ne vous aime pas.
ANDRÉAS
C'est le plaisir des yeux. Nous avons aussi la gloire.
TABOUNA.
Encore un mot que je n'entends pas.
WOIR ET BLA>C. 12
AN DUE A s.
Nous rassemblons beaucoup d'hommes sous la conduite d'un seul , avec lesquels nous en écrasons un grand nombre d'autres. Nous avons invente des machines ({ui grondent comme les tonnerres, qui brûlent et tuent comme eux; avec ces moyens réunis nous nous exterminons par milliers.
TABOUNA.
Vous appelez cela de la gloire!
On dit que Tabouna et son amour retinrent pendant trois ans le missionnaire danois dans cette grotte enchantée ; mais un jour un pêcheur de perles pénétra dans cet asile et apprit aux habitans du comptoir danois le sort du missionnaire, qui fut recueilli par une frégate, et revint dans son pays. De retour à Copenhague , il écrivit ses voyages, et fut jeté dans un cachot
KOIR ET BLANC.
où 11 mourut , pour avoir dit qu'il avait vécu dans des liens criminels avec une sauvage de rOcéanlque qui lui avait sauvé la vie, et que la religion des Otaïtlens se rapprochait en quelque chose de la religion chrétienne. E> J.
N°. XXVI. — 8 août 1824.
f VINGT-SIXIÈME LETTRE.