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qu'inspirent ses travaux et ses solennités; elle est cependant composée , en grande partie, d'hommes d'un mérite réel ; plusieui. d'entre eux font honneur à leur siècle , et ont produit des ouvrages qui passeront , si je ne me trompe, à la postérité. D'où vient donc que l'Académie française est tellement déchue dans l'opinion publique , que le titre d'académicien n'ajoute rien à la considération d'un homme de lettres , et que le moment n'est peut-être pas éloigné où ce titre, autrefois l'objet d'une si vive ambition, n'aura guère plus de valeur que celui de baron ou de marquis?
Vous voulez que je vous explique ce phénomène. Voyons si je parviendrai à vous satisfaire. On dit généralement que le discrédit où l'Académie est tombée vient de son asservissement au pouvoir; on ajoute que ses élections sont le fruit de l'intrigue ou de la faveur ; qu'elle n'accorde ses suf^
frages qu'aux médiocrités protégées ; qu'il suffit de montrer quelque indépendance dans l'opinion , quelque fierté de caractère, pour en être exclus. Tout cela pourrait être vrai, et n'expliquer qu'imparfaitement les dédains du public pour cette congrégation littéraire. S'il suffisait de l'indépendance pour lui donner du lustre , elle n'aurait jamais brillé d'un éclat bien vif; car elle fut fondée par le despotisme , et pour le despotisme ; elle n'était pas moins soumise à l'autorité sous l'ancien régime que sous le nouveau; elle avait peut-être même autant d'égards qu'aujourd'hui pour le talent des cours , l'esprit des bureaux et le génie des antichambres ; Louis XIV lui-même se trouva fatigué de ses adulations. Tandis qu'elle accueillait avec transport le fameux cardinal Dubois , elle proscrivait le vertueux abbé de Saint-Pierre , coupable d'avoir qsé dire ce que tout le monde pensait. Voltaire >
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après vingt chefs-d'œuvre, ne lui paraissait pas digne du fauteuil ; ce fut madame de Pompadour qui lui ouvrit les portes de l'Académie. Cependant on tenait à honneur d'entrer dans ce corps : c'était le but de tous les travaux littéraires, l'espérance de tous les succès. Le titre de membre de l'Académie française assurait un rang dans le monde , et donnait quelque considération même à des écrivains tels que l'abbé Trublet. On courait en foule à ses séances ; on bravait tout pour y assister , jusqu'à l'ennui des complirnens et aux lieux communs des harangues académiques. Ce ne serait donc pas précisément parce que l'Académie dépendrait de l'autorité, et serait soumise à l'ascendant de l'intrigue, qu'elle aurait perdu tout crédit. Il faut aller plus avant pour expliquer cette décadence.
Je veux vous faire remonter jusqu'à l'origine de l'Apadémie : nous partirons de ce
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point, et nous arriverons, j'espère, à un résultat satisfaisant.
Ce fut, comme vous savez, le cardinal de Richelieu qui fonda l'Académie française, en i635. Ce ministre avait appris de Tabbé Bois-Robert , l'un de ses bouffons , que des hommes. de lettres tenaient des conférences chez M. Conrart , l'un des amateurs les plus distingués de l'époque. Ces conférences n'avaient pour objet que le mérite des compositions , les délicatesses de la langue , et les intérêts de la grammaire. « Que si quelqu'un de la compagnie, dit Pélisson, le premier historien de l'Académie, avait fait un ouvrage , comme il arrivait assez souvent, il le communiquait volontiers à tous les autres qui lui en disaient librement leur avis; et leurs conférences étaient suivies, tantôt d'une promenade , tantôt d'une collation qu'ils faisaient ensemble. Ils continuèrent ainsi trois ou quatre ans, et, comme j'ai