VI VANS
sieurs, dans cette petite chambre où je me souviens d'avoir passé quelques jours affreux au temps de la terreur.
Mina. — Ce miracle n'est peut-être pas aussi grand que celui qui me pi'ocure le bonheur de revoir encore une fois votre aimable majesté; car les morts peuvent revenir , quoi qu'en ait pu dire certain orateur ; mais que des corps comme ceux du colonel Duvergier et le mien se trouvent à la fois en deux endroits différens, voilà ce qu'on appelle le prodige par excellence.
Duvergier. — Ne perdons pas le temps en vaines dissertations pour chercher à comprendre l'incompréhensible; et, puisque nous voilà réunis, contre toute vraisemblance, dans une cellule de la rue de la Clef, par-
commaudant eu Espagne , mais son neveu , mort en Amérique , qui a été détenu à Sainte-Pélagie : nous respectons la vérité jusque dans nos rêves.
Ions un peu de cette chère France, où madame a du moins eu le bonheur de laisser un souvenir adoré.
JosÉPHi^'E. — J'ai besoin de cette assurance pour me faire oublier les circonstances affreuses qui ont empoisonné mes derniers momens. J'avais vu précipiter du premier trône du monde l'homme qui m'y avait élevée; j'avais vu la France envahie par l'Europe entière, et des ennemis cent fois vaincus arborer leurs étendards sans gloire au sommet du Panthéon français; pour comble de douleur, mon fils , exilé, n'avait pu recevoir mes derniers soupirs.
B0NNA.IR1:. — L'auguste Joséphine avait été éprouvée quelques années auparavant par un malheur qui a dû lui faire sentir moins vivement le dernier.
JosÉPHiiVE. — En me répudiant , l'empereur répudiait sa fortune ; j'en avais l'iiifailli-
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ble pressentiment, et cette pensée m'affligeait Ijicn davantage que la perte de la couronne dont il avait orné mon front. J'appréciais dans l'intérêt de la politique, le motif d'un divorce qui brisait nos destinées; et j'aurais pu, sinon l'approuver, du moins le concevoir s'il eût épousé une Française.
Mina.. — Cependant vous eussiez pu croire alors que l'amour avait part à son choix....
Joséphine. — J'aurais été moms certaine de son malheur, et conséquemment moins malheureuse moi-même. Vingt fois j'avais entendu Napoléon s'élever contre ces alliances diplomatiques dont le moindre inconvénient, selon lui, était de dé nationaliser les rois à la troisième ou quatrième génération. Sa manière de le prouver avait quelque chose de rigoureux et de positif que je n'ai pas oublié. « Je suppose, disait-il, qu'un monarque européen épouse une négresse , le prince héréditaire qili naitm de ce ma-
riage sera nécessairement un mulâtre ; que ce fils épouse une femme noire , le royal héritier se rapprochera beaucoup de la couleur (le sa mère; et s'il devient à son tour répoux d'une négresse , il est certain que ses enfans , tout aussi noirs , tout aussi crépus que des naturels de la cote de Guinée, n'auront plus dans les veines qu'une bien faible partie de sang européen , laquelle disparaîtra entièrement dans les générations suivantes. INIaintenant, au lieu de négresses, supposez autant d'étrangères amenées successivement dans le lit de vos rois , et ditesmoi ce qui doit leur rester de sang national à la huit ou dixième génération. » Cette objection était la moindre de celles qu'il faisait valoir contre les alliances étrangères ; l'histoire à la main , il prouvait qu'elles avaient été presque partout une source de malheurs et de guerres pour les princes et pour les nations. Je rappelai à Napoléon ses propres paroles le jour où son ministre
To.M. I. Les ITermites , 5=. édit. 8