‹ Les hermites en libertéChapitre 21 sur 47 · DE LA PRISON · texte numérisé non relu

DE LA PRISON

mois de prison : les voilà à Sainte-Pélagie. Ce que je viens de dire est d'une parfaite exactitude; tout Vanvres en rendra témoignage. Historien plein de conscience, j'ai plus d'une fois engagé le père Blin à me conter sa tragique aventure, et il n'a varié sur aucune circonstance. Je voudrais que nos historiographes eussent autant de respect pour la vérité.

On sera peut-être curieux de savoir comment mon héros se conduit ù Sainte-Pélagie. Dans les premiers jours, il paraissait soucieux, il pensait à ses vignes qui souffraient de son absence; il regrettait sa femme, excellente ménagère , dont les touchantes supplications n'avaient pu amollir le cœur de M. Jouanin; il parlait de son fils qu'il avait eu l'ambition de lancer dans le monde, et qui , plus sage que lui , se borne à cultiver la vigne héréditaire. Il pensait aussi avec attendrissement à ce lutrin de Vanvres auquel il attachait toute sa gloire, et qui avait

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si souvent frémi de ses puissantes intonations.

Ces pensées mélancoliques se dissipèrent par degré; de fréquentes visites à la cantine charmaient sa tritesse, et il avait repris sa bonne humeur lorsque la Cour royale me prescrivit, comme un régime salutaire , de passer un mois à Sainte-Pélagie.

C'est là que j'ai eu le plaisir d'étudier à fond le père Blin. J'ai remarqué que les caractères se montrent plus à découvert en prison qu'ailleurs. On s'y donne rarement la peine de prendre un masque. Chacun y paraît en relief avec ses bonnes et ses mauvaises qualités. C'est donc un avantage pour un moraliste d'être en prison lorsqu'il se plaît à faire des études sur l'humanité.

Le fond du caractère de Blin est la vanité; elle perce dans tous ses entretiens. Il ne m'a pas laissé ignorer qu'il occupait un

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rang distingué parmi les vignerons de son endroit, et que son ai>oir, pour me servir de ses expressions, pouvait bien s'élever à quarante mille francs; il est vain de sa femme , qui appartient par sa naissance aux BoutlUiers ou Boutiliers de INIeudon; j'écris le nom de cette famille de deux manières de peur de m'exposera un procès aussi important que celui qui a conduit devant les tribunaux les descendans de la maison de Croi et celle de Croui. La maison des Boutilliers ou Boutiliers tire son origine d'un riche pâtissier que la fortune , dans un moment de complaisance , conduisit , par la main , d'une échoppe de la rue St.-Denis à l'honorable fabrique des marguillicrs de Meudon. Je ne suis pas étonné que le père Blin soit fier d'une telle alliance. Il est encore vain de son fils dont il a soigné l'éducation, et qui pourrait écrire tout comme un autre s'il lui en prenait fantaisie. Enfin, il est orgueilleux de

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