‹ Les hermites en libertéChapitre 26 sur 47 · LE STOÏCISME. I · texte numérisé non relu

LE STOÏCISME. I

toul-à-fait indigne d'un philosophe ; quant à moi, je voudrais comme 7\lce:;:;e pouvoir pester à mon aise contre le genre humain. Il Y il des choses auxquelles j'ai beaucoup de peine à m'accoutumer. 11 faut ?[ue je veille sur moi-même avec grand soin pour réprimer l'explosion de mes sentimens ; ils sont toujours sur le bord de. mes lèvres ou au bout de ma phnne ; mais je me discipline, suivant le précepte de Cratès, le mieux qu'il m'est possible, et je ne désespère pas de devenir aussi patient qu'Epictète lui-même.

Ce qui me coûte 1^ moins pour devenir un sage parfait, c'est le pardon des injures. Mes haines sont fugitives, elles passent plus vite que le mépris. Les doctrines du portique ne défendent pas de mépriser ce qui est vil, et je m'y tiens; dans le temps oîi nous sommes , assez d'objets suffisent au dédain pour occuper suffisamment les loi-

l44 I^E SIOÏCISME.

sirs d'un honnête homme; je n'en demande pas davantage.

Le portique interdit à ses disciples l'amhition , la vanité; il ordonne de ne craindre ni la douleur, ni les fers, ni la mort; en un mot , d'être toujours le même dans toutes les circonstances de la vie. Reprenons ces préceptes l'un après l'autre, et voyons si je suis en état de m'y conformer.

V ambition. C'estune maladie dont il ne me sera pas difficile de guérir. Si j'avais un grand pouvoir, je ne saurais qu'en faire, ce serait pour moi un véritable fardeau; je le porterais peut-être quelque temps pour faire le bien, si cela était possible; mais il me tarderait d'en être débarrassé. Serait-ce l'honneur que les liants pouvoirs confèrent qui pourrait me tenter? J'aimerais mieux honorer ma place que si ma place m'honorait. Serait-ce le plaisir d'être appelé monseigneur ou votre grandeiii .-^ Je ne trouv pas que ces mots aient un son plus harmo-

Page 1