‹ Les hermites en libertéChapitre 5 sur 47 · DEUXIÈME CONSOLATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CONSOLATION

Le vrai peut quelquefois n'élre pas Traiseralilable. ( BoiL. }

Meret! Mcret!... mon thé.... mes journaux!... Personne ne vient... et ma sonnette dont je ne trouve plus le cordon.... Vous verrez que je serai obligé d'aller le réveiller moi-même... Mais j'entends quelqu'un dans ranlichambre.... Méret !.... Méret ! — « A qui en avez-vous? — Comment! à qui j'en

ai ? mais vous-même , comment vous

trouvez-vous ici? — Parbleu , c'est bien à

ÏOM. I. Les tiermites , 5'. e'dit. 3

moi à vous faire cette question;... quelquefois le changement de lit empoche de dormir. — Le changement de lit?... en effet, cette petite fenêtre grillée, cette porte à guichet, ce papier de tente en lambeaux... cette figure que je ne connais pas; je ne suis point chez moi... Où diable suis-je?... — En prison , mon cher monsieur. — En prison, moi! — Tout comme un autre; si vous ne m'en croyez pas , votre camarade viendra dans un moment vous en donner l'assurance : en attendant , recueillez vos esprits ; voilà votre porte ouverte , vous pourrez prendre l'air dans le corridor, où vous trouverez bonne et nombreuse compagnie. » En disant ces mots , le gardien porte-clef (car c'était bien un porte-clef) me salua en portant la main à son bonnet de police, et m'abandonna à mes réflexions. Me voilà donc assis sur mon lit et promenant autour de moi des regards hébétés: peu à peu mes idées renaissent et s'ordon-

lient dans mon cerveau... Oui , je m'en souviens , je suis entré hier soir à Sainte- Pélagie, en exécution d'un arrêt de la cour royale qui nie condamne à l'amende et à la prison , pour avoir dit qu'en 1 8 1 5 les temps n'étaient pas les mêmes qu'en 1793.

J'avais tort, soit; la chose est par trop claire, Et la prison a prouTé cette affaire.

Mais le délit était-il assez grave pour occuper pendant cinq heures un aussi auguste aréopage? L'honneur, qui s'est réfugié dans la conscience des magistrats (comme l'a dit trèsgaiement le garde des sceaux), leur a donné l'explication de ces mots : Les temps étaient changés. M. l'avocat général a prodigué les fleurs et les foudres de son éloquence pour en démontrer toute la profondeur, toute la perfidie : j'ai dit que les temps étaient changes, donc j'ai voulu dire qu'ils étaient les mêmes, qu'ils étaient pires encore.... «Eh, messieurs! a répondu mon illustre défenseur, le pauvre homme n'y entendait pas

'^G LE RLVKTL.

malice; il en suit tout juste autant qu'un académicien , et ne donne aux mots et aux chiffres que la valeur qu'ils ont dans le Dictionnaire : i8i5 n'était plus 98; voilà ce qu'il a dit, ce qu'il a pensé, et ce qui lui paraîtra incontestable jusqu'à ce que vous en ayez jugé autrement. »

Ce jugement a été rendu par un tribunal inférieur et confirmé par un arrêt de la cour royale; respect à la chose jugée, subissons notre arrêt; et comme il n'est pas de situation au monde dont un cœur droit et un esprit bien fait ne puisse tirer avantage , voyons si la nôtre ne nous offre pas quelques consolations.

D'abord je dirai comme Cicéron : « Je fais plus de cas du témoignage de ma conscience que de tous les jugemens que l'on peut porter contre moi '. » J'ai appelé en

' Mea mihi conscientîa pluris est quain omnium s crin o.

LE ritViilL. 07

dernier ressort à ce tribunal iniaillible, et ina conscience a cassé radicaleiuent l'arrêt de la cour , toute souveraine qu'elle est; je ine tiens pour acquitté. Cette justice que je me rends d'une manière si solennelle n'abrégera pas d'une heure, il est vrai, la durée de ma réclusion; mais elle adoucira ma captivité, charmera ma solitude et nourrira dans mon âme des sentimens auxquels je dois le peu que je vaux, et dont les années qui commencent à peser sur ma tête affaiblissent !rop souvent l'énergie.

D'ailleurs cet état d'isolement, sans inconvénient pour celui qui a des goûts solitaires , a encore cela d'avantageux , qu'il nous prépare à subir les douceurs du temps on nous vivons, en nous accoutumant à envisager de sang-froid la dernière et la plus impérieuse des nécessités. Presque tous les maux dont la vie abonde naissent, pour la pliqiart des hommes, de la répugnance invincible qu'ils ont à être seuls : pres([ue jamais

on ne veut faire comme soi; on veut faire comme les autres.

Une autre réflexion se présente à mon esprit : il y a bien peu de circonstances où un homme puisse avoir de son vivant la mesure exacte de l'intérêt qu'il inspire et connaître la place qu'il occupe dans l'estime de ses concitoyens. A tout âge un des plus grands chagrins de la vie est d'ignorer si l'on est aimé; entre les épreuves du malheur, qui peuvent seules nous éclairer surce point, l'épreuve d'une condamnation judiciaire n'est pas celle que j'aurais choisie; mais, puisqu'elle se présente, je me félicite très-sincèrement de trouver dans les témoignages de bienveillance et d'intérêt que j'ai reçus une douce compensation des rigueurs de la cour.

L'amour-propre trouve aussi son compte dans le sentiment de la persécution dont on se voit l'objet; on sent qu'elle nous élève || à nos propres yeux; il y a une sorte de

fierté de circonstance qui convient même n la modestie; jamais je n'avais porté sur moi-même un jugement aussi favorable, jamais je n'avais joui aussi complètement du succès de mon dernier ouvrage dramatique, qu'en voyant accourir la foule à la soixante-quatrième représentation de Sylla, le jour même de la confirmation du jugement qui m'infligeait un châtiment que dans tous les pays la loi réserve aux filous et aux vagabonds.

C'est encore une consolation à laquelle je suis plus sensible qu'un autre que le clioix de l'époque où nous entrons dans notre nouveau domicile. Le printemps, qui veut aussi nous faire sa cour, semble rétrograder et ne nous promet pas même ce que 8hakspeare appelle si poétiquement :

The uncertain glory of an april day.

Il y a donc une sorte d'opportunité dans la nécessité où l'on nous met de passer entre

4o LE RÉVEIL.

quatre murailles des jours qui n'appartiennentplus à Thivcr et qui ne sont pas encore le printemps.

Résumons-nous ; j'étais , hier encore , heureux, tranquille, lionoré au sein d'une famille que le ciel aurait pu me donner en dédommagement de toutes les infortunes qu'il se plaît quelquefois à rassembler sur une seule créature humaine; je me trouve ce matin , sans trop savoir pourquoi , sous quatre énormes verrous dans une prison où jedois, decomptefait^ passer sept cent vingtsix heures, de la dernière et par conséquent de la plus courte partie de ma vie. Cette réflexion a quelque chose de pénible sans doute; mais je me suis jugé moi-même; l'affection de mes amis, l'intérêt et j'ose dire l'estime publique m'accomj)agnent dans ma prison ; les grands froids , si désagréables entre deux guichets, sont déjà passés; les beaux jours de la campagne ne sont pas encore revenus ; j'ai déjà conçu l'idée d'un petit ouvrage que

je ne pouvais faire que dans la prison où je suis; je puis donc prendre mon mal en patience et dire de moi ce que Lactance disait de Gicéron : « Il était déjà consolé, par la raison, par sa conscience et par ses amis, du mal dont il se plaignait encore. »

Ion avait été lié , était dévoré par la gale ; il ne cessait de crier dans les rues et sur toute la route : « Vivent les galériens ! ho/ineur aux » galériens! » L'affectation avec laquelle il poussait ces cris honteux, comme pour forcer l'attention des passans , a fait soupçonner qu'il avait reçu ({uelque instruction secrète à cet égard. Cette dernière circonstance annoncerait un tel excès de perversité, un tel raffinement de l-arbarie , que pour l'honneur de l'humanité , je ne veux pas y croire.

Madame Magallon se hâte de se rendre à la maison centrale de Poissy ; pâle , tremhlante , éperdue , elle demande son mari ; elle le voit revêtu de l'habit des malfaiteurs et veut se jeter dans ses bras. M. Magallon craignant d'avoir été atteint de la maladie dont les marques hideuses défiguraient son compagnon de voyage , se détourne , et apprend à sa malheureuse épouse le danger qu'elle court. Mais qui pourrait arrê-

ter reffusion d'un amour vertueux ? Tous les spectateurs fondaient en larmes à ce spectacle, fait pour amollir, si la chose était possible, la férocité d'un inquisiteur.

Il faut être juste. Le récit de ces actes de rigueur, publié dans les journaux qui ne sont pas ministériels ^ , a réuni les honnêtes gens de toutes les opinions dans le même sentiment de surprise et de blâme. Un honorable député de Paris, M. Alexandre de Laborde, pour (jui l'occasion de secourir le malheur est une bonne fortune à laquelle il ne résiste jamais, M. Alexandre de Laborde a voulu vérifier lui-même des faits si étranges. 11 est allé à Poissy; il a vu M. Magallon couvert de l'uniforme ignoble de la maison , jeté au milieu des voleurs dans un atelier où il est forcé de

' Le Constitutionnel , le Courrier français , le Drapeau blanc , le Journal de Commerce et le Pilote.

travailler à des ouvrages manuels qui ne sont conformes ni à son éducation ni à ses forces. Il s'est assuré que le forçat auquel on l'avait attelé se trouvait à l'hôpital , et qu'il y était traité de cette lèpre dont le nom même ne se prononce qu'avec dégoût. M. Magallon dit à M. de Laborde qu'il avait offert aux gendarmes de payer une voiture , ce que l'on ne refuse pas aux plus grands criminels, et que le brigadier lui avait répondu qu'il ne pouvait lui accorder cette faveur. De qui émanaient les ordres donnés à ce brigadier? quelle main les a signés? ''^* quelle imagination a conçu ce nouveau genre de torture, d'enchaîner un homme à la contagion , de le livrer à un supplice que la justice réprouve autant que l'humanité?

On pourrait croire qu'on veut nous forcer à regretter la Bastille. Si c'était là en effet l'arrière-pensée de quelques hommes ennemis naturels des institutions libérales , ils n'y parviendraient pas. Il est vrai que la

réclusion à la Bastille pour les hommes de lettres était loin d'être rigoureuse, et qu'on ne les confondait ni avec les voleurs ni avec les forçats. Marmontel nous a laissé, dans ses Mémoires , une description de son séjour à la Bastille qui n'inspire aucun sentiment pénible; il y vivait en épicurien qui aime la bonne chère, et qui s'y connaît; il se loue des manières prévenantes du gouverneur, et des soins qu'il prenait pour adoucir sa situation. Mais enfin c'était contre toutes les lois, contre tout principe de justice, que Marmontel était détenu. Jugé par un caprice de courtisan , condamné sans avoir été entendu , arrêté en vertu d'une lettre de cachet , ignorant le terme de sa détention, il était sous la main de fer du despotisme. Il ne pouvait élever une voix libre contre l'oppression, ni protester, à la face du ciel, contre les oppresseurs. Qu'il eût fait le moindre mouvement de dépit dans ses chaînes , on pouvait le plonger

vivant dans un cachot, et l'y faire mourir des années entières.

Aujourd'hui on peut se plaindre ; c'est la consolation des malheureux. Aujourd'hui , quel que soit le fond , les formes légales sont observées. On vous traduit devant un tribunal , on discute l'accusation , et on y répond, la réponse est publique. L'opinion générale vous condamne ou vous absout.

Au temps où nous sommes , il faut sinon un motif, du moins un prétexte pour l'accusation et la poursuite. Autrefois l'arbitraire seul en décidait ; une femme galante faisait enlever son mari ; ,1a haine d'un grand seigneur , la vengeance d'un commis, suffisaient pour vous faire perdre la liberté; une courtisane en faveur dictait des proscriptions. 11 n'y avait point de loi positive qui vous mît à l'abri de la tyrannie.

Je n'ignore pas qu'on peut abuser des lois ; souvent on s'en est servi pour satisfaire de vils intérêts; mais le triomphe de Fini-

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qiilté ne peut être de longue durée lorsqu'elle est en opposition avec les mœurs et l'opinion générale. La publicité seule est une garantie inappréciable contre les excès prolongés de l'oppression: rien n'est perdu lorsqu'une protestation énergique peut exposer l'oppresseur à l'indignation et au mépris.

Les anciens parlemens désapprouvaient sans doute les abus du pouvoir. D'illustres magistrats qui connaissaient et qui remplissaient leurs devoirs, réclamaient en faveur des victunes de l'arbitraire ; mais leur voix courageuse n'était point entendue, elle expirait aux pieds du despotisme ministériel, et ne pouvait pénétrer dans l'obscur donjon où gémissait souvent l'innocence. Non, la conduite de la police judiciaire à l'égard des écrivains détenus pour délits politiques et littéraires, quelle que soit cette conduite, ne nous fera pas regretter le régime des

ToM. I. Les Heriniles , 5'. édit. 4

lettres de cachet, et soupirer après la Bastille.

Voyez ce qui arrive dans la malheureuse affaire de M. Magallon! la cruauté se tait et ne tente pas même une apologie ; on voudrait, s'il était possible, nier les circonstances les plus atroces de la translation. Ce reste de pudeur, nous le devons à la publicité : quant au fait en lui-même , débarrassé de ses honteux accessoires, on a voulu le pallier en se mettant à l'abri de l'usage. C'est, dit-on, une mesui'e administrative commune à tous les détenus que la loi condamne à plus d'un an de prison. M. Alexandre de Laborde répond à cette objection d'une manière victorieuse.

« Les tribunaux, dit-il, en condamnant » un homme à la prison, s'en remettent * pour les moyens d'exécution à l'adminiw stration qui prend à l'égard des individus » les précautions qu'ede juge convenables » pour s'assurer d'eux. Ainsi , c'est par une

M. MAGALLON. 5l

» simple ordonnance de police que les voleurs » et les gens sans aveu sont conduits, les » mains liées , à pied , devant des gendar- » mes ; car ces hommes , la plupart repris » de justice, n'ont d'autre idée que de s'éw chapper pour recommencer leur infâme » métier. Il est encore naturel qu'on leur » donne un vêtement particulier dans la » prison, afin que, s'ils s'échappaient, ils » fussent reconnus sur-le-champ dans les » campagnes. Mais est-il croyable qu'on » applique ces précautions honteuses à des » hommes bien nés qui se rendent volontai- » rement a la prison qu'on leur indique , » et qui ne peuvent jamais vouloir s'en éva- » der? car la peine du bannissement serait » cent fois pire pour eux que celle de » leur courte détention. Est-il croyable M qu'on traîne de pareils hommes en spec- » tacle dans les rues de Paris, punition » plus cruelle que l'exposition au carcan, » car elle se reproduit -dans tous les quar-

» tiers où on passe? Est il croyable enfin, » qu'on attache un honnête homme à un )) voleur galeux , pour l'exposer à périr d'un » mal aussi dangereux qu'ignoble? Quel est » le juge, dit Bcntham, qui a jamais con- » damné un coupable aux rhumatismes , à » la fièvre, aux maladies contagieuses?

» Lorsque le chef de l'ancien gouvernen ment commua en détention indéfinie la r> peine capitale à laquelle MM. de Pollgnac » avaient été condamnés, l'idée ne lui vint » pas de les obliger de revêtir un habit de )> voleur, et de carder de la laine ou d'é- » plucher du coton. Cette atroce clémence » eût révolté tout le monde , et MJNï. de » Polignac eux-mêmes n'auraient pas voulu )j de la vie à ce prix. Or , comment peut-on D ajouter aujourd'hui à une simple peine » correctionnelle ce qui aurait paru barbare u à cette époque , en échange de la peine » de mort ? j*

M. MAGALLOjN. 53

Il est certain que l'arlicle 4^ du Code pénal , qu'on a cité pour justifier le traitement qu'ont éprouvé quelques détenus pour délits politiques, ne s'appliquait, dans la pensée du législateur, qu'aux malfaiteurs et aux vagabonds. Cela est si vrai , qu'à l'époque de la discussion sur la loi de la presse, des questions furent adressées aux ministres. On leur demanda si les écrivains politiques seraient soumis au régime des prisons : M. de Serre, garde des sceaux, répondit avec une sorte d'indignation que « penser ainsi c'était faire injure au gouvernement du roi; qu'il serait odieux de croire que des ministres fussent assez dépourvus de bon sens , de justice et d'humanité, pour traiter des hommes de lettres dont le délit n'était souvent qu'un manque de justesse dans les idées, ou une erreur de l'esprit, comme des vagabonds et des malfaiteurs. Cela s'était vu en 1793, cela ne se verrait jamais sous

lin ministère royaliste. » On parla même d'un local particulier qui devait être affecté aux détenus pour délits politiques et littéraires.

11 est donc prouvé, i^. que les auteurs du Code pénal, en distribuant les peines afflictives pour des délits matériels , ne pensaient point aux délits de la presse, ces derniers étant alors inconnus, ou du moins étant punis comme délits politiques. Les coupables, comme je l'ai dit, étaient détcrms à part dans les prisons d'état, où ils n'étaient assujettis à aucun opprobre personnel.

2". Que les députés des deux chambres , en votant les lois de la presse, ne pensaient qu'à la simple détention. Et les magistrats! ne serait-ce pas les offenser que de croire qu'en condamnant un écrivain à quelques mois de détention pour une phrase hasardée et souvent susceptible d'interprétations di-

verses, ils entendent le condamner aux caî)anons de Bicêtre ou à la gamelle de Poissy ; qu'ils supposent des fers, l'accouplement avec des galériens, et des travaux forcés!

Aucun homme de bonne foi ne contestera la vérité de ces raisonnemens , et il faut que l'administration actuelle conserve tout l'honneur du traitement qu'éprouvent les détenus pour délits politiques. C'est elle qui les confond avec la lie de l'espèce humaine. Des subterfuges, des apologies seraient inutiles ; il vaudrait mieux avouer hautement une telle conduite; on s'épargnerait du moins la fatigue de l'hypocrisie.

Il existe cependant une société des prisons, un conseil général composé de philanthropes. Ce qui se passe prouve l'inutilité de ces sortes de sociétés, qui sans doute sont animées des meilleurs sentimens, mais qui n'ont point d'action. On s'assemble , on fait des discours préparés avec soin ,

56 M. MAGALLO^f.

des rapports dont les bases sont généralement inexactes, et pendant qu'on disserte, ({u'on pérore , la justice s'indigne et Ihuinanité gémit.

Un homme a plus fait, lai seul, que toutes les sociétés philanthropiques du monde. Cet homme, c'est l'Anglais Howard qui volontairement a passe sa vie dans les prisons. Il s'était rendu familier avec toutes les infortunes pour les soulager. 11 recevait les plaintes comme un messager du ciel , et les faisait retentir dans le palais des rois. Rien ne pouvait le décourager, ni les fatigues de sa mission, ni l'indifférence du pouvoir; sa vertueuse importunité surmontait tous les obstacles. Que de malheureux lui ont dû le repos! que d'innocentes victimes il a sauvées du désespoir! Le besoin d'être utile à ses semblables multipliait ses forces ; il n'y a pas eu d'obscur cachot de la Grande-Bretagjie qu'il n'ait visité et où

il n'ait fait descendre l'espérance. A la vérité, pour y pénétrer il n'a pas eu besoin d'une permission timbrée qu'il aurait dû payer sept sous par détenu.

Mais ce n'était pas assez pour lui. Howard passe sur le continent. Il parcourt sans bruit, sans faste, toutes les prisons de l'Europe; on ne le connaît, comme la providence, que par ses actes de bonté. II donne des conseils aux chefs, des consolations aux captifs, il essuie des larmes, et il €St récompensé.

Le premier il a donné l'idée de ces prisons qui, dans l'Angleterre et les Etats- Unis, reçoivent le vice et la dépravation, et qui les font disparaître par un régime conçu avec sagesse et religieusement exécuté. Combien il serait à désirer qu'on imitât en France de si nobles exemples ! Ne désespérons de rien; nous avons parmi nous un

ToM. 1. Les ficrmites, 5". éJit. 5

homme qui a toutes les vertus de Howard. Qui sait tout ce que pourra faire M. Alexandre de Laborde?

iv°. IV. — 2 3 avril 1823.

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