‹ Les hermites en libertéChapitre 9 sur 47 · HISTOIRE DE MA CHABRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE MA CHABRE

Vno aUso, non déficit aller, Virgile.

( Qmd Tuo manque il est aussitâremplace'. )

On sait depuis long-te:

ont des oreilles; j'ai aussi des lai séparément quelles je s

ne les murs

au fond d'un corridor qu'on appelle rouge , et qu'on pourrait désigner aussi bien par toute autre couleur, attendu qu'il y règne une douce obscurité qui permet à peine de distinguer le numéro des cellules inscrit au-dessus des portes en chiffres de deux pouces de long. Ma chambre porte le n**. 4 ; elle a dix pieds de long, sur sept de large et huit de hauteur , en sorte qu'un homme de la plus haute taille peut, comme on voit, s'y tenir et s'y mouvoir en tout sens. Autrefois on mesurait plus étroitement l'air et l'espace aux prisonniers : il est vrai qu'alors on ne connaissait pas les délits de tendance, les délits d'allusions, les délits d'intention, les délits d'insinuation; ainsi tout se balance : et sous ce point de vue, du moins, les progrès du siècle vers un meilleur ordre de choses ne me paraissent pas extrêmement sensibles.

Mais peut-être aussi v a-t-il un peu d'humeur dans mon fait : je me hâte donc

trabaiidoimer cette réflexion , et je rentre clans mon sujet, c'est-à-dire dans ma chambre. Ma fenêtre, quadrillée par d'énormes barreaux , reçoit les premiers rayons du jour naissant , et permet à la vue de se prolonger dans toute la longueur d'une cour plantée d'arbres, où deux classes de détenus jouissent à différentes heures du plaisir de la promenade. Un de mes devanciers a laissé dans la cellule que j'occupe les traces de son passage : le papier-coutil dont les murailles sont encore tapissées, le plafond creusé au centre, pour lui donner la forme de cette espèce de tente que l'on appelle marquise ^ tout annonce qu'un homme de guerre a fait dans cette étroite enceinte une de ces haltes humiliantes qu'un grand général a caractérisées d'une épithète plus énergique.

Comitie j'inté-rrogeais minutieusement plusieurs parties de la muraille que le papier décollé laissait à découvert , mon œil s'est

'JT. HISTOIRE

arrêté sur quelques lettres majuscules tracées au crayon , et presque entièrement effacées. On a du temps à perdre en prison ; je me suis mis en tête de deviner cette inscription en reformant les lettres à l'aide des parties de jambages qui subsistaient encore, et en usant du procédé employé par un savant à Nîmes pour retrouver l'inscription de la Maison Carrée.

Voici la figure exacte que présentaient les fragmens de caractère que le temps avait respectés ;

Avant d'avoir réuni par un ligne de points les deux portions de la première lettre, j'avais reconnu distinctement un J : je passai une grande demi - heure à combiner d»? vingt manières les traits de la seconde

lettre , et après avoir trouvé qu'on pouvait en former également un Z ou une L , je m'en tins à cette dernière lettre comme initiale d'un beaucoup plus grand nombre de noms français. La troisième lettre m'occupa moins long-temps ; les deux extrémités, par quelque jambage qu'on les rapprochât , ne pouvaient convenir qu'au P. Quant à la dernière lettre, ce ne fut qu'après deux ou trois heures de tàtonnemcns infructueux que j'y trouvai les élémens du B dans l'écriture anglaise.

Ce travail achevé, je me mis en contemplation devant ces quatre lettres reconstruites, en cherchant à les appliquer aux noms de ceux de mes prédécesseurs qui m'étaient connus : aucun ne se prêtait à l'explication que je m'obstinais à y chercher. J'allais renoncer à trouver le mot de cette énigme, quand un de mes jeunes compagnons de captivité entra dans ma chambre; je lui fis part de l'inutilité de mes recher-

ToM t. Lci HcnnUcs , 5'. t\lU. 6

ches , en lui montrant le monogramme ({ui en était l'objet. — « Comment! vous ne devinez pas? me dit-il ; rien pourtant n'est plus facile: ces noms sont ceux de la plus aimable et de la plus illustre captive que Sainte-Pélagie ait jamais renfermée : Joséphine La Pagerie Bonaparte. »

« Serait-il possible ?» m'écriai-je, avec le plus singulier transport de joie. — Rien de plus certain , me dit-il ; en 1 793 la belle et bonne Joséphine fut enfermée à Sainte- Pélagie , et ce monogramme est une preuve à peu près certaine qu'elle y habita la cellule que vous occupez aujourd'hui. — Une seule objection, répondis-je, détruit de fond en comble une supposition d'ailleurs assez plausible , c'est que l'illustre Joséphine , à l'époque où elle fut mise en prison , ne portait pas encore le nom du héros qui jeta tant d'éclat sur sa vie. Elle fut arrêtée par les hommes de la terreur en 1793, et ne prit le nom de Bonaparte qu'en 1797- —

Mais avant, elle portait celui de son premier mari , et ce mari s'appelait Beauharnais ; ce qui s'accorde tout aussi bien avec le monogramme dont vous cherchez l'explication. »

Cette observation , déjà si concluante , se trouvait fortifiée de la certitude que madame de Beauharnais fut en effet retenue plusieurs mois à Sainte - Pélagie dans le corps-de-logis que j'habite; et tous les renseignemens que je suis parvenu à me procurer , toutes les circonstances que je rapproche , ont achevé de me convaincre que ma cellule était consacrée par le doux souvenir de l'auguste et bonne Joséphine. Cett pensée me rajeunit de trente ans, et je me reporte à ces jours de deuil et de fureur où le pouvoir, aux mains d'une faction stupidement féroce , poursuivait au nom de la patrie et de la liberté leurs plus nobles et leurs plus zélés défenseurs.

Je vois, au milieu d'une nuit affreuse, une

jeune femme , plus belle encore de sa frayeur et du simple appareil dans lequel elle a été surprise, amenée sous ces voûtes obscures par quelc|ues forcenés que ses pleurs n'ont pu fléchir. On a refermé sur elle les terribles verrous ; je la vois assise et muette auprès de cette fenêtre où j'écris, et j'éprouve tous les sentimens qui bouleversent son ame. Elle parle, je l'écoute.

« Pourquoi cette prison ?... Femme d'un guerrier patriote, dont l'échafaud vient de payer la gloire et les services , quel crime ai-je commis? M'a-t-on arrêtée sur la terre étrangère ? Ai-je lié ma destinée aux ennemis du nom français?... Non, non; j'avais placé mes douces affections où la patrie avait marqué mes devoirs;., et pourtant je suis arrachée mournnfe du sein de ma famille, et je viens attendre, dans les fers, l'heure d'une mort affreuse qui adéjcàsonné pour tant de victimes innocentes ! y> Elle pleurait , et ses regards si tendres tombaient

avec effroi sur les objets sinistres dont elle était entourée. Insensiblement le trouble de son cœur s'apaise; elle a l'air de prêter l'oreille à une voix intérieure qui la console, et le sourire d'une lointaine espérance vient d'effleurer ses lèvres.

L'aimable captive tire de son sein une espèce de talisman où sont gravés ces mots en caractères hiéroglypbiques : Tu gémiras ^ tu soujfriras , espère , attends , tu seras reine d'un grand empire. « Pauvre Anical s'écria-t-elle , après avoir relu cet oracle , bonne mulâtresse qui m'as nourrie de ton lait, la moitié de ta prédiction est accomplie; mais quelle puissance au monde pourra jamais réaliser l'autre ?... Espérons cependant , attendons : tes pronostics ne m'ont point encore trompée. »

On sait par quelle série d'événemens prodigieux la fortune a pris soin d'accomplir l'oracle de la mulâtresse, et de conduire en quelque sorte par la main l'adorable Créole

lie la Martinique, de la chambre, n°. 4, à Sainte - Pélagie , sur le premier troue du monde.

On aurait tort de croire qu'un pareil exemple fût capable d'éveiller mon ambition , que je pusse me flatter, en partant du même point, d'arriver un jour au même but que mon illustre devancière : premièrement, on ne m'a jamais prédit que je dusse être roi ; et je dois le dire franchement, pour décourager les peuples qui pourraient songer à moi, c'est un état pour lequel je n'ai pas la moindre vocation.

Depuis 1793 jusqu'en i8i5, il est certain que ma chambre n'est pas restée vide ; cependant elle ne m'a redit les noms d'aucun des hôtes qu'elle a reçus; mais à cette époque si tristement mémorable, elle m'apprend que le 2 1 avril ( je me souviendrai de cette date), un petit homme de moyenne taille, l'œil vif et noir, au teint basané , prit possession, en pinçant ses lèvres minces.

de cette môme cellule, n». ^, dans le corridor rouge. Cet homme était Mina, ce fameux, chef de guérillas , qui défendit avec tant de courage et de persévérance sa noble patrie contre le vainqueur de l'Europe et son héroïque armée. A son retour de l'île d'Elbe, Napoléon, instruit que Mina se trouvait à Paris, fit arrêter, au sein de la paix, le guerrier espagnol qui avait si souvent attristé nos victoires dans le cours d'une guerre injuste, dont le dernier résultat devait être si fatal à son auteur.

Dans cette retraite où languit un mois le héros étranger, et pendant laquelle il amassait peut-être la vengeance qu'il a méditée depuis, il eut le temps de rappeler à son esprit tant de grands souvenirs auxquels l'histoire associera son nom : les mots de Sali lias ^ de VitLoria^ des Carrascales ^ qu'il inscrivit sur la muraille , au - dessous de ceux de Ocagnia, Talawéra^ qu'une main fi^ançaise y avait tracés sous ses yeux.

forment une réponse tout-à-fait digne de la fierté castillane.

Le général Espoz y Mina avait à Sainte- Pélagie pour compagnon de captivité M. de Torrcno, que la cause de la liberté constitutionnelle compte au nombre de ses défenseurs.

La prodigieuse activité de Mina s'arrangeait mal du repos de la prison , et la promenade sur les quatre côtés d'une cour trop peu spacieuse pour un aussi vaste établissement ne lui offrait qu'un insipide exercice : il imagina de transformer en jeu de paume la galerie couverte qui s'étend sur un des cotés du parai! élogramm.e , et l'on y voit encore les peintures dont il a orné la muraille aux deux extrémités de la galerie.

Les terribles événemensdu mois de juin 1 8 1 5 ouvrirent au général Mina les portes do sa prison et non celles de sa patrie : il avait glorieusement combattu pour la cause d'un roi national et constitutionnel ; Ferdinand

DE MA CHAMBRE. 8l

rétabli sur son trône et voulant se ressaisir d'un sceptre absolu , embrassa dans sa disgrâce tous les partisans d'une constitution qui limitait le pouvoir royal. L'insurrection qu'on appelait alors à iNladrid la révolte de l'île de Léon ranima les espérances du iiéros de la Catalogne; il quitta la France en i8'20 et reparut sur les bords de l'Ebre, où il est en ce moment un des plus puissans arbitres des destinées de sa patrie.

La cellule que le général étranger Mina laissait vacante fut quelques jours après occupée par l'infortuné général français Bonnaire. Quelle destinée brillante et déplorable ! Un soldat de dix -sept ans sort d'un village du département de IWisne en I y 92 , et se fraie , l'épée à la main , la route aux honneurs des camps; de champ de bataille en champ de bataille, Gérard Bonnaire devient général de brigade, tombe sous un boulet espagnol dans la campagne de 18 13, et se relève cruellement blessé pour aller

ToM I. Les fferiniles , j". éd.t. y

prendre deux ans après le comman dément de la place de Condé, que lui avait confié Napoléon pendant les cent jours. Bonnaire y commandait encore lorsque des soldats de la garnison frappèrent à mort un officier français qui venait au nom des alliés proposer à la garnison de se rendre. Un arrêt de mort fut rendu par un conseil de guerre contre l'alde-dc-camp Miéton , accusé d'avoir ordonné cette action déloyale , et le général Bonnaire , si noblement et si vivement défendu par Chauveau-Lagarde , fut condamné à la peine infamante de la déportation.

Amené à Sainte -Pélagie après l'affreuse dégradation qu'il subit au pied de cette colonne trionipliale où la gloire avait inscrit son nom et ses exploits , il ne put survivre aux douleurs pliysiques et morales dont il fut abreuvé, et mourut après deux mois d'agonie; les mots honneur et patrie sont les derniers qu'il prononça en cher-

chant d'une main défaillante celte étoile des braves qu'il ne trouva plus sur sa poitrine tant de fois sillonnée par le fer ennemi. Ma chambre reçut ses derniers soupirs.

J'ai dit que le premier et le plus récent souvenir que m'avait rappelé ma cellule était celui du militaire qui lui avait donné la forme et l'apparence d'une tente, qu'elle conserve encore. Ce militaire est le colonel Aimé Duvergier, qui avait été condamné à cinq ans de détention comme instigateur ou complice des troubles du mois de juin.

J'abandonne au temps et à l'histoire le soin de réviser ces procès d'opinion sur lesquels U justice ne prononce qu'après avoir entendu la politique dans l'intérêt de l'autorité : en pareille cause , un défenseur prisonnier lui-même pourrait avec raison être suspect de partialité.

Je ne vois dans le colonel Duvergier que " mon prédécesseur presque immédiat dans le petit local où je suis maintenant confi-

né. Cet officier avait trente-six ans à l'époque où l'atteignit l'arrêt qui le condamnait à cinq années de réclusion ; ce laps de temps perdu pour toute espèce de gloire lui paraissait bien long; sa première idée fut, en entrant à Sainte-Pélagie, de chercher les moyens d'en sortir; il y rêvait depuis dix mois, et s'était vu forcé d'abandonner successivement tous les projets d'évasion qu'il avait conçus, lorsqu'une main amie vint à son secours et aplanit les obstacles contre lesquels sa patience et son courage étaient près d'échouer.

Cette entreprise, que j'envisage uniquement sous le point de vue dramatique, fait trop d'honneur au cœur et à l'esprit de celui qui l'a conduite pour qu'il me soit permis d'en passer sous silence les principaux détails. ■

Un jeune ami du colonel Duvergier, M. Eugène Pradel , était à cette époque retenu pour dettes à Sainte-Pélagie , dans un corps-de-logis entièrement séparé de ce-

lui qu'habitent les prisonniers pour délits politiques : les uns et les autres jouissent à des heures différentes du plaisir de la promenade dans un jardin conunun, où ils se voient sans pouvoir jamais se rencontrer.

Les prisonniers pour dettes sont traités avec moins de rigueur que les autres , au grand regret de leurs créanciers , espèce d'hommes dont le cœur est plus dur encore que celui des geôliers. Les prisonniers pour dettes communiquent par écrit avec les personnes du dehors; leurs amis, leurs parens peuvent les voir dans leur chambre , à toute heure du jour.

Depuis un mois M. Eugène de Pradel correspondait avec son ami le colonel Duvergier, par des moyens fort ingénieux, sur le projet de son évasion. La veille du jour fixé pour l'exécution , le colonel écrivit à son ami : « Je ne puis me décider à partir sans mon grenadier ( ce grenadier était le capitaine Laverderie^\ faites-moi savoir,

mon clier Eugène, si vous croyez pouvoir nous sauver tous deux , sinon je reste. » Cet incident, qui doul)lait les difficultés de l'entreprise , ne fît qu'accroître le zèle et le courage de l'amitié.

Le premier obstacle à vaincre était , pour les deux détenus du corridor rouge , de passer du corps -de- logis où ils étaient détenus dans celui qu'habitent les prisonniers pour dettes. Voici comment ils y parvinrent.

Le 2,5 décembre, jour de Noël, à une heure après midi ( c'était celle où les détenus pour dettes venaient alors remplacer au jardin les condamnés de la politique), le colonel Duvergier et le capitaine Laverderie parviennent à se soustraire à la vigilance du gardien, et restent cachés dans le jardin qui s'ouvre aux prisonniers du commerce im moment après que les autres en sont sortis. Au signal convenu ils se glissent dans le bâtiment de la dette et vont se réfugier dans la chambre d'un ami commun

( JNI. JMarchehoiit ), où leur ange tutélaire ne tarde pas à les joindre.

Jusque-là les deux fugitifs n'avaient encore changé que de gardiens et de verrous. Sur-le-champ on procède à leur déguisement ; les énormes favoris du colonel disparaissent sous le rasoir; il en recueille avec soin les débris qu'il renferme dans une lettre à l'adresse de mademoiselle de.... (quelle indiscrétion j'allais commettre!) La métamorphose est complète ; les deux prisonniers sont méconnaissables et peuvent sortir sous les traits de deux visiteurs supposés, au nom desquels IVI. de Pradel s'est procuré les permissions qu'on délivre, en les payant, à la préfecture de police.

Ces permissions, déposées en entrant par les visiteurs entre les mains du guichetier de l'intérieur , leur sont remises à la sortie. L'embarras était de placer les permissions des deux personnes qui n'étaient pas entrées au nombre de celles que le gardien

avait reçues , et sans la remise desquelles toute évasion devenait impossible... Eugène, qui depuis quelques jours s'était rendu familier avec les gardiens, moins encore par de petites largesses de vin et de cigares qu'en leur montrant quelques dessins qu'il avait achevés dans sa prison , descend cette fois son album sous le bras, le tire de son étui, et pique si vivement la curiosité du gardien chargé des pétitions, que celui-ci le prie en grâce de lui permettre de parcourir ce recueil : Eugène y consent de fort bonne grâce ; et, tandis que l'argus admire les petits chefs-d'œuvre qui passent sous ses yeux, de son coté M. de Pradel paraît surpris du grand nombre de personnes qui sont venues en visite, et dont cet amas de permissions atteste la présence; « il s'étonne » que le gardien les laisse ainsi sur la table » au risque d'en égai-er quelques-unes ; à sa » place il aurait un portefeuille , ou plutôt w un étui comme celui de cet album n

DE MA CHAMBRE. Sq

et, en disant cela, il prend les permissions et les fait couler dans l'étui , où il glisse en même temps celles des deux inconnus. Le gardien trouve l'invention parfaite , et se promet bien de demander un portefeuille à l'administration , et même de l'acheter à ses frais si on le lui refuse. Gardez le mien , lui dit Eugène en lui frappant sur l'épaule d'une manière très-amicale; le gardien se confond en remercîmens. Dans cet instant Duvergier et La Verderie se présentent au fatal guichet; ils demandent leur permis sous le nom qu'il indiquait, le gardien les examine un moment; leur cœur bat, mais aucune émotion ne se trahit sur leur figure : la permission de chacun est trouvée , on la leur remet; les trois guichets s'ouvrent; et, comme le dit si bien M, de Pradel dans son mémoire, les deux captifs respirent enfin l'air si doux de la liberté.

Cette action de M. Eugène Pradel n'était que généreuse, celle qui la couronna est

plus noble et plus rare. L'évasion des deux prisonniers de Sainte- Pélagie , dont l'auteur était ignoré, compromettait le concierge et les gardiens de la prison ; elle pouvait motiver des mesures de rigueur contre ses compagnons de captivité : M. de Pradel se nomma, et trois mois d'une prison plus étroite auxquels il se'vit condamné, en satisfaisant à la loi , appelèrent sur lui sans partage l'estime et l'intérêt publics.

L'imagination s'écliauffe et s'exalte en prison; comme toutes les forces comprimées, elle acquiert un plus haut degré d'énergie , s'échappe, et s'élève en raison de la résistance qu'on lui oppose. J'avais passé une journée toute entière avec les quatre prisonniers dont ma chambre m'avait rappelé le souvenir ; depuis pkis de deux heures le bruit des verrous et de la triple serrure m'avait averti que, jusqu'au lever du soleil, il n'y avait plus pour moi de communication possible avec aucun être vivant; ma

la?npc pâlissait , j'allais me coucher. Qu'on se fasse une idée de la force de l'illusion dont j'étais préoccupé; je crus voir, je vis en effet assis sur le bord de mon lit les personnages qui figurent dans l'histoire de ma chambre : la conversation qui s'établit entre nous trouvera sa place dans le chapitre suivant.

n'^. VI. — 25 avril iSi3.

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