‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 10 sur 45 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

Moi. — Riez tant qu'il vous plaira; je suis d'humeur moins joviale, je vous en préviens , et j'attendrai pour rire que vou« m'ayez montré le côté plaisapt de cette aventure.

Lui. — Comment ! vous ne trouvez pas très-gai, à nos âges, pères et même grandspères de famille , usant et jouissant d'une réputation de sagesse assez bien établie, pouvant produire au besoin de bons certi-»

ficats dévie et mœurs; vous ne trouvez pa« excessivement gai de nous voir ce matin en prison, sous les mêmes verrous que des bandits et des vagabonds?

Moi. — Je trouve cela abominable , odieux, et je ne sais point plaisanter avec la morale publique.

JjUI. — Prenez-garde , mon cher confrère en prison et en philosophie, qu'il p'entre un peu de personnalisé dans votrp

ENTRE LUI ET MOT. 6l

colère; car enfin nous ne sommes pas ici les seuls honnêtes gens, comme vous 1« saurez bientôt , et le mal dont vous vous plaignez pour la première fois existe depuis long-temps.

Moi. — Croyez-vous qu'en dix ans on puisse signaler tous les abus, constater toutes les injustices, relever toutes les sottises qui se font, s'établissent ou se perpétue,nt dans un pays comme le nôtre ? J'ai pour habitude de ne parler que des choses dont j'ai eu l'expérience»

Lui. -^-^ Et vous vôUs plaignez quand -on vous la fournit !.... Mais causons de sangfroid; asseyez- vous sur le pied de mon lit , en attendant que j'aie fait venir une seconde chaise , et voyons ensemble s'il n'y aurait pas moyen de tirer quelque parti de notre situation. Nous sommes en prison , voilà un fait; nous n'avons à rougir ni devant les autres, ni devant nous-mêmes, du motif

Page 1