CINQUIÈME CONSOLATION
HISTOIRE DE BI4 GHABfBRE.
C/ino avulsOy non de/kit alttr.
TlRGlLI.
( Quand l'no manque il ett aussitôt remplace. )
Ois sait depuis long-temps que les murs Qi^t des oreilles; j'ai découvert qu'ils ont aussi des langues et des voix. J'ai interrogé séparément le^ quatre murailles entre le»?
quelles je suis epfermé ; elles m'pnt répondu y et c'est de leur récit que j'ai composé l'histoire de ma chambre , dont voipi d'abord la description fidèle. Elle est située
au fond d'un corridor qu'on appelle rouge ^ et qu'on pourrait désigner aussi bien par toute autre couleur, attendu qu'il y règne une douce obscurité qui permet à peine de distinguer le numéro des cellules inscrit au-dessus des portes en chiffres de deux pouces de long. Ma chambre porte le n^. 4 ; elle a dix pieds de long , sur sept de large et huit de hauteur , en sorte qu'un homme de la plus haute taille peut, comme on voit, s'y tenir et s'y mouvoir en tout sens.
Autrefois on mesurait plus étroitement Tair et l'espace aux prisonniers : il est vrai qu'alors on ne connaissait pas les délits de ten^ dance, les délits d'allusions, les délits d'intention, les délits d'insinuation; ainsi tout se balance : et sous ce point de vue, du moins, les progrès du siècle vers un meilleur ordre de choses ne me paraissent pas extrêmement sensibles.
Mais peut-être aussi y a-t-il un peu d'humeâr dans mqn fait : je me hâte donc
d'abandonner cette réflexion , et je rentre dans mon sujet, c'est-à-dire dans ma chambre. Ma fenêtre , quadrillée par d'énormes barreaux, reçoit les premiers rayons du jour naissant, et permet à la vue de se prolonger dans toute la longueur d'une cour plaptée d'arbres , où deux classes d6 détenus jouissent à différentes heures du plaisir de la promenade. Un de mes devanciers a laissé dans la cellule que j'occupe les traces de son passage : le papier-coutil dont les murailles sont encore tapissées, le plafond creusé au centre, pour lui donner la forme de cette espèce de tente que l'on appelle marquise , tout annonce qu'un homme de guerre a fait dans cette étroite ^ enceinte une de ces haltes humiliantes qu'un grand général a caractérisées d'une épithète plus énergique.
Comme j'interrogeais minutieusement plu* sieurs parties de la muraille que le papier décollé laissait à découvert , mon œil s'est
arrêté sur quelques lettres majuscules tracées au crayon , et presque entièrement effacées. On a du temps à perdre en prison ; je me suis mis en tête de deviner cette inscription en reformant les lettres à l'aide des parties de jambages qui subsistaient encore, et en usant du procédé employé par un savant à Nîmes pour retrouver l'inscription de la Maison Carrée.
Voici la figure exacte que présentaient les fragmens de caractère que le temps avait respectés ;
Avant d'avoir réuni par un ligne de points les deux portions de la première lettre , j'avais .reconnu distinctement un J : je passai une grande demi - heure à combiner de vingt manières les traits de la seconde
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lettre , et après avoir trouvé qu'on pouvait en former également un Z ou une L , je m'en tins à cette dernière lettre comme initiale d'un beaucoup plus grand nombre de noms français. La troisième lettre m'occupa moins long-temps ; les deux extrémités , par quelque jambage qu'on les rapprochât , ne pouvaient convenir qu'au P. Quant à la dernière lettre, ce ne fut qu'après deux ou trois heures de tatonnemens infructueux que j'y trouvai les élémens du B dans l'écriture anglaise.
Ce travail achevé, je nie mis en contemplation devant ces quatre lettres reconstruites , en cherchant à les appliquer aux noms de ceux de mes prédécesseurs qui m'étaient connus : aucun ne se prétait à l'explication que je m'obstinais à y chercher. J'allais renoncer à trouver le mot de cette énigme, quand un de mes jeunes compagnons de captivité entra dans ma chambre; je lui fis part de l'inutilité de mes recher-
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ckes , en lui montrant le monogramme qui en était Tobjet. ^— « Comment! vous ne devinez pas ? me dit-il ; rien pourtant n'est phis facile : ces noms sont ceux de la plus aimable et de la plus illustre captive que Sainte-Pélagie ait jamais renfermée : Joséphine La Pagerie Bonaparte. »
« Serait-il possible ?»m'écriaî-je, avec le plus singulier transport de joie. — Rien de plus certain , me dit-il ; en i ^gS la belle et bonne Joséphine fut enfermée à Sainte^ Pélagie , et ce monogramme est une preuve à peu près certaine qu'elle y habita la cellulcL que vous occupez aujourd'hui. — Une seule objection, répondis-je, détruit de fond en comblç une supposition d'ailleurs assez plausible , c'est que l'illustre Joséphine , à l'époque où ellç fut mise en prison , ne portait pas encore le nom du héros qui jeta tant d'éclat sur sa vie. Elle fut arrêtée par les hommes de la terreur en 1 798 , et ne prit le nom de Bonaparte qu'en 1797. —
DE MA CHAMBRëé 7^^
Mais avant , elle portait celui de son - premier mari , et ce mari s'appelait Beouharnais'fce qui s'accorde tout aussi bien avec le monogramme dont vous cherchez l'ex* plication. »
Cette observation , déjà si concluante , se trouvait fprtifîée de la certitude que madame de Beauharnais fut en effet retenue plusieurs mois à Saiîtte ^ Pélagie dans le Gorp&-de-logis que j'habite; et tous les renseignemens que je suis p^venu à me procurer, toutes les circonstances que je rapproche , ont achevé de me convaincre que ma cellule était consacrée par le doux souvenir de l'auguste et bonne Joséphine. Cett pensée me rajeunit de trente ans , et je me reporte à ces jours de deuil et de fureur où le pouvoir , aux mains d'une faction stupidement féroce , poursuivait au nom de la patrie et de la liberté leurs plus nobles et leurs plus zélés défenseurs.
Je vois , au milieu d'une nuit affreuse , une
jeune femme , plus belle encore de sa frayeur et du simple appareil dans lequel elle a été surprise, amenée sous ces voûtes obscures par quelques forcenés que ses pleurs n*ont pu fléchir. On a refermé sur elle lés terribles verrous ; je la vois assise et muette auprès de cette fenêtre où j'écris, et j'éprouve tous les sentimens qui bouleversent son âme.
Elle parle , je Técoute.
« Pourquoi cette prison ?... Femme d'un guerrier patriote, dont l'échafaud vient de payer la gloire et les services, quel crime ai-je commis ? M'a-t-on arrêtée sur la terre étrangère ? Ai-je lie ma destinée aux ennemis du nom français?... Non, non; j'avais placé nies douces affections où la patrie avait marqué mes devoirs ;.. et pourtant je suis arrachée mourante du sein de ma famille, et je viens attendre, dans les fers, l'heure d'une mort affreuse qui a déjà sonné pour tant de victimes innocentes ! » Elte pleurait , et ses regards si tendres tombaient
^ avec effroi sur les objets sinistres dont elle était entourée. Insensiblement le trouble de son cœur s'apaise; elle a Pair de prêter l'oreille à une voix intérieure qui la console, €lt le sourire d'une lointaine espérance vient d'efïleurer ses lèvres.
L*aimable captive tire de son sein une espèce de talisman où sont gravés ces mots en caractères hiéroglyphiques : Tu gémiras^ tu souffriras , espère , attends , tu seras reine (Tun grand empire. « Pauvre Anica!
s'écria-t-elle , après avoir relu cet oracle , bonne mulâtresse qui m'as nourrie de ton lait, la moitié de ta prédiction est accomplie; mais quelle puissance au monde pourra jamais réaliser l'autre?... Espérons cependant, attendons : tes pronostics ne m'ont point encore trompée, »
On sait par quelle série d'événemens prodigieux la fortune a pris soin d'accomplir l'oracle de la mulâtresse, et de conduire en quelque sqrte par la main l'adorable Créole
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forment une réponse tout-à^fait digne de ia fierté castillane. /
Le général Espoz y Mina avait à Sainte- Pélagie pour compagnon de captivité M. de Torreno, que la cause de la liberté constitutionnelle compte au nombre de ses défen- ,seurs.
La prodigieuse activité de Mina s'arrangeait mal du repos de la prison , et la promenade sur les quatre côtés d'une cour trop peu spacieuse pour un aussi vaste établissement ne lui offrait qu'un insipide exercice : il imagina de transformer en jeu de paume la galerie couverte qui s'étend sur un des cotés du parallélogramme , et l'on y voit encore les peintures donè il a orné la muraille aux deux extrémités de la galerie.
Les terribles événemens du mois de juin 1 8 1 5 ouvrirent au général Mina les portes de sa prison et non celles de sa patrie : il avait glorieusement combattu pour la cause d'un roi nlational et constitutionnel; Ferdinand
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rétabli sur son trône et voulant se ressaisir d'un sceptre absolu , embrassa dans sa disgrâce tous les partisans d'une constitution qui limitait le pouvoir royal. L'insurrection qu'on appelait alors à Madrid la révolte de l'île de Léon ranima les espérances du héros de la Catalogne; il quitta la France en 1820 et reparut sur les bords de l'Êbre, où il est en ce moment un des plus puis* sans arbitres des destinées de sa patrie.
La cellule que le général étranger Mina laissait vacante fut quelques jours après occupée par l'infortunié général français Bonnaire. Quelle destinée brillante et dé* plorable ! Un soldat de dix -sept ans sort d'un village du département de l'Aisne en 1 79a , et se fraie , l'épée à la main , la route aux honneurs des camps; de champ de bataille en champ de bataille, Gérard Bonnaire devient général de brigade, tombe sous un boulet espagnol dans la campagne dé 1 8 1 3, et se relève cruellement blessé pour aller
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prendre deux ans après le oomman dément de la place dt^ Gondé ^ que lui avait confié Kapoléon pendant les eent jours. Bonnaire y commandait encore lorsque des soldats de la garnison frappèrent à mort un officier français qui venait au nom des alliés proposer à la garnison de se rendi^e. Un arrdt de mort fut rendu par un conseil de guerre contre l'aide-de-camp Miéton , accusé d'à- ' voir ordonné cette action déloyale , et le^ général Bonnaire , si noblement et %\ vivement défendu par Ghauveau-Lagarde , fut condamné à .krpeine infamante de la déportation. '•: Jt^ •
Amené à Sainte* Pélagie après l'affreuse dégradation qu'il subit au pied de cette colonne triomphale où la gloire avait inscrit son nom et ses exploits , il ne put fturvivre aux douleurs physiques ^\ morales dont il fut abreuvé, et mourut après deux mois d'agonie ; les mots honneur et patrie sont les derniers qu'il prononça en cher-
chant d'une main déÊiillante celte étoile des braves qu'il ne trouva plus sur sa poitrine tant de fois sillonnée par le fer ennemi. Ma chambre reçut ses derniers soupirs.
J'ai dit que le premier et le plus récent souvenir que m'avait rappelé ma cellule était celui du militaire qui lui avait doqné la forme et l'apparence d'une tente, qn'dle conserve encore. Ce militaire est le colonel AiméDuvergier» qui avait été condamné à- <ûnq ans de détention comrne instigateur ou eomptice des tt^oubles du mois de juin.
J'abandonne au temps et à l'bisloire le soin de réviser ces procès d'opinion sur Içscpiels la ju&tiqe ne prononce qu^près avoir entendu la politiqi^e dans l'intérêt de l'au* tari lié: en pareille cause , un défenseur pfisonnier lui-même pourrait avec raison être siispect de pUrrtialité.
Je ne vois dans le colonel Buvergier que mon prédécesseur presque immédiat dans U petit local où je $i|is maiçtenant conjEi-
né. Cet officier avait trente-six ans à l^po* "T[ue oïl Fatt^ignit l'arrât qui le condamnait à cinq années de réclusion ; ce laps de temps perdu pour toute espèce de gloire lui paraissait bien long; sa première idée fut, en entrant à Sainte-Pélagie, de chercher les moyens d'en sortir; il y rêvait depuis dix mois, et s'était vu forcé d'abandonner successivement tous les projets d'évasion qu'il avait conçus, lorsqu'une main amie vint à son secours et aplanit les obstacles contre lesquels sa patience et son courage étaient près d'échouer.
Cette entreprise, que j'envisage uniquement sous le point de vue dramatique, fait trop d'honneur au cœur et à l'esprit de celui qui l'a conduite pour qu'il me soit permis d'en passer sous silence les principaux dé^ tails.
Un jeune ami du colonel Duv^rgier, M. Eugène Pradel, était à cette époque retenu pour dettes à Sainte-Pélagie , dans un corps-de-logis entièrement séparé de çe^
lui qu'habitent les prisonniers pour délits politiques : les uns et les autres jouissent à des heures différentes du plaisir (le la promenade dans un jardin commun , où ils se voient sans pouvoir jamais se rencontrer.
Les prisonniers pour dettes sont traités avec moins de rigueur que les autres ^ au grand regret de leurs créanciers , espèce d'hommes dont te cœur est plus dur encore que celui des geôliers. Les prisonniers pour dettes Gon^muniquent par écrit avec les personnes du dehors; leurs amis^ leurs parons peuvent les voir dans leur chambre j à toute heure du jour.
Depuis un mois M. Eygène de Pradel correspondait avec son ami le colonel Duvergier, par des moyens fort ingénieux , sur ie projet de son évasion. La veille du jour fixé pour l'exécution , le colonel écrivit à son ami : « Je ne puis me décider à partir sans mon grenadier ( ce grenadier était le capUaine Lcwerderie); faites-moi savoir,
mon cher Eugène, si vous ci\>yez pouvoir nous sauver tous deux , sinon je reste. »
Cet incident , qui doublait les difficultés de l'entreprise , ne fit qu'accroître le zèle €€ le courage de l'amitié.
Le premier obstacle à vaincre était , pour les deux détenus du corridor rouge, de passer du corps -de- logis oh ils étaient détenus dans celui qu'habitent tes prisonniers pour dettes. Voici comment ils y parvinrent.
Le a 5 décembre , jour de Noël , à une heure après midi ( c'était celle où les détcnus pour dettes venaient alors rémpiacer au jardin les condamnés de là politique ) , le colonel Duvèrgier et le capitaine Laverderre parviennent à se soustraire à la vigilance du gardien, et restent cachés dans 1& jardin qui s'ouvre aux prisonniers du commerce un moment après que les autres en sont sortis. . Atf signal convenu ils se glissent dans te bâtiment de la dette et vont «e ré^ fagier dans la chanAre d'un ami commun
C M. Marchebout ) , où leur ange tulélaire ne ^^rde pas à les joindre.
Jusque-là les deux fugitifs n'aVaient en- <5ore changé que de gardiens et de verrous.
Sur-le-champ on procède à leur déguise* *^eKt ; les énormes favoris du colonel dispar ^^aissent sous le rasoir ; il en recueille avec ^oin les débris qu'il renferme dans une lettre ^ l'adresse de mademoiselle de..,, (quelle *ïïdiscrétion j'allais commettre ! ) La méta- ^'^ï^phose est complète ; les deux prisonnier» *^t méconnaissables et peuvent sortir sous '^'^aits-de deux visiteurs supposés , au nom . ^Uels M. de Pradel s'est procuré les per- ^siOï)s qu'on délivre, en les payant, à la ^cture de police.
f 1^ ^ permissions, déposées en entrant par
de |>. '^^^eurs entre les mains du guichetier X^*^^ ^^^rjctxr 9 leur sont remises à la sortie. ^^^ ^rtsis était de placer les permissions ^^éç. ^^:t o^^sonnes qui n'étaient pas en- ^t| |,^>r»l>re de celles que le gardien
avait reôues , et sans la remise desquelles toute évasion devenait impossible... Eugène, qui depuis quelques jours s'était rendu familier avec les gardiens, moins encore par de petites largesses de vin et de cigares qu'en leur montrant quelques dessins qu'il avait achevés dans sa prison , descend cette fois son album sous le bras, le tire de son étui, et pique si vivement la curiosité du gardien chargé des pétitions, que celui-ci le prie en grâce de lui permettre de parcourir ce recueil : Eugène y consent de fort bonne grâce ; et, tandis que l'argus admire les petits chefs-d^œuvre qui passent sous ses yeux, de son coté M. de Pradel parait surpris du gf and nombre de personnes qui >sont venues en visite, et dont cet amas de permissions atteste la présence; <c il s'étonne D que le gardien les laisse ainsi sur la table s au risque d'en égarer quelques-unes ; à sa iï place il aurait un portefeuille , ou plutôt là un étui comme celui de cet album.*... u
De ma. cëamëre. < 89
et, en disant cela, il prencl les permissions et les fait couler dans Tétui, où il glisse en même temps celles des deux inconnus* Le gardien trouve l'invention parfaite , et se promet bien de demander un portefeuille à l'administration , et même de l'acheter à ses frais si on le lui refuse. Gardez le mien , lui dit Eugène en lui frappant sur l'épaule d'une manière très*amicale ; le gar^en se confond en remerdmens. Dans cet instant Duvergier et La Verderie se présentent au .
fatal guichet; ils demandent leur permis sous le nom qu'il indiquait, le gardien les examine un moment; leur cœur bat, mais aucune émotion ne se trahit sur leur figure :
la permission de diacun est trouvée , on la leur remet; les trois guichets s'ouvrent; et, comme le dit si bien M. de Pradel dans son mémoire, les deux captifs respirent en6n l'air si doux de la liberté.
Cette action de M. Eugène Pradel n'était que généreuse, celle qui ,1a couronna est-
plus noble et plus rare. L'évasion «ïes deux prisonniers de Sainte- Pélagie , dont l'aûteur était ignoré) compromettait le concierge et les gardiens de la prison ; elle pouvait motiver des mesures de rigueur contre ses corn» pagnons de captivité : M. de Pradel se nomma j et trois mois d'une prison plus étroite auxquels il se vit condamné, en satisfaisant à la loi, appelèrent sur lui sans partage l'estime et l'intérêt publics.
L'imagination s'échauffe et s'exalte en prison; comme toutes les forces comprimées, elle acquiert un pl^s haut degré d'é-* nergie , s'échappe, et s'élève en raison de la résistance qu'on lui oppose. J'avais passé une journée toute entière avec les quatre .
prisonniers dont ma chambre m'avait rappelé le souvenir ; depuis plus de deux heures le bruit des verrous et de la triple serrure m'avait averti que, jusqu'au lever du soleil, il n'y avait plus pour moi de coramuntca- • tion possible avec aucun être vivant; ma
lampe pâlissait, j'allais me coucher. Qu'on se fasse une idée de la force de l'illusion dont j'étais préoccupé; je crus voir, je vis en efièt assis sur le bord de mon lit les personnages qui figurent dans l'histoire de ma chambre : la conversation qui s'étal^lit entre nous trouvera sa place dans le chapitre suivant.
N®. VI. — a 5 ai^ril i8a3, SIXIÈME œNSOLATlÔn.