‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 12 sur 45 · ENTRE LUI ET MOI · texte numérisé non relu

ENTRE LUI ET MOI

vez que trente jours devant vous , n'entreprenez pas l'ouvrage de vingt aiis.

Moi. — Vous avez raison; je veux rétrécir mon cadre et c'est d'une tragédie que je vais m'occuper; j'en ai déjà le sujet, et j'aurai le temps d'en esquisser quelques scènes.

Lui. — Quel en est le titre ?

Moi. ^^ Cambfse^ ou le Juge prévaricateur.

Lui. •— Cette fois vous ne craindrez pas les applications ; grâce au ciel nous vivons dans un temps où l'on ne voit pas de magistrats prévaricateurs. Mais , si votre tragédie n'a rien à craindre de la censure, ce sujet lui-même ne vous offre -t- il pas un écueil insurmontable?

Moi. — Aucun; c'est un trait d'histoire pur et simple que je mets sur le théâtre.

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Vous avez vu au musée ce tableau hollandais....*

Lut. — Quoi ! ce malheureux juge que le féroce Gambyse fait écorcher vif sous ses yeux pour faire recouvrir de sa peau le siège du prévaricateur ?

Mor. — Il n*eftt point de serpent ni de monstre odieax Qui par Tart imité ne puîfise plaire aux yeux.

Lui. — N'en déplaise à Horace et à Boileau, jamais cette maxime poétique n'est,, applicable à notre théâtre qu'avec beaucoup de restriction ; il y a des monstruosités que nous supportons dans le monde réel, et qui nous feraie&t horreur sur la scène :

d'ailleurs , quel serait le but moral ou philosophique d'un pareil ouvrage ? de ^faire abhorrer également une justice inhumaine et une exécrable tyrannie. Je trouve trèibièn qu'on punisse les juges prévaricateurs^ mais je ne veux pas qu'on les écorche.

Estmodusin rébus.

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Moi. — En y réfléchissant bien , je pense que vous avez raison ; j'abandonne l'idée de ma tragédie de Cambfse : aussi - bien je n'aime pas les récits au théâtre , et je prévois que j'aurais de la peine à mettre mon dénoûment en action. Maintenant , que ferai -je ?-car encore faut -il que je fasse quelque chose.

Lui. — Voulez - vous m'en croire , continuons chacun notre métier à^observaieur et de glaneur. Platon suppose qu'on l'enferma dans une caverne sombre qui n'avait qu'une petite ouverture, et que par cette ouverture les ombres des corps qui passaient à l'extérieur venaient se retracer sur la muraille. Noua voilà placés comme Pla* ton supposait l'être; du sein de notre chambre obscure nous ne verrons , pendant un mois , passer devant nous que des ombres ; traçons sur nos murs des petits tableaux à la silhouette, reportons-les sur notre album.

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