‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 19 sur 45 · ET MORT · texte numérisé non relu

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charme de mes souvenirs est parvenu à évo* quer votre présence. L'adorable Joséphine a devant elle le général Bonnaire , le colonel Duvergier , le général Mina et THermite de la Chaussée «"d'Antin, dont les feuilles ont quelquefois amusé ses loisirs, n

Au nom de Mina , les doux regards de Timpératrice s'étaient arrêtés avec étonnement sur le général espagnol. — . Vous à Sainte-Pélagie? lui dit-elle.

MiiTA. — Comme vous, madame, soas uske Ibrme plastique qui n'empêche pas que je ne sois à guerroyer en Catalogne en ce moment. Cette dernière circoostance est encore un prodige , mais celui-là du moins je puis l'expliquer.

Soigneux de ménager Tobjet de vos immortelles affections , je ne me plaindrai point du traitement que me fît subir Napoléon à Son retour de Rie d*Elbe; je me bornerai à vous dire qu'au milieu de la

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paix il me fit arrêter à Paris, et conduire à Sainte - Pélagie , où je passai soixante et cinq jours dans cette même chambre.

JosÉPHiiTE. — Peut - être Bonaparte se souvint-il avec trop d'amertume de votre conduite pendant la guerre d'Espagne ^ il m'a souvent entretenue de votre habileté , de votre valeur dans les combats ; mais ^ je dois l'avouer, il donnait à votre rigueur envers nos prisonniers , aux moyens d'attaque et de défense dont vous avez trop souvent fait usage , un nom dont gémissait l'humanité.

Mina.-*- La guerre qu'il nous faisait était injuste; il Tavait portée, sans aucune provocation , au sein de notre pays, après y avoir fomenté les discordes civiles. Il voulait nous imposer un roi de sa famille , et anéantir nos libertés , sans pouvoir nous offrir en dédommagement l'indépendance et la gloire que la France devait à son génie

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et à seg armes. Nous combattions pour nos foyers , pour notre existence , pour notre honneur , contre des légions victorieuses commandées par les plus grands capitaines des temps modernes.

Je ne veux point le dissimuler , j'influai d'une manière terrible sur cette terrible guerre : fléau mobile et indomptable , la Catalogne , l' Aragon , la province d'Avala

me virent presqu'en même temps sur tous les points porter le ravage et la mort. Le^ courage parmi nous devait avoir le caractère du désespoir, et les fureurs de la vengeance. Le nouveau, ou plutôt l'ancien gouvernement français a recueilli la succession d'ii^justice et de haine que lui a léguée Napoléon. Le bonheur et la liberté dont jouit l'Espagne , sous l'empire d'une constitution que tous les souverains de l'Europe ( l'empereur des Français excepté ) ont reconnue en 1 812, sont devenus un sujet d'alarmes de l'autre côté des Pyrénées; les Français

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ont reparu sur les bords de l'Ebre , et j'ai de nouveau ressaisi mes armes pour défendre la liberté espagnole contre les armées étrangères.

Joséphine soupira , et jeta les yeux sur le général Bonnaire dont elle cherchait à se rappeler les traits.

Boî^NAîRE. -^ Vous m'avez peu vu, madame ; j'ai passé ma vie dans les camps , et ce général étranger, contre lequel j'ai long-temps combattu, est le seul ici dont je puisse invoquer le témoignage personnel. Je ne suis guère connu dans ma patrie que par mon infortune. Mon sang venait de couler pour la troisième fois sur la terre espagnole, quand la fortune ramena les Bourbons sur le trône de France. L'empereur avait abdiqué, j'envoyai mon adhésion au rétablissement du gouvernement royal après la dé* claraîion de Saint-Ouen : j'étais blessé ; on ne m'employa pas. Le 20 mars de l'année

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sinyante , Napoléon repafrut; il crut que je poavais encore être utilepourladéfensed'une place de guerre , H me confia le commandement de celle de Condé. Je me trouv^ais dans cette place au mois de juin i8i 5 , lorsqu'un officier français , envoyé en parlementaire de la part des alliés, fut tué par quelques soldats de la garnison , avant que j'eusse pu avoir connaissance du danger qu'il courait. Traduit devant un conseil de guerre , je fus condamné à la peine infamante de la déportation ; je ne devais en subir que la plus épouvantable partie. Je me vis , sans mourir à l'heure même y conduit au pied de la colonne d'^Austerlitz. «A genoux,» me criait une voix étrangère; « Hélas , répondis-je , je ne le puis ; le fer ennemi a brisé l'articulation de ces genoux que vous voulez me faire fléchir. » A n.nstant une main féroce me contraignit, au milieu des plus vives douleurs , à prendre l'attitude des supplians. Je subis l'infamie publique de la dégradation. Le coup

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mortel était porté; on me transporta dans cette prison , dans cette chambre , à cette même place où je me trouve; quelques semaines après je n'existais plus.

A ce récit Joséphine laissa couler les larmes qu'elle s'efforçait en vain de retenir. ^

DuvERGiER. — Comment pourrais-je me plaindre en présence d'une si noble infortune! qu'il me soit seulement permis de me justifier à vos yeux de l'exil où je me suis vu forcé. Après avoir servi mon pays avec honneur, et dans l'âge de le servir encore , je me consolais de la perte de notre gloire , dans l'espérance de cette liberté civile et politique dont la charte royale nous garantit l'inappréciable bienfait. Les droits de la nation y sont reconnus et consacrés; mais il faut bien convenir, même à Sainte-Pélagie , que les cinq ou six ministères qui se sont succédé en France depuis huit ans, ne

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nous en ont pas encore permis une entière jouissance. Au mois de juin 1820, la foule ardente et patriotique des jeunes gens qui peuplaient alors les écoles de Médecine et de Droit , se réunirent plusieurs jours de suite autour de la Chambre des Députés pour y protéger quelques membres de l'opposition constitutionnelle contre les insultes dont ils avaient été l'objet. Le hasard me conduisit et me retint dans une de ces réunions malheureuses dont le cri de wVe la Charte] était le seul mot de ralliement. On crut nécessaire d^etoployer la force armée pour dissiper ces groupes de jeunes gens sans armes ; je fus arrêté au milieu d'eux , jugé et condsgnné à cinq ans de détention à Sainte-Pélagie. Cet arrêt me parut trop sévère : un ami résolut de commuer ma peine, et me procura les moyens d'abréger le temps de ma détention; j'ai pris la fuite, et dans Texil où je suis forcé de vivre , je prie les dieux, comme Thémistocle, de donner à

ToK. I. /.0f Flermiles , 5'. ^dit. o

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ma patrie beaucoup ds cîtoyeiu qui vaillent iiiiaix ^e moi....

Comme il parlait encore ma lampe s'étÀgnit, le diarme disparut , je me coUchai , je m'endormis, et je ne as que changer de réte.

1^. VII, -r a6 am7 1823.

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