LA LIBERTE
diots, je me crois libre à Sainte-Pélagie , et les réflexions où mon esprit s'abandonne ne naissent point d'un pénible retour sur moimême.
Hier soir , assis près de ma fenêtre-, qu'avec un peu plus de mauvaise humeur j'appellerais mon soupirait, je voyais s'éteindre les dernières clartés du jour , et je regardais à travers mes barreaux ce ciel dont je ne découvre plus qu'une si petite partie.
Les juges ont beau faire, on n'enchaîne point la pensée; la mienne avait pris son es^ sor , et parcourant , comme dit Milton , la concai^ité de ce dôme aérien ^ en un moment ramena prèjs de. moi des hommes de tous les pays et de toutes les couleurs, qu'elle rapetissa^ comme les diables de Milt<m, pour les faire entrer dans mon étroit Pandemonium. '
A mesure qu'ils se présentaient^ je rangeais le long de mes quatre murailles, sans égard à la couleur de leur épiderme , des
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Caffres, des Italiens, des Tartares, des Turcs , des Brésiliens , des Grecs , des Patagofls, des Persans; et passant ensuke la revue du genre humain dans la personne de ses= représentans, je fiîs à chacun la même question; : Êtes-vous libre ?"
— Très -libre, tné répondit Fltalien, pourvu que je me rende chaque jour alla Madona; que je ne fasse œuvre de mes dix doigts, pour nourrir ma famille , les dimanches et les jours de fêtes, c'èst-à-dire un grand tiers de Tannée; et que je' n'entre point chez moi quand je trouve à la porte les sandales du père Carreretto.
— Je suis bien plusiibre, me dît un homme coiffé d'un turban, car je puis insulter un Franc ou tuer un Grec lorsque la fantaisie m'en prend , et choisir entre le cordon et le cimeterre quand Sa Hautesse a /besoin de ma tête pour orner les 'murs dii sérail.
— * Il n*y a de liberté , interrompit un ha- ^
bitant du Tiiîbet , x{u'aux. lietu^ où règne le Daily «rLama; jamais de révolutiop dan»iM«i payd, jamais de guerre de sucee^sioa, at« tendu que, par la grâce dé Bouda^ n^iils amns un roi qui ne tneurl jamais « et dcMit le^ bonzes exercent la puîssanûe delà mamèpedu monde Jt plus paterneUe; pourvu que nous versions lexac^emçnt les quatre ^çiiiquième^ ' de .notre xeyeou 4an» la csàs^ au ^wiment ministiérki; que nous enrôlions tou« nos^^^ &ns anales parvenus à l'âfe de^eiae an3t dans r.arniée permanente que ks Jsonzes ré* gnans entretiennent sur les frontières du Mogol et de la Chine; pourvw que nous r«ceyiw3 ^vec un pro&nd respect, <et que ^)ou$ jurions de mourir pour oaïaservor b décoration 4u sadbbet lorsque le grand t^ma veut jbien nous en déooi^ri {)0urvu «pim notts^ ^iavailtions trois jours par seniM»e au profil de l'itomorleli o'esJb-à-dir<e des «ion cents ministres à longue barbe qui le iiepré* sententf pourvu que noua m iiia|»gk>iis la
lûr d'aucun aaimal ruminant, et que wmm l^oits neadions tfois foi$ fiar jour k la grande p^ode , nous sommes libres comme IW ^ et: nous sommes sûrs, après notre mort, de passer â«ts le corps d'une Tadaie, ou tout ^ axt moms dans celui d\ine chèvre.
^•^ Quelle lihertâ 1 s'écria un babitani du
xiord de TEnrope; parlez^moî de celle dont
nota jouissons sur les bords de la 8prée.
S^vétus de l'uniferme en sortant du mail*
lot y aucun; fieuple ne peut se vanter M
&^ aussi bÂen rexeceice^ Ih»fi oei 4ei^
^^ra iemps tiotre j^usisse 9 un peu Ifo^
feïte^iettt imbue des {méjuges de JTéçoIe ^
« est avisée de croire qu'il y avait une m\m
***^««t*îe t^e celle de mdnic^ le mOUMfU^t,
^^ 9^m liberté giae celle de Ui^r on de ««
^***^ ^Her pour transformer un jnar<|imat
^^. '^^J^^nmc»,, et nfu'aprè^ tout Vko^fm^ po»*
i;^^^ ^^ atxMr une Siitre d^jîtim)^
^<^ ^^ cwUe de marcher 4u pas 1 1 d'eKé-
^^ àboi^^ ^n doiitsïs temps ; meàfi cai«
tl8 LA LIBERTE.
révolte imberbe ii*a pas eu de suite ^ et nous^ sommes toujours le peuple le plus libre ^ c'est-à-dire le mieux discipliné de l'Eu— rope;
— Si par liberté vous entendez l'obéis'-i sance passive , interrompit un Chinois , nous> sommes en* droit , je pense-, de nous prodamer le peuple le plus libre dé la terre..
Ck)nfu€ius a dit qu'il n'y avait pas^de liberté, là où il n'y avait pas de lois ; or , nous-, avons plus de lois que toutes les nations ensemble ; nous' avons des mandarins sans> nombre pour les faire exécuter : donc il y a plus de liberté chez nous que partout ailleurs.
, L'excès de la population pouvait deyenir vÈti embarras pour notre gouvernement paternel , nous sommes libves d'exposer nos enfans sur les bords du fleuve Jaune. ^
Nos femmes ont les passions vives , et s'accomiQoderaient assez mal de la vie sédentaire à laqjuelle nos lois et le soin^de no-