‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 36 sur 45 · TREIZIÈME CONSOLATION · texte numérisé non relu

TREIZIÈME CONSOLATION

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PETITE BIOGRAPHIB

DES DÉTBïnJS DU COKKIDOR BOUOÏ.

Est etiam ubi pro/ectb damnum prmtUl fftctrt quhm lucrum.

Plautb , les Captift.

( Il y a C«ll« «îrcoQBUnce ûà la peiric est un STantage. )

Il en est de la prison comme d'ufte trài verâee en mer ; Un mois 'de cofhabitatioa forcée dans une étroite enceinte vous apprend à connaîtris d'une manière plusiittime des compagnons d'infortune ou de voyage que n'auraient pu k ^ire dans le monde

des dirigés contre cette association mystique où il croit retrouver l'esprit et les principes des fils de Loyola. M. Dumesnil fut condamné à un mois^ et M. Magallon à treize mois de prison : c'est pour le fait de cette condamnation que ce dernier avait été transféré à Sainte^Pélagie , où il partageait l'étroite cellule de soti jeune ami M. Bar* ginet , de Grenoble.

Le 2 [ avril , jour de notre entrée à Sainte- Pélagie , nous avions été reçus par cet excellent jeune homme, et nous comptions au nombre des consolations que nous pouvionstrouver dans" ce séjour le plaisir de nous y rencontrer avec lui^ Le lendemain ., à' cinq heures du matin, M. Magallon est arraché des bras de son ami , et du lui apprend qu'il, va être transféi^ dans l'ignoble prison de Poissy. Il recueille toutes les forces de son âme , serre BOn ami contre son coeur , et descend ent!?e«4es ^etnt guichets où^Vâttendentdes gendarmes qui s'emparent de lui;

, Croira-t-on que' le fait qu'il me reste à raconter se. soit passe en France ., dans un pays renommé pour sa civilisation , sous un gouvernement constitutionnel, chez un peu* pie fier de ses lois et de sa liberté dont il parle sans cesse ? Groira-t-on qu'un jeune homme de caractère et de mœurs irréprochables, puni avec une extrême sévérité pour un délit dont il avait pu ne pas soupçoûner l'importance , qu'il n'avait aggravé par aucune résistance, par aucun murmure, ait été enchaîné avec un forçat couvert d'une ièpre hideuse , qu'il ait été contraint de traverser t^aris à pied, et de faire en cet état une route de sept lieues avec un miséfable qui n'a pas cessé de faire retentir sur son passage le cri de vwent les galériens !

qu'arrivé à Poissy, mourant de honte et de désespoir, M. Magallon ait été revêtu de la livrée du crime , contraint aux mêmes travaux , aux mêmes privations , à la même vie enfin que les malheureux enfermés dans

ToM. I. Les Hetmites^ 5^. édit. ij

cette sentine de vices et de icorruption ? Ce fait est vrai; il est attesté par les bouches les plus pures , par des témoins irrécusables; il soulève l'indignation générale, mais l'attention publique est détournée par des fêtes , et M. Magallon reste à Poissy,

Rappcochons du moins dans cet écril^ deux amis si cruellement séparés.

Ba-RGInet (Alexandre) , né à Grenoble , élève national du lycée de cette ville , et maintenant âgé de vingt -cinq ans, débuta à quinze ans et demi dans la carrière des lettres. Quelques avantages obtenus sur les Autrichiens qui entouraient Grenoble en i8t5 enflammèrent la jeune imagination du petit lycéen ; il improvisa , dans la nuit même qui suivit ce succès, sous le titre les Autrichiens à Montmeillant ^ une petite pièce en vaudeville, dont la représentation , ordonnée par les autorités civiles et militaires , fut reçue.avec transport par les

compatriotes de Barginet qui le deman* dèrent à grands cris. L'enfant-àuteur fut amené sûr la scène , où le public lui prodigua tous les genres d'encouragement et de félicitation.

Depuis ce moment Barginet s'occupait de littérature et avait commencé deà études sérieuses que vint interrompre le retour de llïe d'Elbe. Une particularité singulière, et d'autant plus remarquable qu'elle se rattache au plus grand événement du siècle, c'est que le jeune Barginet , sur la route de Lamure à Vizille, eut avec Napoléon une conversation de quelques mi* nutes , dans laquelle le petit écolier donna à l'homme des prodiges ( comme l'avait baptisé M. de Fontanes)des renseignemens topographiques qui déterminèrent Napoléon à se rendre le soir miemc à Grenoble.

Barginet suivit l'empereur à Paris (qu'on n'oublie pas qu'il n'avait que seize ans alors); il y reçut un brevet d'admission à l'écok

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militaire de Saint-Cyr, comme élève national , et fut même dispensé de fournir le trousseau, formalité jusqu'alors indispensable; mais il préféra entrer dans le régi-' ment des flanqueurs corses venus de l'île d'Elbe avèc^ ïïapoléon; il y fit la terrible campagne de t8i5 , et fut blessé à Waterloo,

M. Barginet, arrivé à Paris, en 1817,:

pour y reprendre le cours de ses études, publia successivement plusieurs écrits qui tous attestent un esprit indépendant, un cœur noble et un talent flexible : je citerai ceux qui ont obtenu le plus de succès.

La Guerre de trois jours ^ poëme en trois chants , à l'occasion de l'affaire de M. Baivoux. ^

Généalogie critique et littéraire des maisons de Croi - Chanel et de Croîd[ Havre. — La Nuit de Sainte- Hélène.

— ^-^ Apocalypse ûfe 1821. — De la reine d'Angleterre et de Napoléon Bonaparte^

JL

BIOGRAPHIE. !2o5

^ous deux morts dun cancer a V estomac.

•^ ^nsidérations politiques et religieuses ^^ l'émancipation des Grecs.

I^ dernière brochure , publiée par M. Barginet , a pour titre : Histoire i^éri- ^ de Tchen^Tchéou^li , mandarin lettré. Elle offrait sous des noms chinois l'histoire d^un ministre aujourd'hui disgracié et des personnages qui ont eu le plus de part ^ son administration-

; est pour la publication de cette satire f Hégorique que M. Barginet a été condamné quinze mois de prison et à 3,ooo francs ^ amende.

eor?^^^^* à Sainte -Pélagie , c'est dans le

«^.T^^^ ^^ 'a Détention , qu'il a vu s'é-

^né - . ^"*^ premiers mois de sa capti-

Gosti^ ^^ ^^^^^ ^'y "^^^^^^ ^6 honteux io£^^ f réservé aux malfaiteurs , et réduit à ^Ue /> ^w ietîde, à manger le pain noir JVr. |r^ ^ccorAe^ aux prisonniers.

^^giii^t sk, enfin obtenu la feveurdé

descendre dans le corridor Rooge; il s\ occupe d'un recueil de Traditions dauphinoises^ qu'il a l'intention de publier sou^ le titre de Montagnardes. Ce sont des petits poèmes en prose , dans le genre d'Ossian , dont les sujets lui ont été fournis par l'histoire traditionnelle de son pays et qui ont été esquissés sur les lieux mêmes où se passe l'action. Il paraît que ce nou- Teau Macpherson , à l'aide de beaucoup de recherches archéologiques et de quelques études de la langue romance^ pourra parvenir à donner une idée de la poésie des Allobroges et des Voconces , anciens habitans des Alpes , qui (de même que tous les peuples des pays de montagnes) ont conservé jusqu'à ce jour quelque idée générale 4es mœurs primitives. Cet ouvrage est digne d'occuper l'imagination et la plume patriotique du plus jeune habitant du corridor Rouge.

Si l'on conçoit qu'à l'époque où nous

BIOOBAi^HlE. 107

liFivan^ r les rigueurs de k loi mr la presse tendent à arrêter l'essor des jeunes gens emportés par des idées de gloire et d'indépendance , au milieu desquelles ils ont été nourris , on s!explique plus difBcilement les sévérités judiciaire^ dont les hommes de rage et du caractière de M. Bonnin peuvent être victimes.

. Jt.B. BoNNiir n'a pas moins de cinquante ^Lo^i U est né, à.P^n$ où il a fait de fort bonnes études sou% Ipfi, professeurs les plus célèbres 4e l'époque. Il allait embrasser la pjfofe^ion de içtédeçi» lorsque les événejpens de la révolution le jetèrent dans la /^arrière politique, où il se fît connaître par plusieurs ouvrages qui lui ont assigné un rang honorable |)ârmi lesi publi cistes. En /i 795 , il publia ses Ré^!e^ions sur Montesiguieu;^n 1 798 , sa. Réfiitation des systèmes des publicistes^ ou Examendes cou-- ^e^ de la société et du droit naturel; en

1 805 , sa Manière (t étudier les lois ; en

1806, une brochure sur le Concordat et la loi organique des cultes.

Ce ne fat qu'en 1807, ^ ''%® ^^ trentecinq ans , que M. Bonnin mit au jour ses Principes ^administrçUion publique; cet ouvrage, en 2 volumes in-B*». , eut trois éditions dans le cours de deux années. Il fit paraître successivement un Traité du droit naturel de V homme et des nationsy un voL in-80. \j^s Considérations politiques et morales sur les constitutions , un volume ; Histoire de la révolution européenne^ un volume in-8^,; sa lettre à Volney sur leflf Élémens naturels de la chronologie et la doctrine sociale^ parut en i8ào et fat traduite en espagnol et en portugais par ordre des cort& auxquelles il l'avait adressée.

Ce fat en 1821 qu'il publia ses Étubes LÉGISLATIVES, composées de k réunion des Systèmes des pubkcistes et àe là Manière d'étudier les lois, qui avaient paru plusieurs

années auparavant, et auxquels il s'était contenté de joindre un morceau nouveau sur \?i Nécessité de F étude des discussions législatives dans les assemblées nationales de France, comme sources de la législation positive.

Ce dernier décrit amena M. Bonnin devant les tribunaux y où il se vit, avec surprise au moins , condamné à treize mois de prison et à 3,ooo francs d'amende, pour avoir porté atteinte à la morale religieyse d^ns un passage où il avait étéamené à parler des religions en elles-mêmes, et à leur opposer la morale pure et simple comme élément de la véritable politique. On aurait de la peine à faire entendre à M. Bonnin que les jésuites, du fond de leur tombeau, soient entièrement étrangers à l'ari^êt qui le ruine et l'envoie passer treize mois en prison pour un écrit publié vingt-quatre ans avant sa condamnation. M. Bonnin., dont le nom n'est pas sans quelque rapport avec son caractère,

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e^.yn (Âtoyen pai/sible, i»o0i&»sif ^ un père de famille estimable, ua écrivain in^ruit> laborieux, dont la conscience ^ la raison, la probité , ont /oonstammeot dirigé la plume,

et cependant il est à Sainte-Pélagtai

Peut-êtr^ suis-je encore plus, étonné >d'y trouver...

Le Page ( Marie- Augustin ) , fils de M. liC Fage^ arquebusier de Tiefnpereur, et né à Paris en 1 790*

Il avait dix-huit ans ; et venait d'adiever ses études au lycée de Versatiles, où il lais-; sait la réputation d'un des meilleurs élèves de cet établissement , quand il partit pour l'Espagne en qualité de sous-officier : deux ans après il entra dans les fusiliers de la garde. Sa faible santé le força d'accepter ion oongé de réforme au commencement de i8i2.

II allait rejoindre son oncle maternel ( M. Deslandes, secrétaire intime du |t>î Jo-

BIOGRilPHÎE. !2lt

saph Napoléon ), quapd il apprit à Bajonne que cet oncle, homme de beaucoup d'esprit et de mérite I sorti de Madrid sous l'escorte d'un riche convoi , avait été massacré à qu€;lques lieues d'Hiéron, dans les bras de sa femme, née Aran2;a, fille de l'intendant de Catalogne. ( Je me suis souvenu qu^ cette scène déplorable était un des épisodes les plus touchans du beau tableau du général Lejeune. ) Madame Deslandes fut traînée six mois à la suite de Mina , contre la sœur duquel cette dame fut enfin échangée. C'est encore une circonstance à remarquer que ce même Mina, quelques années après, fut renfermé dans ce corridor Rouge de Sainte- Pélagie, où le neveu de madame Deslandes se trouve en ce moment.

Après un séjour de quatre anâ à Naples chez un de ses parens , receveur-général de la province de Bari , Augustin Le Page re-^ vient à Paris en 1816, demande, comme le barbier Figaro, de quoi il est question; et

comme on l'assure t^uè la presse est libre , à condition qu'on ne parlera ni de politique, ni de philosophie , ni de religion , il achète le Courrier des Spectacles; se fut-il mis une pierre au cou! On l'accuse d'avoir parlé , ou d'avoir laissé parler de politique par allusioK , et le tribunal le condamne à un mois , puis à deux, puis à six mois de prison. Le seul titre littéraire dont M. Le Page veuille se prévaloir est une chanson en vingt-quatre couplets , intitulée la Journée du Lycéen , dont huit collèges se sont disputé la palme.

De tous les détenus à Sainte - Pélagie pour délits politiques, M. Le Page est sans doute celui qui doit se plaindre et s'étonner davantage de s'y trouver : l'urbanité de ses mœurs, la sagesse extrême de ses opinions et la douceur de son caractère semblaient le mettre à l'abri de toute espèce de démêlé avec la police : comment se fait-il qu'il soit à Sainte -Pélagie ?

BIOGRAPHIE. 2l3

Je ne ferai pas la même question à propos de

M. Marchand. Ce jeune homme ^ âgé de vingt - cinq ans , riche , instruit , spirituel et modeste, a été condamné à six mois de prison pour le fait de lettres écrites aux jurés dans l'affaire de la Rochelle. Il importe peu qu'il se soit conduit dans son procès avec une grandeur d'âme dont il y a peu d'exemples ; qu'il ait pris sur lui seul toutes les charges d'une accusation à laquelle il pouvait , dit-on , rester étranger ; qu'il soit dans sa prison un modèle de résignation , débouté et de bienfaisance; qu'on puisse citer de lui les traits les plus honorables; la justice n'avait rien à voir à toutes ces qualités de son esprit et de son cœur ; elle avait à prononcer sur une action que la loi condamne, et dont M. Marchand s'est reconnu l'auteur.

- Quant à M. ChaufArd (Michel ) , élève en pharmacie , âgé de vingt -quatre ans, convaincu d'avoir crié de toutes ses forces VIVE Manuel ! sou6 les fenêtres de ce député le 3 mars 1 8^3 , j'avoue qu'il faut tout le respect que j'ai pour la justice, et toute la déférence que je porte à ses décisions pour ne pas trouver un peu sévère la punition dé huit mois de prison infligée à ce pauvre petit jeune homm« , pour une action que je crois, en mon âme et conscience , d'autant plus innocente en elle-même que je l'ai commise cent fois ; et que je me sens tou jours prêt à m'unir, de cœur et d'intention , à tous ceux qui crieront ywe Manuel, i^we la Charte , ifwe la France, la gloire et la liberté \

Si j'ajoute aux six personnes que j'ai déjà nommées un autre jeune manuélùte ' , le libraire Lhuillier , dont la pénible situa-

' Cest le nom f{u*on donne à Sainte-Pélagie au

BIOGBAPHIE. 2l5

tion doit exciter l'intérêt , et trois militaires dont l'éloge est ici dans toutes les bouches et dans tous les cœurs , on connaîtra non pas tous les habitans du corridor Rouge , mais du moins tous ceux qui s'y trouvent détenus pour délits poli tigues. Je ne veux cependant pas terminer cette petite biogra^ phiesans faire mention ^ comme je l'ai pro^ mis, d'un de nos plus aimables commensaux, qu'une mesure particulière a séparé des prisonniers pour dettes, qui habitent un autre corps de logis»

Gustave L. de B, , ex-lieutenant decava»»

lerie et membre de la Légion -d'Honneur, partit pour l'Amérique deux ans après le licenciement de l'armée de la Loire. De re-

jennes gens condamnés pour le même fait que M. Chaii* fard. Jene dois pas oublier de dire que deux autres maptléUstes sont détenus dans le colrridor de la détention. ( Yoy, la onzième consolation , page iSgO

2l6 PETITE

tour à Paris, et lance dans un monde brillant , où le goût du luxe , le penchant aux plaisirs Tentrainèrent à des dépenses exces- ,sives, le désordre se mit bientôt dans ses affaires , et lui fit accueillir tous les projets que des amis dâingereux lui présentèrent comme moyens de les réparer : l'un lui fit partager le plan d'une spéculation qui accéléra SSL ruine ; et l'autre , en l'initiant aux mystères du jeu de la Bourse , ^ouvrit l'abîme où s'engloutit bientôt la plus grande partie de sa fortune : sa perte consommée , ses amis l'abandonnèrent, comme c'est l'usage , et le livrèrent aux fureurs de ses créanciers.

Arrêté pour, dettes en décembre i8ao, il fut conduit à Sainte-Pélagie , et conçut quelques jours après un projet d'évasion qu'il ne tarda pas à réaliser.

Gustave n'avait pas tout perdu : il lui restait un ami qui venait chaque jour le consoler dans sa retraite. Il le mit dans la

confidence de son projet , et , grâce aux soins de l'amitié la plus active et la plus ingénieuse , le succès couronna son entreprise. Gustave parvint à s'évader de Sainte-Pélagie le 1 3 janvier 1 8 2 1 , par un moyen qui ferait honneur à l'imagination de l'auteur di^matique le plus habile , et se mit à l'abri de toutes les recherches chez celui qui l'avait aidé à recouvrer sa liberté. M. S***, cet ami dévoué, redoubla de soins et de zèle pendant les dix joursr que Gustave resta sous sa garde; mais celui-ci, craignant d'abuser de l'hospitalité généreuse qu'il recevait avec tant de reconnaissance , prit le parti de s'expatrier une seconde fois et de retourner en Amérique. .

Le jour même fixé pour son départ il s'était arrêté dans un café ; il lisait les papiers publics. Un de ses amis d'autrefois le reconnut et l'appela par son nom. Ce nom, dont les journaux avaient retenti depuis quelques jours , frappa l'attention d'un de

ToM. I. Les Hcrmites , 5*. édit. 1 8

2l8 PETITE

ces misérables dont l'iufamie est devenue une profession; il suivit le fugitif, et dès qu'il se fût assuré du lieu où le lieUtenaut Gustave allait attendre sa chaise de poste, il courut en hâte à Sainte-Pélagie et vendit pour deux mille francs au concierge de cette maison le secret de la retraite de son pri« sonnier^ qui fut arrêté de nouveau au mo«ment où il montait en voiture et reconduit en prison.

Au bout d'un mois d'une surveillance également incommode pour le concierge de Sainte-Pélagie et pour le prisonnier^ celuici consentit à descendre au corridor Rouge, où il est rétabli dans tous les privilèges dont jouissent les détenus pour dettes*.

Quelques mois apirès sa réintégration à Sainte-Pélagie , Gustave fit à ses créaniner» des propositions qui furent assez bien accueillies; déjà même il se flattait d'obtenir sa liberté. Un seul écrou cependant ef* frayait ses espérances, c'était celui d'une

jeune et jolie créancière ; elle croyait se venger ainsi de rinfidélité d'un aimable débiteur qui n'avait pas cessé d'être son esclave; aussi lui adressa^-il les vers sui?

vans :

A la plus jolie des créancières.

En dépit de toat mon ooanronx ^ Cest à toi que j'écris, mon ange; Toi qui me tiens sous les yeiroux Pour me punir de cette erreur étrange Qui me fit te sigaer plusieurs lettres de change , Cl; garder l'anonyme au bas des billets doux* Dans mon âme flétrie, éteinte.

Le plaisir fait place aux remords, Et f ai Itt chacun de mes torts fiur chaque mur de cette encekite.

Ah! fallait-il une ooiitraîiite Pour te donner prise de corps ?

La colère de M""". A. F. ne tint pas cou* tre cette réparation; le lendemain elle se rendit à Sainte-Pélagie et signa la levée de

récrou : on ne m'a pas dit à quelles condi* tion& ^ '

. Mais les négociations entamées avec les autres créanciers n'eurent pas une aussi favorable issue, et Gustave prit dès lors la résolution de ne plus sortir qu'au terme de la loi du séjour quinquennal. Voilà deux ans qu'il vit au corridor Rouge ^ partageant son temps entre la musique, la littérature, et la i&ocxété àe la plus aùnable créancière. J'avais besoin de faire connaître individuellement chacun de mes compagnons dé captivité, pour être autorisé à dire qu'il est rare à Paris même de réunir dans le même

salon des hpmmes plus spirituels, plus

aimables et de meilleure cojmpagnie, dans

toute la force' du mot. •

Quelque certitude que j'aie acquise par

l'exemple de M. Magallon des traitemens

odieux auxquels ils sont exposés, la place

qu'occupe M. Frlinchet doit lieur donner

l'éspérismced'iin meilleur aven rf;- • ^' »

BIOGRAPHIE. nil

U connut le malheur et doh y compatir.

M. Franchet pourrait-il avoir oublié qu'il jfîit arrêté par ordre du conseil d'état <» le i5 février 181 1; qu'il fiit conduit. à Sainte- Pélagie et qu'il passa trois ans au corridor •Rouge? Il est vrai qu'il n'était accusé que de correspondance secrète avec l'étranger ; mais enfin cela passait alors pour un délit politique de la. nature la plus gr^ve , et l'on frémit de penser que sous le gouvernement ombrageux où nous vivions alors , une action aussi simple aurait* pu être considérée comme un crime d'état.

Grâce au ciel , M. Franchet a été victime d'une simple mesure administrative, et le directeur de la police d'alors n'a point aggravé sa peine; du moins je n'ai point entendu dire qu'il ait été mis à la détention^, qu'on lui ait refusé laipislole^ qu'on l'ait forcé à revêtir la veste bicolore , ni même qu'on l'ait obligé de travailler huit heures

sièges un peu durs. Mais savez -vous qu'il p'est pas facile de parvenir jusqu'ici ? Il faut presque autant de formalités pour voir un prisonnier que pour aller soi-même en prison. »

— Je le sais ; les verrous de Sainte- Pélagie seraient restés inflexibles, si vous n'aviez été muni d'un papier signé Cléau, qui vous octroie la liberté de passer^sous le guichet. On a dû prendre votre signalement : yeux vifs , nez gros , petite bouche , et le reste.

^ Justement ; mais ce qui m'a surpris , c'est qu'au lieu de me donner une seule permission pour vous voir tous les deux, on m'ait obligé d'en prendre deux. Ce double emploi m'a paru inutile; je l'ai &it observer à M. Cléau qui n'a tenu compte de la remarque, et qui s'est contenté de sou-rire en me demandant soixante et dix centimes pour le tim}>re.

— Vous voyez bien que c'était pour ob-

Àf

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