ENTREE
-— VÉi^angUe — ^ Pourquoi non? On reut que la philosi^te et la religion soient deux ennemies, irréconciliables ; pour moi je soutiens le contraire : elles ne diffèrent que^ dans des choses de très-peu d'importance , sûr des articlesuqui n'ont rien d^essentîel ; le fonds est évidemment le même. Je prou* verai, quand on voudra, qu'il faut être philosophe pour être réellement religieux.
Je garderai mon Évangile ; il me fo^^ui|1ft des textes, si j'en ai besoin, contre la dé* pravatÎQn humaine et les funestes consé* quences de l'iniquité. — Je poursuis : voyons ^ce qui me tombe sous la main.
"-^Hume.-^Histoire des Stuarts. — J'en ^is bien aise. J'aimè beaucoup l'histoifo lorsqu'elle est écrite avec impartialité. On â; voulu contester ce mérite à mon historien ; on a prétendu qu'il cherchait trop à atténuer les fautes des Stuarts; en un mot, qu'il était trop Écossais et trop royaliste. Je le relirai avec attiention , et je saurai ce que
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}e dois en paiscr. Je me promets aussi <{iidque plaisir d'examiner les couleurs qu'il a nnses sur sa palette pour peindre le juge Soroggs et le fameux Jeffmes. Hume était uù grand peintre : je veux étudier sa mamare , j^en aurai peut-être besoin quelque jour. ''
Au surplus , il est de toute justice qu'il soit renfermé à Sainte-Pélagie. Il a osé dire que ie colonel Harrisson , l'un des juges du malheureux Charles P'. , avait d'excellentes qualités ; qu'il avait été entraîné par ^usi &natisme aveugle. Il a fait l'éloge du chevalier Yane , l'un des tribuns les plus fougueui du long parlement. On m'a prouvé daîr comme le jour qu'un tel langage était une atteinte à la morale publique. Ainsi je condamne Hume à subir dans ma cellule un mois de détention ; le délit étant pareil , il est juste que la punition soit égale.. «—Voici un petit volume : c'est un trésor.
^^ Les Fables de La Fontaine. — Ai- Ton. 1. Lu NtrmUes. 5'. édit. a
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mable consolateur, philosophe sans faste ^ moraliste sans prétention , grand poète sans avoir Tair de s'en douter , le prétendu bon homme ne manquait pas de malice. Je citerais y si j'osais, d'excellentes épigrammes de lui , oïl beaucoup de gens ne trouveraient pas le mot pour rire. Mais l'interprétation me fait peur, et je suis un peu comme le lièvre de notre fabuliste, qui craignait qu'on ne prit ses oreilles pour des cornes; je marche ici sur des charbons ardens et je m'arrête. Si je pouvais, comme mon lièvre, courir les champs, je ne demanderais pas mieux. — - Continuons.
— Rapport au mirdstre de Piruérieur jur les prisons de Paris ^ par M. de Loir borde. — Bon ! voilà pour moi un ouvrage de circonstance ; j'ensaurai faire mon profit.
-^ Voyage dans les États-Unis d! Amérique par 'My de la Rochefoucauld-IAon' ^aur. .— . C'est mon livre; c'est l'ouvrage d'xin véritable philosophe , d'un ami sincère
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de l'humanité ; on m'a rendu service' en le faisant entrer dans ma petite collection : il me fera passer des heures délicieuses ; il me retracera des sites admirables que j'ai vus ; il me rappellera des lois }iistes sous la protection desquelles j'ai long-temps vécu, des jnusurs qui me sont familières ; il me parlera d'hommes arrivés à un haut degré de dvUUation , et auprès desquels , malgré notre vanité mesquine, nous ne sommes que des barbares. Que de reconnaissance ne devrai-je pas à M. de la Rochefoucauld, son noble auteur !
Nous nous retrouverons ensemble dans ees diamps fertiles, dans ces populeuses <^tés , oïl des autorités protectrices veillent sur la société comme la Providence , sans être autrement aperçues que par les effets de leur paternelle sollicitude. Heureuse terre, où l'on sait ce que vaut la liberté de l'hom- >ne, où un *|)ouvoir soupçonneux ne s'arme point de criminelles rigueurs , et ne tend
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pas les lois coaime des ptéges sous les pis des citoyens, où la pitié n'est point un crime , où rhumanité est dam les institi»tions comme dans les moeurs !
De l'étroite enceinte où je suis resserré , rimaginatio» me transportera <bns ces lîeuK où j'ai reçu jadis de si vives impressicMis , où la justice et la paix régnent en souveraines ; j'entendrai encore les libres aooens d'hommes qui connaissent leur dignité^ et le spectacle d'un monde corrompu cessera un moment d'attrister mes regards.
J'en étais là , et j'allais poursuivre la revue de mes livides. Je tenais à la main un Platon , lorsqu'un bniit inaccoutumé frappa mon oreille. C'était le fracas des verrous et de la grosse clef qui tourne bruyammait dans l'énorme serrure. Mes illusions se dis* sipent ; je me retrouve en France , je suis priâl>niiier.
£h bien, reposons^nous ; mon lit est prêt. Je suis seul avec moi*même, ma con*
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âcienoé est pure, je dormirai d'un sommeil paisible; ptus paisible, j'os^ais le parier , que celui des hommes du pouvoir mollement ét^idus sur le duvet ministériel.
Je ne m'étais pas trompé : je n'ai fait qu'un somme que nul rêve fâcheux n'a troublé. Il est six heures , on ouvre ma porte.
Je puis errer à mon aise dans le corridor Rouge , et descendre même d&ns une cour, oit q[ue1ques plantes étiolées s'échappent à regret d'un sol aride , comme si elles avaient le sentiment de la captivité.
Je me disposais à descendre lorsqu'un jeune détenu pour opinion m'aborde d'un air ému et les yeux humides, c Savezvous , me dit-il, ce qui est arrivé ce matin daos la prison ? M. Magallon a été enlevé» d
-— « Enlevé, qui? Ce jeune homme dopl la figure est si intéressante et pour qui j'éprouvais déjà un saitimeht d'amitié? A-t-il commis quelque nouveau délit? a-t-ii troublé
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Paris à Poissy et qu'une telle course , àpied dans une pareille situation , serait pour lui un véntable supplice.
B Le brigadier de gendarmerie, en considéraot ce jeune homme d'un extérieur si prévenant, pouvait à peine qpntenïr son émotJMi ; il a pris son portefeuille , a tiré son ordre en silmce et 1^ montré à mon ami.
Celui-ci relevant la tête, et rappelant toute ion énergie , a tendu les mains à l'exécuteur el s'est contenté de dire , en levant les yeux au ciel : « Ma femme en mourra ! »
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