‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 3 sur 45 · PREMIÈRE CONSOLATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CONSOLATION

ENTREE A SAINTE-PELIGIE.

Vittus est domatx çum cuncti paient»

SéifSQVf.

( Le propre -de la vertu est de nous rendre iitpérieiirs i tout ce qui épouvante les autres.)

Me Toilà cotidamné à passer un mois à Sttute-Pélagîe. — ' « Eli bien! soit, dis-je à M*. Coche , ûotrfe avoué , je suis tout prêt à boire ce cedièe ; je vais de ce pas me feif e

l8 ENTRÉE

écrouer. »^— a Vous êtes bien impatient , me répondit M*. Coche ; n'entre pas en prison qui veut. Il faut d'abord que le délai de trois* jours , temps utile de votre appel , soit expiré; il est encore nécessaire que votre arrêt, dûment libellé, soit revenu au parquet de M. le procureur du roi. Ensuite ce magistrat , ou son substitut , vous octroiera la permission d'obéir à justice. Ce préalable rempli, nous chercherons quelque loyal huissier qui veuille bien nous servir d'es* corte , et ce n'est qu'après toutes ces formalités que je vous déposerai légalement au greffe de Sainte-Pélagie, v

— « Mon cher M*". Coche , vous parlez en avoué plein d'expérience, en homme versé dans la langue vemaculaire du parquet; vous en connaissez parfaitement les us et coutumes , et nous ne saurions mieux faire que de suivre vos sages conseils* Si.l'on connaissait tout l'intérêt que vous portez à vos cliens, l'activité et l'intelligence avec les-

A SAINT£*P£LAGI£. ^ IQ

quelles ¥ou9 aplanissez les* obstacles , vous seriez surchargé d'affaires. Arrangez donc tout popr le mieuis , et faites que mon compa^çn et moi nous ayons le plus tôt possible la liberté d'entrer en prison. »

Ënfiq tout est consommé. Nous voilà daojS le greffe de Sainte-Pélagie. J'ai embrassé mon gendre et ma pauvre fille qui s'en retourne le cœur serré et les yieux pleins de larmes ; elle s'étonnait sans doute de me voir aussi calme que dans les situations communes de la vie. C'est que j*ai appris depuis long-temps à ne donner aux choses que leur juste valeur.

— a Où nous conduiseiz -vo\is ? » dit M. Jôuy à un guichetier qui nous indiquait un escalier étroit et obscur.

— « Je vous mène à vos chambres dans le corridor Rouge. »

Ce corridor Roiige était très-noir; il se divise en grand et petit corridor , lesquels

:kO ENTREE

4x»iimttm(|Deiit> Toii à Taotée^ A^ iM>nt idùè 4a mémesurv^iUnice. •' «

ce . N^. 4 ^^ P^^^ corridor, dW notk*^ <iofidtK^euf à mon oovipAgnon de - «af>ti vité^ voilà vatre iogetnent^ totis y Bere2 trèsfemi , voM poarrex «voir ii trarere vm grilles les détiesius pour dettes se promener sdans la titmr de la maift<m; cela vou9 disttaira^ :< rf«st ta vue la "plus agréable de SamtcwPélagie. »

Je droyais qu^on allait itie placer dans fa oellule voisine. <i Point da tout , me dit mon gairdtea ; on a jugé, convenable de vous séparer, et c'est (Jans le grand corridor^ n^. j 7, que vous alle2 établir votre domicile. »

« J'ai vu votre cellule, venez donc voir la mienne, » dis-je à JM. Jouy. Nous sui^* vons notre guide , et vers le milieu de ce grand corridor nous trouvons un groupe nombreux de détenus politiques qui nous attendaient pour nous souhaiter la bienvenue. Nous réppndons comme il convient à

celte politesse ; et nous causons un moment avec euiù Un événement qui s'était passé le jour ménfee dans la maison &isàtt le sujet de totlis les entrietiens. Une jeune finnme (fûà venait de qœtter son mari, détenu pour dettes, s'étijt tiré 'deux coups de pistolet à"^"^ balles dans le corps; elle étailr tombée bai* gsée dans son sang , et o>n f a^^ait déposée^ V dans une maison voisine; La causi&.^^^liéf acte de désespoir était encore ilscoonue.

. Parmi l^f pef^^miei^ q^^npus ef^tpuiraif n( jp remarquai u^ jeune bonwnp d*unp pJiysionomie doujçe^ spirituelle, et dont les manières annonçaient une éducation distin* guée. J'appris quMl se nommait Magallen , et je me rappelai sur-le*champ t/^lbum , son procès , et M. Alexis Dumesnil. Dès ce moment je me proposai de faire connais^* sance avec M. Magalloi^.'

Après avoir 'salue ces messieurs , j'entre dans 'mon réduit. Je posé îaïa'làmpè ^sur la petite table dê^ bèls bla^c qui fait^ le pluÉ

^2 EVTiiME

bel oiviement de ma chambre ; et osinme ii est encore dé bonne beore^ je songe ik tnettre de Pordre dans mon ^ogeihent. Unie tablette est fixée contre le mur , elle ime servii^a ck bibliothèque. Voyons, piaoonps'-y le peu d«

*'lrvfe&«que j'ai^^qpporlés'^AivèctnÀi ^cela me distraira un nlinhenti * .. > '

( f; IMkmuel dÊpiotkH. ^Lorsque jie serai &n\é de m'irriter contre l'injustice des hom* mes et l'infamie des calomifiîalieurs, je demaûdérâr à' Épictele ce qû^î^ien pense; si quel<^uè s'eritiinent HaînëLix s^ëlëvédaiis mon âme , j*àuraî* aussi l'ecblirs à lui. Essayons : « Dis^moij Epictete^ ne Jkut-il pas que ^je inè vengé , et que je reriHé le mal pour » lemal^? »* . , ^ [ '

« Ëh! mon, ami, me repond-iL on ne t'a » point fait de mal, puisque }e bien et le » mal ne SiHfj^l que dajtis ta volonté, p'aiU » leur^ i^i up;tç)i,?'est,>l^sé|lm-^^ te

» faisagpit inj pstice , ppurq^ f , vejux, r *^ ^«

A SAIIiT£-P£LAGIE. 23

» blesser toi-mêine en la lui rendant ' ? — » Mais on me fait une méchante affaire, on » m'accuse d'impiété ! — • Eh bien ! n'en ac« » cusa-t-on pas Socrate ? ^^ Mais on m'a » condamné ! *— Socrate ne 4ut*il pas coiv- • damné de même? Mets-toi bien dans la » tête que la peine n'est jamais qu'où se » trouve un délit réel : il est impossible que » ces deux choses soient séparées. Ne te re- » garde donc point comme malheureux.

» Qui fut le. plus malheureux, à ton avis, 1» de Socrate ou des juges qui le condam- » nèrent ^ ? »

Il y a dans ces consolations quelque chose d'un peu trop stoîqitô pour moi ; mais enfin j'y réfléchirai, et je verrai quel parti peut en tirer un prisonnier de Sainte- Pélagie. — Que mettrai-je à coté d'Épictète?

* Manuel ^Épictète , tom. 2 , pag. 87 \ édit. de

* Mon. d*Épict^ tom. 2, pAg. 140 et i4z*

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