‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 41 sur 45 · LES VISITES · texte numérisé non relu

LES VISITES

Iii n'était que quatre heures du matin ; j'avais presque aussi mal dormi que si j'eusse été dans un. palais ; immobile, et le coude appuyé sur ma chétive table de bois blanc , . dont j'ai eu tant de pepe à égaliser les quatre supports , laiigure exposée de profil aux .premiers rayons du soleil naissant, si ma boudie qlt rendu des soiis harmonieux , on .aurmt. pu . me prendre pour la . statue de Xemnpn; mais au lieu de chantf?r, je me mis à philosopher ; j'avais , par hasard , sous

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les yeux tme pièce de cmq franes qui me présentak le buste moDumeoUl de Sa Majesté , à qui je me permis d'adresser familièrement la parole.

« Sire , dis-je à la pièce d'argent , faites- » moi l'honneur de me dire si vous êtes » beaucoup plus libre que moi : Y . M. , qui jt) sait son Horace par cœur , n'a pas besoin » que je lui rappelle ces deux vers :

...... aliéna negotia eentum

Per caput^ etc.

j) Que d'aflaires ! que de devoirs? que d'en- » nui ! vous en Zly^z par^dessusèes oreilles; » ( mille pardons de me swvir de cette ex- » pression vulgstire, mais vous savez mieux » que personne qu'il n'y a pafs d'autre moyen » de rendre It per caput et cirea seUiunt » httus du texte latift. ) Pour moi , sire , » qui n*ai sur les bras ni la guerre d'Espa- » giie , ni les ministres de France , ni ceux » d'Angleterre , nî lés ultras, ni les jésuites.

LES VISITES.. a 4^

i^ je^mc croîs et je me trowr^ en effet plus » libre qn^ui rot dont l'esprit, anssi vaste » cpe profond , est forcé dé mener de front » tant d'affaires à la fois , de concilier tant » d'inconcifiables , de désunir tant d'insépan râbles , et de conduire une machine aussi » compliquée sans eh briser les ressorts.

» S'il y a quelque chose de paradoxal à- » soutenir que je suis en prison plus libre x> que V. M. sur le trône , il est du moinS' 3» certain que je suis plus heureux. »

Être heuretuL eoititiie nu roi , £f lepetxple hébété,^ Pm»yi9êê fous t au bonheur cjne fcit

J'étais trop bien lancé dans les hautes gions de la piûlosophie pour m'arrêter en sî

beau chemin.

La plupart dea hommes ^ nie disai9*j(e , n'ont pas de mourement qui leur soit pro«* pre ; te Tent de r<^inion , de la fareur on de kl disgrâce, les fait mouVcnr en tous sens;

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c'est une armée ^nt la volonté n'est pour ri^i dans les évolutiom qu'elle exécute.

Supposez quarante ou cinquante mille pauvres diables contraints d'aller courir quand ils voudraient rester ch^z eux ; marchant , campant , décampant sans cesse ; prenant des villes ouverte9 ou fermées y des canons troués ou encloués ; ces gens sont en prison comme moi ; car une prison est un lieu où Ton vous force de rester malgré vous, et de faire ce que vous ne voulez pas ; avec cette différence en ma faveur , que je pense et que ces braves gens ne pensent pas.

On a beaucoup trop. médit. de. la solitude, et je suis quelquefois de l'avis de Scipion : Nunquàm mimis solus quant chm sobis , disait cet excellent homme , qui sut être un héros et un grand orateur, un homme de génie et un homme modeste. Quels sont les grands moyens de la pensée ? le temps , la patience et la méditation : où trouve-t*on plus de temps qu'en prison? où s'exerce-t-on

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