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nues et sales , «cknrëes par quelques soupiraux , forment cette espèce de galerie, dont tout rensèmble consiste en quelques bancs de bois vermoulu : c'est là que chaque jour, le jeudi et le dimanche exceptés, nous avons tenu notre cour plénière. (Qu'on nous pardonne cette expression en faveur de l'antithèse.) D'ailleurs si l'on voulait y voir un mouvement d'orgueil , nous le justifierions en publiant la liste des courtisans assidus de notre captivité; on n'y verrait pas seulement des guerriers qui ont rempli l'Europe de leer gloire , des grands orateurs dont la tribune répète encore les accens , des nobles psârs, d'illustres étrangers , des médecins , des hommes de lettres, des artistes célèbres et des femmes charmantes; mais on y verrait aus^V ^ sur les mêmes bancs , des bannes gens ,. des artisans du quartier , à qui nous ne devons rien, et qui nous aiment assez pour perdre un temps précieux à venir nous rendre visite»
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le vais rarement à rAcadémie , dont j'ai pourtant l'honneur d'être membre , et je j:i'avais pas le droit d'espérer que mes trente -tieuf immortels confrères vinssent abaisser leur front académique sous les voûtes de ma prison. Six d'entr'eux m'ont donné ce témoignage personnel d'estime et d'amitié, et sont venus s'assurer par leurs yeux qu'on ûe m'avait point envoyé à Poissy avec quelque galérien. Et pourquoi non ? Je Suis de l'Académie ? mais n'a-t-on pas envoyé dans cette prison des malfaiteurs , M. Magallon et plusieurs hommes de lettres^ qui seront de l'Académie, lorsque nous n'en serons plus ? Peut-être est-ce là le cas d'observer que l'illustre compagnie à laquelle j'appartiens est instituée , non-seuletnait pour honorer les lettres , mais pour protéger ceux qui les cultivent ; et que les persécutions dont ils sont l'objet ne devraient pas lui rester aussi complètement
ToM. I. le* HermileSf 5*. édit. ai
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étrangères. Si l'Âcadéœie se flattait que ses membres du moins fuSsent à l'abri du mal* heur qui a frappé le jeune Magallon , je Tenr verrais toute entière en consultation chez tel homme de robe dont le nom mal prononce fait toujours rougir la femme , qui lui r^éterait^ ce qu'il disait il y a quelques jours, avec cette intempérance de paroles qui est le caractère particulier de son éloquence.: a Que la loi » est égale pour tous j qu'elle ne fait point » de différence entre ce qu'on appelle au- » jourd'hui délits politiques , et ce qu'on a » de tous temps appelé délits infainans; » et que par conséquent ^ la même peine » peut être infligée à. des délits sembla- » blés. »
jRlais laissons l'académie, et, par une transition qu'on trouvera peut-être un peu brusque , parlons des femmes qui. ne nous ont point abandonnés dans notre solitude ; et, pour ne rien dimijiuer du mérite de leur
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^£Vcrifice, disons d'abord que le plus jeune des deux prisonniers qu'elles viennent consoler par leur douce présence ia vu s'accomplir son dixième lustre. Après cette confidence on trouvera plus touchant le contraste de ce lieu d'horreur et de dégoût avec des femmes élevées dans toutes les liabitudes du luxe et de la mollesse, qui viennent chaque jour s'y enfermer quelques lieures ; celles qui ne respirent que l'àir embaumé des parfums et des fleurs, qui ne s'asseyent que sxtr l'édredon , dont lès pieds ne foulent que de riches tapis, ne craignent pas /Fafrronter l'air épais et humid'e de nôtre sàlôn souterrain, et de s'asseoir sur * d^ëti^oits bancs de bois , dont la dureté est le Moindre inconvénienti iTinsiste sur ces désagrémens physiques parce que ce sont ' les senls' auxquels les femmes attachent elles-mêmes* quelque prix 9 et dôilit elles voulait qufon leur tienne comptai»
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La conversation 9 dans ces assemblées pleines de charmes , n'est qu'un long commentaire de ces questions amicales : Comment votre santé se trouve-t-elle du régime des prisons ? que peut -on faire pour rendre votre position plus supportable ? comment passez-vous votre temps?.... Tous ces discours qu'animent des réflexions plus ou moins piquantes , plus ou moins gaies sur l'époque où nous vivons , seraient d'un trop faible intérêt pour trouver place ici ; d'ailleurs quatre heures sonnent, nos amis nous quittent, et je rentre dans ma cellule pour achever mon chapitre ; je retrouve ^iir mon papier ma pièce de monnaie , et continuant à m'adresser à la noble effigie qu'elle me présente :
a Sire, vous avez connu 1$ malheur de )> l'exil , plus cruel qye 1^ prison ; voâ amis, x» comme les miens, sont-ils restés fidèles à
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» votre infortune? Étiez-vous à Hartwel » aussi heureux que je le suis à Sainte- » Pélagie? »
m®. XVII. — 6 mai iSaS.