‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 16 sur 86 · ENTRE LUI ET MOI. QQ · texte numérisé non relu

ENTRE LUI ET MOI. QQ

produire au besoin de boBS certificats de yie et mœurs j vous ne trouvez pas eicessÎTement gai de nous voir ce matin en prison y sous les mêmes verrous que des bandits et des vagabonds ?

Moi. — Je trouve cela abominable > odieux, et je ne sais point plaisanter avec la morale publique.

Lui. — Prenez-garde , mon cher confrère en prison et en philosophie , qu'il n'entre un peu de personnalité dans votre colère; car enfin nous ne sommes pas ici les seuls honnêtes gens , comme vous le saurez bientôt y et le mal dont vous vous plaignez , pour la première fois , , existe depuis long-temps.

Moi. — Croyez-vous qu'en dix ans on puisse signaler tous les abus» constater toutes les injustices, relever toutes les sottises qui se font) s'établissent ou se perpétuent dans un pays comme le nôtre? J*ai pour habitude^ de ne parler que des choses dont j'ai eu Texpérience.

' Lui. — Et vous vous plaignez quand on vous la fournit !... Mais causons de sang-froid ; asseyez- vous sur le pied de mon lit , en attendant que j'aie fait venir une seconde chaise, et voyons ensemble s'il n'y aurait pas moyen de tirer quelque parti de notre situa-

. 3o DIALOGUE

. tîoD* Nous sommes CD prison , Toila un fait;

' nous n'avons k rougir 9 ni devant les autres , ni devant nous-mèoies , du motif qui nous y conduit; et si nous savons bien employer le mois que nous avons à passer ici, peut-être pourra-t-il occuper une place honorable dans no<re vie* Donnons-nous une tâche k remplir.

Moi. — 1 J'ai défa partagé l'emploi de mon temps. Je lirai beaucoup : la lecture a un charme particulier dans notre situation; c^est un état mixte entre la conversation et la ré-flexion, qui n'a ni la frivolité de l'une 9 ni la fatigue de l'autre , et qui réunit leurs avantages.

Lux. — Moi j je ferai un petit traité des plaisirs et des avantages de la prison.

Moi* -^ De grâce , mon ami , ne mettez pas k si bon marché' les honneurs de la persécution, vous en dégoûteriez les victimes et vous affaibliriez la haine que l'on doit aux' pérséduteuvs. M<M, je veux écrire sous la dictée d'une philosophie de circonstance; j'ai déjk formé le plan d'un ouvrage où je peindrai les hommes puissans , conune je les vois de Sainte- Pélagie. L'épigraphe de mon livre est déjk trouvée :

.Dis^moi qui iu châties y et je te dirai qui tu es.

SKfRB LUI ST MOI. -Si

Lui* — La B^iiie cause produit sur nous des effets Irien dtfëreos : la prîsoD , qui tous aigrit , ajoute pour aïoi aux seothneDs doax, oonune la mût ajoute an bonheur d*aîiiier.

Moi* -;— Je n'ai point une âme aussi stoîque ; j'éprouye le besoin de crier quand je souffre , et j'appelle les hommes et les choses par leur nom* Un cachot est pour moi un tombeau ^ fleur de terre où Ton ne tient plas au monde que par des sourenirs dlionneur et de Tertu^ ces aouTenirs m'oppressent; quelle dégradation dans les âmes! quelle faiblesse dans les cœurs ! le monde social , tel qu'on veut le reconstruire y ne sera bientôt plus qu'un cachot gothique. France ! qu'est devenu ton génie , ta puissance et ta gloire? En yaîn tes philosophes et tes héros ont combattu ; en vain Voltaire , comme l'astre du jour j a rersé pendant un siècle des toraensde hunièfe autour de lui. On vend encore des niùrs^ on trafique encore des blancs; on .fait la traite au Senégambie^.et des traités a Vérone. Le développement des vertus et* de l'intelligence humaine est partout arrêté; les éuts s'écroulent et se vendent ^ les rois se perdent y. les peuples s'abrutissent : Ici des fakirs, la des garnisons autrichiennes; au midi la censure et la police , i l'orient les visirs , le pal et les muets ; partout des jonglem^s , des lacets et des rubans. Je veux faire VKsioirè de FEsda^àge.

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