‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 17 sur 86 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

Lui* — Vous auriez aussitôt fait d'eotrepreDdre V Histoire unit^erselle. Vous n'avez que trente jours devaut vous, n'entreprenez pas l'ouvrage de vingt ans.

Moi. — Vous avez raison; je Veux rétrécir mou cadre et c'est d'une tragédie que je vais m'occuper j j'en ai déjk le sujet, et j'aurai le temps d'en esquisser quelques scënes.

Lui. — Quel en est le titre ?

Moi. — Cambyse , ou fe *hige prét^aricateur.

Lui. — Cette fois vous ne craindrez pas les applications ; grâce au ciel nous vivons dans un temps cil l'on ne voit pas de magistrats prévaricateurs. Mais, si votre tragédie n'a rien h crain- .dre de la censure , ce sujet lui-même ne vous offre- t-il pas un écueil insurmontable?

Moi. — Aucun ; c'est un trait d'histoire pur et simple que je mets sur le théâtre* Vous avez vu au musée ce tahleau hollandais.

Lui. — Quoi! ce malheureux juge que le féroce Cambyse fait écorcher vif sous ses yeux pour faire recouvrir de sa peau le siège du prévaricateur ?

Moi. Il n'est point de serpent ni de monstre odieux Qui par l'art imite ne puisse plaire aux yeux.

Lui. — N'en déplaise b Horace et k Boileau , jamais cette maxime poétique n^est applicable k

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notre théâtre qu^avéis beaucoup de restriction ; il y a des moDStmositës que uons snpportoas dans le monde réel , et qui nous feraient hor*reur sur la scène : d'ailleurs , quel serajt le but moral ou philosophique d*un pareil ouvrage ?

de faire abhorrer également une justice inhumaine et une exécrable tyrannie. Je trouve trèsbien qu'on punisse les juges prévaricateurs^ mais je ne veux pas qu'on les écorche.

Est modus m rébus.

Moi. — En y réfléchissant bien, je pense que vous avez raison ; j'abandonne l'idée de ma tragédie de Cambyse : aussi-bien je n'aime pas les récits au théâtre, et je prévois que j'aurais de la peine k mettre mon dénoûment en action. Maintenant , que ferai-je ? car encore faut-il que je fasse quelque chose ?

Lui. — Voulez - vous m'en croire , continuons chacun notre métier d^obiervateur et de glaneur. Platon suppose qu'on l'enferma dans une caverne sombre qui n'avait qu'une petite ouverture , et que par cette ouverture les ombres des corps qui passaient k Textérieur venaient se retracer sur la muraille. Nous voilk placés comme Platon supposait l'être; du sein de notre chambre obscure nous ne verrons y pendant un mois y passer devant nous que des ombres ; traçons sur nos murs des petits tableaux à la silhouette , reportons-les sur notre

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'^Ibum , et pu]ilioas en sert^tnt n&s esquissé»; .je suis bien trompé sije pvJ>li)B nèfles, accueille pas avec bienveillance.

Moi. — A l'ouvrage î mon cherVl'îdée est excelleme , et» je roiB'qiâtte J^Wui* îdettre la main ^ l'œuvre. E. J.

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