LE DOYEN DES VOLEURS. ID
ii pect ; si des ministres ne me toucheraiem » pas dans la ipaiti ? Croyez— vous que je n'aa- » rais pà» beaucoup d'amis qui viendraient dt- » ner chez moi , et qui élèveraient ma probité » jusqii'au troisième ciel ?
» Quand je me fus dégoûté de mon métier » dé couvreur , où je courais risque de me » rompre k chaque instant les bras et les » jambes ^ je me mis k considérer ce qui st » passait autour de moi; je ne vis partout » que des dupes et des fripons. Je n'avais pai » envie d'être dupe, je devins fripcm, de la )) petite espèce il est vrai; je n'avais ni les ït fonds nécessaires pour établir des agences ^ » pour faire œ qu'on appelle des reviremens, » pour spéculer sur la fortune publique, et » me retirer subtilement au 'moment favora^ » blè. Je ne pouvais nager en grande eau, j€ » me suis contenté dépêcher en eau trouble, » ne pouvant être voleur en gros , je me mis » voleur en détail*
» J'eus pourtant un jour la fantaisie de de^ » venir honnête homme. J'avais plus de soi«- » xante-dix ans, et je venais d'en passer six » en prison. Tristan , me dis-je k moi-même, » profite de cette dernière leçon ; tu vois que » tou^ïhémin est raboteux, prends une autre » rouie, mon ami, peut-être tu t'en trouve- » ras bien. ^
» J'étais ainsi plongée dans la rêverie lors»
» que |e fas abordé par un de mes anciens ca- » laarades qui était derenu, je âe sais corn*- » medt) yajet de service dans la maison dW » priooe Donvellement parvenu.
» Je te rencontre k propos ^ nie dit mon » camarade; éloignons-nous un peu, je vais » te raconter de quoi il a'agit. J'ai décou- }p vert sur le bureau de monseigneur ^ à' gauche » en entrant, un gros portefeuille plein de » billets de banque, ei tout. près une pile de )> napoléons en or. Qu'en dis-tu?
» Je dis, répondis-je aussitôt, que For et » lés billets de monseigneur .viendroat dan&ma )> poebe , et que nous les partagerons en bon- » nètes gens, pourvu que tu me donne!» les T^ renseignemens dobt j'ai besoin. Raconte^ » moi ce qui se passe dans l'hôtel. Mossei*- » gneur n'a-t-il pas quelques petites répara- » tions'k faire sur les toits de la maison?
» Non, répondit-il; on ne fait de répara*- » tion qu'k son château. J'ai même entendu )> dire que l'architecte devait demain dans la » journée veiûr chercher un plan que monseîi> gneur a examiné, et qui doit âtre mis k » exécution le plus tôt qu'il sera possible.
» Gela suffit, répliquai-je ; il j aura bien du » malheur si je n'accroche pas ce poissdfi. Bou- » dbe close , et va-t en , je crains qu'on ne )> nous voie ensemble. Tâche seulement d'être » k la porte pour me faciliter les voies.
LS DOTBN D& VOLEURS. li|
ib Je réfléchis que c'était ]\ une occasion » sûpdrke pour devenir honnête homme. Quand » j'aoraî cet or, ces billets , qui m'empêchera » de laisser les alTafres et de vivre tranquille? » Je m'ënniiie d'être lotijours en querelle avec » la justice : il fant faire une fin.
n Mon plaa était bien (figéré. Le leode- » main je m'habille en architecte subalterne, n habit noir, cravatte blanche^ air modes- >r te, et la toise k ta main. JParrive, je de- » mande monseigneur* Mon camarade crie :
<( Voilk Farchitecte de monseigneur 3 0» Tat- » tend. » L'huissier m^annonce, fe suis intro- » dt^jt dans une pièce sur laquelle outre le » oÉdUnet du prince, où i) causait probable-^ . » ment avec quelque ambassadeur. — « Que » désirez-vous? me dit-il. — Monseigneur, " » votre architecte ne pouvant venir lui^n^me » m'a chargé... — J^enfeads, rëpondit-îl j je » suis k vous^ passez dans mon cabinet.» — *- » J'entre, et dans un clin d'oeil mon coup » est fait. 11 fallait toute ma dextérité , eèr » inonse%neur était presque sur mes talons.
» Son plan était étalé sur la tahlt ; il me le » tiiôntre, et m'ietpliqne en détail tontes les » rectifications qu 'il désire. IVtais sur les çpi- » nés, fe craignais h chaque minute de voir » arriver le véritable aretiitectê. EnJbi on air- » nonce k monseigneur une nouvelle visite^ » il me âoime le j^a et me congédie.
113 LÀ Iw6tBNT. — LB DOYEN DK» VOL.
»' Sur de mon fait , je descende l'escalier ; » quelques chambres étaient ouvertes : dans » l'une d'elles j'apergols sur une chabe, k » l'entrëe, un spencer de velours noir., Je nte >> rappelle aussitôt que ma petite nièce m^avait » demandé Iç matin même un spencer noir» Je » saisis celui-ci et le mets dans ma poche. Une }> maudite servante que je n'avais pas aper- » eue • me voit et crie au voleur/ Je veux me » sauver, deux grands coquins de laquais m'ar- » rètent. Me voilà pris, on m'enlève mon tréyi- ÉOVy et je suis bientôt condamné , pour réci- » dive y k dix s^ns de prison.
. » Vous voyez J)ieD , ajoute le père Tristan, » que la fortune ne veut pas que je devienne » honnête homme. Il faut donc que je me sou* >> mette à la destinée. »
Ce vieillard , dans le cours de sa vie licencieuse , ne s'est jamais expMek des peines af&iotives et infaiçantes. Jamais d'effraction avec lui , jamais de ces vols qui envoient un hommeaux galères. Lorsqu'on lui demande ccmiment il a fait pour éviter les fers. « C'est , répondait, que je n'ai jiumais volé que le Code pénal k h. main. » . On assure dans la prison que le pèjre Tristan eut ficl^e de cinq, k six mille livret de rente. Mais sa passion pour le larcin est tellement enniieînée, qu'on .croit qu'il ne résistera jamais k une ten|ation , et qu'il finira par mourir k Poissy ou k Sain ter-Pélagie. «. . A. J.
LE CORRIDOR ROtTGE. I l5
N« XII. — 5o açrif i SaS.
DOUZIÈRIE œNSOLATION.
LE CORRIDOR ROtTGE.
.... Les coeurs opprimëi ne lont junaia soumis.
Volt.
On a dà créer un mot p^ur qualifier des actions que l'autorité voulait punir, et qu'aucune loi ancieime ne pourrait atteindre. C'est ainsi qu'on appelle délits politiques quelques passages, quelques phrases, ou même quelques mots d^un livre oii des jurés peseurs de l'intention verraient ou croiraient voir une censure, par allusion , des actes du ministère ou de la conduite dés ministres ; la tendance présumée d'un éoi'it , vers des doctrines politiques qui ne sont pas ou qui ne sont plus celles du gouvernement ; des atclamaiions qu'il eût été absurde dé dénoncer comme des cris séditieux^ C^est peur la répression de. ces délits de circonstance qu'une loi de circonsitanoe elle-mèraie a investi les tribunaux du droit d*en connaitre et d'appliquer ^ leurs auteurs les peines portées, par le code contre les escrocs et les voleurs. - Lorsqu'il fut question l'année dernière d'à-
1 14 LE coRRinoa
jouter cette loi an recncil de 25 ou 3o mille autres qui nous régissent y indépendamment des 24 volumes in-folio d'ordonnances r()yales auxquelles on a recours au besoin , les incon-^ vénieus de cette mesure législative forent signalés a la tribune ; les infatigables défenseurs des libertés nationales ^ MM. B. Constant , Foy y Manuel y Girardin , objectèrent qu'il fallait au moins s'expliquer sur c^ emprisonnement dont an menaçait les auteurs de délits politiques , et que la chambre ne voulait certainement pas qu*o^ les assimilât) p«i* la natiire de la punition, avec dles hoiunes pervers , rebut de la. société y qui peuplent les prisons. Plusieurs des honorables meflibres du côté droit, M. de S^rre hii-même y parurent' s'offenser d'une pardlle supposition* La destination spéciale d'un local séparé» dans une prison commune > ne sem* blait pas devoir étsdiHr une ligne de démar^ cation suffisante ; il fut k peu près convenu qu'une naison partienlière (o n alla {lisqu'k nommer l'hètel Bazaneourt ) serait affectée aux condamnés delà politique : en attendant fue les dispositions nécessaires aient élé lakes» le corridor nmgê de Sainte - Pélagie devait leur être exc]<usi?eaiest coésacré. On nous a fourni l'occasion de nous assurer par iioBs*œèittes de la manière idhmt. ces promesses partementaires ont été remplies; les premières lignes de cette description suffiraient pour le Mre conaaitre*
Le corridor ronge se compose <k :^ ceUu- Iqs (JQ suis détermUie ^ ue point prononcer le iMMQ de cacbois- ) ^ toutes sckU occupées 9. le . plus* g^vyà Boabre pav deux persatmes , et ce^ peQdaizi il «e se trou^ve eu ceiiKmeftt daas ce corridor que trei^ détenus pour délits polititjues} on en conclura sucs doute qu'on a jugff h propos d'y intaroduire des condamnés d'usé autre espèce, mais du moins que chacun des déteaus de la première catégjorîe a la jouissance e;j^diusive des.buit pieds carrés que l'en appelle sa ckambre ^ cependant il n'y a de vrai que la première partie de cette conclusion.
U est six heure? du maun^ j^entendâ Tcufer mes verrous ). et je puis, me promener dans notre corridor* J'en vois ouvrir successivesnenjL toules les portes ,, et je m'amuse à ohserver les détails ^du lever des prisonniers , moins somp^ tueib: jr sans doute y mais pent-ètce plus gai que celui des Tuileries, La vieiUe lailièie arrive: chacun vien^t remplir, d'un lait édairci^ par l'eau de la Seine, un vate d'une tierremoin& précieuse^que celle que l'on colove^ Sèvres j^ de tous cotés les petits réchauds s'allument > le lait et le café bouillonnent j quelc^ues pHspn^^ niers déj,çûneat ^ d'autres,, la pipe a la houcbe ^ arpentent le corridor k grands pas« d'un air sinistre ou rêveur j ceux-ci jurent , çeux-lk chantent , et la : chanson qu'ils fredonnent tn^ dique presque toujours L'idée dominante qui les
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occupe. Si èètte obserTation est trâie'il 'suffirait^; peat*ètre de dire. que les refrains patriotiques de notre cëlèbre Béraoger sont presque les seuls que j'aie entendus pendant mon séjour ^ Sun te- Pélagie , pour faire connaître le caractère et Topinion de mes compagnoi^s dïvfortune : mitis qudques-'Uns d'entre eux se distinguent par de si nobles traits ^ par des qualités si brillantes , que je ne j)uis me refuser au plaisir de tracer leurs portraits' tandis que j'ai le modèle sous les yeux. Avant de m'occuper des personnes , jetons encore un coup d'œil sur leur habita»
tion.
J'ai dit que chacune des chambres était trop petite pour y loger sainement un prisonnier, quand la saison ne permet pas d'en tenir la fenêtre ouverte ; combien le séjour doit en être insupportable quand on y place un second lit y ce qu'on appelle doubler un homme , en terme de prison ! Rien de plus hideux que l'aspect de ces i^ellules dans leur état primitif; quatre murailles nues et sales , fermées d'une porte surchargée de serrures et de verrous énormes , éclairée par une petite fenêtre carrée y dont les barreaux épais forment une espèce de rideau de fer qui intercepte une partie des rayons du jour; pour meubles, (ii moins d'une autori;iation spéciale pour vous en pro.curer d'autres k tos frais) un lit de sangle, sojis le nom technique de pistoUy une paillasse, une mauvaise couverture, et
une espèce de àeau dont je doiis laisa^ deviner l'usage' nochirne ^ tel est l'aspect que présente; la plus grande partie de ces cellules dont quel* qnes^-uacs offrent* un coup d'ooil moins repôus« sant, grâce k l'industrie ou k Faisance du pri-* sonnier'qQi'les habke*
Historien exacte je» dois dire qu'une des cellules de ce corridor contraste de la manière la plus complète et k plus inattendue avec lou(es les autres : c'est eelle qu'occi:^ le lieutenant Gustave L. de B* Si Pon pouvait» oublier Tantiobambre qui vous y conduit , on croirait entrer deuts un boudoir de la Chaussée-d'Antin*
Un de ces -rideaux qu'on appelle portière chez les grands seignèura recouvre l'odieuse porte aussitôt' qu'on est eptirë. Un. lit en forae' de divan ) décoré avec autant de goût que- d'^lé^^ gance, occupe le fond de cette jolie chambre k deux croisées y que tapisse un papier-mousseline bordé d'une guirlande de roses; un superbe piano d'Érard fait face au divan ; plusieui*s tableaux et des portraits de femmes charmantes, dont je crois avoir vu errer quelquefois un des modèles dans le sombre corridor , se répètent pour le plaisir des yeux dans les glaces qui occupent deux des panneaux de la' chambre et en doublent la grandeur ; des rideaux de soie pourpre qui drapent les croiséeS) et des fleurs dont la tige s'élève le long des barreauX) achèvent de dérober aux regards 1 6..
U8 LE CORILlOQit AOUGE.
toM M fuî pouirait itoMiier/a TiétA d-itf»
prîfiQBt
Q» pimvrf^ »'^Umaer 4*un luxe si oompléte»
mem étrangfar aux loi» somptiiaifes ea ^ûgoewr daivi k cojnriâor lOuge , et défk le mot âe /inV f'i/é^d est sorti de la bouche de mm lecteufli ^ je qie hjite doiUfS de préTepû tout soi^eA dâk- ^oraUe k Vwpartftalité da concierge de b aMuL- SCH9 9 en pHvenant q«e le l^eutesanlt Gosiaine^ hieft qu'hidûf f»t du oi^mdos rouge y n'j est dëi^n k la requête d'euoun procureur du voi^ et qiie^ ses eiiéanciers seuls Fy retiennent. J'mit rai Poccaaîoa de faire connaître , dn& le^ dia-r pitre aiûvanl > par quelle oireoiistasce panieulièire 01» a fixé, sen . dionkîjLe dans, mn corpa de logi$ a^paré de celui qu'oocuipenj^Iee «tt»a dtf^ bit^irs. E« 1.
PETITE BIOGRAPHIE. Itg
N* xjsu *^ !•' mui i8a3.