‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 53 sur 86 · PLATON. — 60GR ATE · texte numérisé non relu

PLATON. — 60GR ATE

de sagesse a le malheur d^aimer et d'easeigoer la vérité : cela suffit , c'est un corrupteur de la jeunesse, un athée, un factieux; il est traduit devant un tribunal vendu k quelques fanatiques; l'iniquité triomphe, il boit le poison sans pâlir, et sa mort est pour ses disciples une dernière et sublime leçon.

On croit que la franchise de son apologie irrita la majorité de ses juges ; qu'il aurait mieux fait de les ménager , de faii-e des concessions , de descendre même aux prières et aux larmes.

Il ne crut pas convenable d'employer ces sortes de moyens, et il eut raison. Lorsqu'il fut condamné , il dit : « Athéniens , fe succombe pour » n'avoir pas voulu me lamenter, pleurer et » descendre k toutes les bassesses auxquelles » vous êtes habitués. Mais le péril oii j'étais » ne m'a point paru une raison de rien faire » qui fût indigne d'un homme libre ,' et maini> tenant encore , je ne me repens pas de m'ètre » ainsi défendu. J'aime beaucoup mieux mou* » rir ijue de devoir la vie k une lâche apologie. » Ni devant les tribunaux, ni dans les com* » bats, il n'est permis ni k moi, ni k aucun » autre, d'employer toutes sortes de moyens » pour éviter la mort. Tout le monde sait qu'k )) ia guerre il serait très-facile de sauver sa » vie en jetant ses armes , et en demandant » quartier k ceux qui vous poursuivent. De >) mème^ dans tous les dangers', on trouve

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>» mille expëdiéns pour éviter la mort quand » on est décidé k tout dire et k tout faire.

» EL! ce n'est pas Ik ce qui est difficile ^ Athé- » niens y d'éviter la mort ; mais il l'est beau- » coup d'éviter le crime ; il court plus vite » que la-mort. Cest pourquoi ^ vieux et pesant » comme vous me voyez, je me suis laissé at- » teindre par le plus lent des deux ; tandis que » le plus agile , le crime , s'est attaché k mes 7) accusateurs qui ont de la vigueur et de la » légèreté* Je vais donc subir la. mort k la- » quelle vous m'avez condamné , et eux l'ini- » quité et l'infamie k laquelle la vérité les con- » damne. Pour moi, je m'en tiens k ma peine » et eux k la leur. En effet, peut-être est-ce » ainsi que les choses devaient se passer^ et, » selon moi , tout est pour le mieux. »

Après avoir adressé les dernières réflexions aux membres de Taréopage qui l'avaient absous , il termina ainsi son discours. «. Il est » temps que. nous nous quittions , moi pour » mourir, et vous pour vivre. Qui de nous a » le meilleur partage ? Personne ne le sait , ex- » ceptéDieu. »,

Pendant les trente jours que Socvate passa dans sa prison , en attendant le retour du vais-* seau de Délos , il continua de voir ses amis et de les entretenir de sujets de morale avec la même tranquillité d'âme , le même intérêt que dans les temps les plus paisibles de sa vie. Cri-

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ton y l'un de ses disciples les plus dëvouës, lui proposa d'échapper k la mort en fuyant de sa prison. Tous les amis de Socrate^ des étrangers même , s'étaient réunis pour assurer sa fuite ; les moyens étaient prêts , il ne restait k obtenir que son consentement : on sait que Socrate rejeta cette proposition. H était âgé , ce n'était que le sacrifice de quelques années qu'il faisait aux doctrines qu'il avait jusqu'alors enseignées , et dont le précepte fondamental était l'obéissance absolue a la loi quelle qu'en fût l'application. Il ne Voulut pas démentir en un instant les principes qui avaient réglé sa vie entière , ni porter la moindre atteinte k sa réputation. Il y aurait beaucoup k dire sur ce sujet. Ce qu'on ne peut s'empêcher d^admirer , c'est ce calme philosophique , ce dédain de l'injustice ^ ce mépris de la mort , cette inébranlable résolution qui ne laissent aucune prise, k la faiblesse humaine. D'autres ont été les martyrs du dogme , Socrate fut le martyr de la morale.

Socrate avait élevé ses idées jusqu'k l'unité de Dieu ; cette dernière idée Tavait conduit k l'espérance d'une vie meilleure : le développement de cette grande pensée forme le sujet du Phédon. J'ai relu tout ce dialogue avec la plus profonde attention , et je ne pense pas que l'esprit humain puisse aller au delk des hauteurs où le génie de Platon s'est reposé} je suis bien aise de me trouver d'accçrd $ur ce. point avec

M. Cousin 9 que pavais perdu de vue y et que je retrouve avec plaisir.

Je' veux lui dire combien , dans ces heures solitaires , oii le temps s^abat généralement de tout son poids sur le captif, séparé des doux objets de ses affections , et dont les regards ne s'arrêtent que sur des grilles inflexibles, j'ai trouvé de charme dans la lecture de son Platon. En parcourant ces grandes pages marquées du sceau de la sagesse antique , étince*lantes de traits sublimes, j'oubliais l'injustice des hommes , les attaques envenimées de la calomnie , les odieuses fureurs de l'-esprit de parti , je m'oubliais moi -même , et les heures devenues légère» fuyaient d'un vol rapide.

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N*» XXI. — lO mai i825.

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