‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 68 sur 86 · DE NEW -YORK · texte numérisé non relu

DE NEW -YORK

— « Je vois que je n'avais' pas une connrâsABce parfaite de. la question , et. je vous remer-. cie de m'aVoir éclairé. »

; — (( Je. crains que vous ne m'accusiez de présompiâoD ^ mais je veux aller plifô loin. J'ai souvent pensé que les États-Unis , quoiqu'on n'y trouve y ni un opéra comme celui de Paris ^ ni un temple comme Saint-Pierre de Rome , ni vos. grandes, collections de tableaux, et de statues y est le pays le plus civilisé du. monde* je ne méprise point les beaux-arts, ils, soiat l'ornement de la cité j mais nous avons posé l'éidifice. social sur des fonclemens: solides ; nous en avons construit et achevé les diverses parties* Quant a vous , vous n'avez soigné que la

décoration. »

— « J'espère que vous ne suivrez pas le conseil de Platon , qui voulait chasser les poètes de sa république. » ^

. — « Non , sans doute. La poésie y qui se nourrit de sentimens héroïques et de grandes images y convient parfaitement k nos mœurs républicaines ^ elle fait nos délices. Il est même, peu de fermiers américains chez lesquels on ne trouve un Milton et un Shsdkspeare. La culture. de l'esprit est générale dans nos campagnes comme dans nos villes. Les lumières nécessaires k notre position sociale sont universellement répandues. Point d'artisan , point de laboureur qui ne. sache lire y écrire et calculer; qui ne

86 SUI'rt DE LA PRISON

cmiAâissd les 1^1» de sob pays , «pii n'en apprécie le» instituiûms , et qui ne versât an besoin son sang pour les défendre. De \\k vient V^nonr de l'ordre et le respect de k propriété ; de Ik vient aussi «fue Us crimes «ont si rares parmi nous. A peine aurioM">nous besoin d'une prison sans le concourt d'étrangers qui traversent les mers et nous arrivent «vec leur ignorance et leurs pendians vicieux. Li plupart d'entre eux s'améliorent en vivant au milieu de nous', les antres s'éloignent ou retournent dans leur pays natal. Si h la fin de sa détenlien ce jeune Irlan^ dais , dont le malheur vous a intéressé, n'était pas entièrement changé dans ses senthnens et ses mœurs , croyer-vous qu'il pût résider longtemps dans une contrée oii la fortune et la cou— sid^atîon ne s'obtiennent point sans travail et sans probité?»

— « Je conçois bien ce que vous me dites ïk. Mais î! me reste un éclaircissement k vous demander. Vous avez raison de dire que je prends intérêt au soi*t de votre prisonnier. B à. inspiré le même sentiment h tous les spectateurs de la scène déchirante dont nous avons été tétoôins. Biais en supposant qu'il renonce k ses habitudes dépravées, qu'il acquière le goto du travail, en un mot,' qu'il devienne digne d^estime , quel bonheur l'avenir peut-il lui réserver? Flétri par une condamnation judiciaire 9 avili par son séjour même dans une mai-

DB NBW-TORK. 87

S(Mi de oorrectioD , que peut-il espérer des hom« mes? quel rang o6cupera-t*il dans la société?

— M, Celui d'un honnête homme , et d^un bon citoyen. Vous nous jugez toujours avec vos préjugés dXurope* Nous attachons Je la fié-»

trissure au vice ^ et non k la réparation que là société exige de Pontrage commis envers elle. La réparation faite , si le coupable montre des vertus j s'il remplit ses devoirs envers lui-même^. et envers les atitteS) tout est oublié. C'est un malheureux qui a échappé au naufrage des passions ^ et qui est recueilli sur une terre hospitalière. Il 7 perd avec le temps le souvenir de ses dangers et de 5es maux, ou s'il ^e les rappelle ^ c'est pour mieux sentir le repos et le bonheur dont il jouit» Je pourrais vous citer des hommes considérables par leur fortune ti leur mérite dont la feunesse orageuse a eu besoin 4e oorreelicm et de repentir. Aujourd'hui, iis vivent honwés parce qu'ils sont idevenus hoDO«rables. »

Commte M. Patferwu acihevait ces mola y iKHis arrivâmes k la porte ée sa maison, il y fut reea par aa filie Hannafa, jeune personne d^ne figure angélique. £Ue attendait son père aveo impatience y comme si elle avait eu quei" que secret important k lui commnni^er. Je me retirn de mon •c6té après avoir remercié M. Pal* tersott des bonnes leçons qu^il vtnait de «e doiner.- A* J*

68 HISTOmB DU PRISOKNIER

N** xxvn. — 16 mai 1823.

Page 1