II. PaELimNÂIRE
cerais de respirer quelques minutes Fair de la grand'chambrô , et je suis sur qu'ils s'en retourneraient affamés. Nous laissons à nos plus célèbres médedus le soin d'assigner les causes de ce phénomène.
Nou3 voilà donc à table , dissertant sur notre procès , sur la faconde de M- l'a-* vocat-général , l'éloquence de M. Diçin , et l'arrêt prononcé. Nous avions beau retourner la chose en cent manières , nous trouvions toujours pour dernier résultat :
(c II faut aller en prison. », Je ne connais pas de mots plus fâcheux à prononcer ; ils ne renferment pas une seule idée agréable.
Nous avons des amis , u^e famille , même des petits - enfans j il faudra les quittei:. Ce qu'il y a de pis , c'est qu'ils seront plus sensibles que nous à la détention qui nous attend. Il y aura des regrets 5 des plaintes amères , des larmes mêmes à essuyer , toutes choses que la loi ne prévoit pas et qui aggravent la peine 5 car , dans une pareille circonstance ,
DES CONSOLATIONS. lll
on souffre moms pour soi que pour les autres. Mais le sort en est jeté , nous irons à Sainte-Pâagie.
Toutefois il ne suffît pas d'aller en prison 5 il faut savoir ce qu'on y fera. Le temps n'a point d'ailes pour le captif; on dirait au contraire qu'il marche à pas comptes, et que parfois même il lui prend fantaisie de s'arrêter. Cest un grave inconvénient auquel il faut porter remède.
Si nous parvenons à échapper au temps , nous échapperons pour ainsi dire à la captivité. Faisons -nous une occupation qui remplisse les trente jours de notre réclusion. Si les libres exercices du corps nous sont défendus , qtii nous empêchera d'exercer nos facultés intellectuelles ? La pensée est hbre sous les verrou x comme au milieu des champs , aucun arrêt ne peut la mettre en détention.
(c Cela est tout-à-f«ât raisonnaMe , nous » dit un ami qui écoutait ces réflexions.
y> Vous allez voir des objets nouveaux , » éprouver de nouvelles sensations. Pre-
» nez la résolution de peindre les uns ^ ^ d'exprimer les autres; vous ne serez )) jamais embarrassés de votre loiàr. Le 3). r^ueil. de vos observations formera un » ouvrage qui aura du moins le mérite » de l'originalité. On ne vous accusera ». pa^;' d'îjyoir .composé votre livre avec », d'autres livres , reproche qui tous les ». j(^urs; devient plus, commim et mieux » fondé, yous nous parlerez de Sainte- » Pélagie , de son régime , des prisonniers » dignes de remarque que vous y trou- » verez. Vous aurez des caractères à. re»- ». tracer , des infortunes à décrire , des » aperçus philosophiques à saisir.. L'uti- » lité peut se joindre à l'agrément dans ». \M]i tel . ouvrage. Que voulez-vous . de » plus ? »
' Ces sages considérations nous déterminèrent. Mais ç^ n'est pas assez d'avoir un sujet, même de l'avoir traité. Il nous faut un titre; c'est peut-être ce qu'il y a de .plus important , surtout pour le libraire.
J'en connais qui ont l'esprit des titres à
D£$ CONSOLATIONS
un haut degré , et qui , avec ce talent , mettraient en vogue même un recueil de discours académiques. Pour nous, nous nous contenterons d'un titre significatif et sans prétention, ce Que pensez -vous de celui-ci : les Hermites en prison , ou Consolations de Sainte-Pélagie ? U n^a rien d'ambitieux , il dit bien ce qu'il veut dire. Nous pensons même quHl excitera l'inté^ rét , car , au temps où nous sommes , il peut être intéressant de savoir comment on se console en prison. »
Notr€ ami applaudit à cette idée, (c J'espère bien , dit-il , (fie vos consolations n'affligeront personne , et qu'on ne dira pas de vous ce qu'on a dit d'un certain écrivain , « que sa félicité était l'infortune ^ » de ses lecteurs. »
Nous tacherons d'éviter cet inconvénient ; mais qui peut répondre de la destinée ! Le pubHc est un juge tantôt indulgent , tantôt sévère ; heureusement il est indépendant , on ne lui dicte point ses arrêts. Espérons ! A. J.
N« i«. — 20 tf m7 1825.
PREMIÈRE œNSOLATION.