DE M. JAY
M. Jay demande la permission de donner qudqaes explications sor l'aocusation portée contre lui.
« Messieurs , dit*il , je vais vous lire le jugement du tribunal de première instance en ce qui me concerne.
c En ce qui touche l'article Boyer-^Fonfrède ,
> dont Jay s'est reconnu l'auteur; attendu qtie,
> dans cet article, la condamnation de Louis » XVI n*est point approuvée, qu'elle est même » blâmée; que,^si l'expression du blâme n'est » pas suffisamment prononcée , il nenpeulrésul- » ter néanmoins ni crime, ni délit; renvoie Jay » des fins de la prévention. »
» Vous voyez , messieurs , que je suis traduit devant vous pour un article dans lequel la condamnation de Louis XVI est blâmée. J'avoue que je ne m'attendais pas à être accusé pocfr un pareil délit , qui , je crois , n'a été prévu que dans le code de la république. Dans cette position j'ai prié mon honorable ami M. Dupin , de réserver pour une occasion plus importante les ressources de son rare talent. Un simple rapprochement m'a paru suffire il ma justification.
» Je suppose , Messieurs , que j'eusse été accusé , pour la phrase qui m'est reprochée, devant un tribunal de la république. Croyez-vous que le
i^ROCES BB MM. JOUY ST JÀY« ïif
blâme jeté sur l'attentat du ii jauvier n'eût pas été considéré comme un crime , comme un acte flagrant de royalisme ; que son auteur n'eât pas été signale comme un écrivain très-pervers , préchant des doctrines fausses et attentatoires aux principes du gouvernement ?
1» Comment se fait^il que je sois appela devant une cour royale pour le même sujet qui m'aurait conduit devant un tribunal de la révolution? Ce ne sera pas l'nne des moindres singularités de l'époque actuelle.^ Elle, est cependant facile 2i expliquer. L'esprit de parti, sous quelque bannière qu'il se présente, se fait aisément reconnaître à aon intolérance , à son ardeur de persécution. Armé de sophismes et d'invectives. il nous dit: tt Tu penserof comme je veux que tu penses ^ ou tu seras suspect; lu parleras exactement corn* me je veux que tu parles, ou tu seras criminel^ n L'esprit de parti s'arroge le droit de pénétrer dans nos consciences , de lire au fond des cœurs , privilége qni n'appartient qu*à Dieu , seul accusateur sans passion ^ seul juge inaccessible ^ l'erreur.
« N'attendez pas de moi , messieurs , que je m'attache à vous démontrer laborieusement que le blâme , quel qu'il soit, n'est pas une approba* tion. Quant à mon intention , je l'ai déjà déclarée ; je n'ai voulu présenter qu'une grande leçon historique , et montrer aux peuples en révolution que le sang des rois s*élève jusqu'au ciel , et n'en fait descendre que des calamités.
» Telle a été ma véritable intention ; personne ne le sait mieux que moi ; et quoique je ne sois
i68 VROCiS ]>E MM. JOUT ET JAT.
qu*un modeste le'gisie , j'ai trop d'hooDeur pour avancer une chose qui ne serait pas eoniorme à la YériXé. Ainsi , j^appelle de Tappel de M* le procureur dvk roi à votre eonsdepce et à votre ^uité. »
Après une heure de délibération • la cour oon« firme le jugeaMint de première iiiitaaee en ee qui touche M. Jouy ; et , quant à ML Jay / attendu que l'article Boyer^Fmfrède y dont il s'est reconnu l'auteur , contient des outrages à la morale .publique , la cour le condamne à un mois d'emprisonoenient et 1 6 fr. d'amende.
Parmi les nombreux auditeurs que cette cause avait attirés , on remarquait MM. Arnault et I^orvins , <|ui concourent , avec MM. Jay et Jouy , à la rédaction de la Biographie des Contempo^ rains»
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