Comparez TArioste
2. La déesse Gauri, plus connue sous le nom de Kâli, épouse de Ci va et fille d'Himala, souverain des montagnes neigeuses, c'est-à-dire de THimalaya. Cette déesse, comme la plupart des femmes indiennes, a les pieds teints avec de la laque.
genre. Aucune pièce indienne n'offre cette couleur lyrique et mélo-dramatique. Les paroles sont arrangées d'après des rhythmes musicaux appropriés au chant et la mimique est soigneusement indiquée.
Plusieurs années se sont écoulées lorsque commence le cinquième acte, ingénieux épilogue, destiné à nous présenter le jeune Ayons, fruit des amours d'Ourvasî et de son amant. En permettant à TApsara de s'échapper du ciel, Indra y avait mis une condition expresse : le jour oti la nymphe aurait un fils, elle devait quitter la terre. Mais Ourvasî a su cacher sa maternité.
Comment y est-elle parvenue ? C'est son secret et celui de Kâlidâsa ; n'en demandons pas davantage. Toujours est-il que le jeune Ayons semble digne du rang qu'il doit occuper, et ce serait grand dommage qu'il retournât avec les ascètes dans la forêt consacrée. L'exquise délicatesse du poète lui dicte une scène de reconnaissance des plus touchantes. Indra n'a pas la cruauté de séparer ceux qui sont si heureux. Désormais le couple royal sera à Ta-
bri de toutes les épreuves, et le dernier mot de la pièce est un hymne de reconnaissance pour la bonté des dieux.
Sakountalâ ne nous avait pas complètement dépaysés. Dans ces mœurs et ces descriptions d'un climat extrême, nous retrouvions Paul et Virginie et la chau^ mière indienne. Vikramôrvacî nous arrache à toutes nos habitudes et nous jette dans un monde bizarre et fantastique.
Mais-l'originalité même de cette littérature n'en est-elle pas un des charmes les plus puissants ?
On a longtemps refusé à Kâlidâsa la paternité d'un troisième drame oti Wilson, réminent orientaliste, prétendait ne pas retrouver les qualités de l'auteur de Sakountalâ et d'Ourvasî. Le savant professeur du collège de France, M. Foucaux, traducteur élégant qui vient de faire passer pour la première fois dans notre langue le drame de Mâlavika et Agnimitra, n'hésite pas à y reconnaître la main du maître. A l'en croire, ce serait une œuvre de jeunesse, fruit d'un talent qui cherchait
encore sa voie; la conception n'est pas si ferme, le style a moins d'éclat que dans les autres compositions de Kâlidâsa, Qiais la finesse de Tobservation, la justesse de Tex* pression s'y révèlent déjà.
C'est pour la fête du printemps que fut composée cette œuvre légère; ici, il ne s'agit plus de héros ni de divinités; nous sommes sur la terre, dans une de ces petites cours où s'agitaient tant d'intrigues.
II y a là un tableau curieux des mœurs orientales ; c'est peint sur nature évidemment.
Un monarque asiatique beau et sensible, Agnimitra, s'éprend follement de Mâlavikâ, danseuse attachée au service de la reine Dhârinî, et, de son côté, la jeune fille, « brûlée par l'amour, s'mcline comme une branche de jasmin fanée sur sa tige. »
Le roi a pourtant beaucoup d'occupations ; la première et la seconde reine n'abandonnent pas leurs droits à la tendresse d'un époux, et ces dames, qui ne sont pas toujours d'accord, se liguent contre une rivale redoutable. La réunion des deux amants
sera difficile; c'est le nœud de toutes les péripéties de cette amusante comédie.
Le premier acte est rempli par les querelies de deux maîtres de danse, personnages vaniteux et grotesques, chargés d'enseigner leur grand art aux suivantes des deux reines. Us se disputent au sujet des progrès de leurs élèves respectives; les échos de leur querelle arrivent jusqu'au roi qui décide, avec une malice oîi l'on sent la partialité de Kâlidâsa envers les ascètes, qu'on prendra pour arbitre la vénérable Kaucikî, favorite de la reine Dhârinî.
Kaucikî est une religieuse bouddhiste qui connaît son monde et sourit avec indulgence aux taquineries royales; elle accepte, après s'être fait un peu prier pour la forme. Les deux maîtres devront faire comparai* tre, Tune après l'autre, leurs élèves qui danseront devant Leurs Majestés. La vénérable insiste pour que ces demoiselles soient aussi peu vêtues que possible, afin que l'on puisse juger de la perfection de leurs formes. La reine, qui voit le danger, trouve que sa favorite va trop loin, mais
nous verrons plus tard que la religieuse a ses raisons pour parler ainsi. Mâlavikâ sort victorieuse de l'épreuve habilement inventée pour porter au comble la passion du roi.
Au troisième acte, nous le revoyons errant dans le jardin de plaisance, éperdu, enivré, dans cet état charmant oîi les amoureux n ont plus trop la conscience de leurs actes, et oti les confidents deviennent d'une utilité indispensable. Celui d'Agnimitra a toutes les qualités de l'emploi.
Gautama est plus servile, plus intrigant^ plus fourbe, s'il est possible, que ses collègues Mânavaka et Madhavya; c'est le valet de la comédie italienne, qui, au besoin, saurait recevoir des coups de bâton. Kâlidâsa n'est pas plus favorable aux Brahma-^ nés qu'aux religieuses bouddhistes. Il faut croire que, dans le milieu oti vivait le poète, CCS pieux personnages n'étaient pas à l'abri de tout reproche. Tandis que le roi se demande avec anxiété quand il reverra l'incomparable danseuse, un hasard complaisant amène Mâlavikâ dans le jar-
din de plaisance. La reine Dhârinî s'est foulé le pied en tombant d'une balançoire.
Selon les poètes indous, l'asôka * ne voyait s'épanouir ses fleurs que s*il était touché par le pied d'une belle femme, et la jeune fille vient pour faire fleurir l'arbre à la place de sa maîtresse, Bakoulavalikâ, la fidèle amie de Mâlavikâ, accomplit minutieusement les rites consacrés. Avec de la laque rouge, elle trace des lignes sur le pied charmant qui va opérer le prodige, et passe autour des jambes les noûpouras ^ sonores prêtés par la reine Dhârinî pour la circonstance. L'amoureux, qui s^est jeté dans un bosquet de lianes, ne perd rien de