She never told her love
But lei concealment like a worm i the bud Fccd on lier damask cheek she pined in thought And with a green and yellow melancoly She sat like Patience in a monument Smiling at Grief.
Tweifthnigi or W liai y ou will, act. II, se. iv.
Venise, qui a refusé doges et princes pour se donner à un simple gentilhomme ? Sa bague, sa main, ses domestiques, sa personne, elle lui abandonne tout avec une simplicité insouciante. Rien de plus naturel ; pauvre et sans dignité, Bassanio est préféré à de puissants rivaux. Mais, lorsque Portia voit son bîen-aimé pâlir à la nouvelle du danger d'Antonio, elle devient héroïque. Au sortir de l'église, elle quitte cet époux si ardemment désiré ; qu'il vole oîi le réclame l'amitié. Voici de Tor, vingt fois plus qu'il n'en faut pour la rançon du capitaine ; la solitude et les prières remplaceront les festins et les joies de l'hymen ; pour Portia, le sacrifice tiendra lieu du plaisir ' î N'y a-t-il pas là autre chose qu'un
I. First go with me to church and call me wife And then away to Venioe to your friend
You shall hâve gold
To pay thepetty debt'twenty times over; When it is paid bring your true friend along My maid Nerissa and myself meantime Will live as maids and widows.
The Merchant of Venice, act. ÎIL se. ii.
entraînement égoïste et aveugle? Quelle femme comprendrait mieux la sainteté des devoirs de l'épouse ? L'amour touche trop souvent à la terre, mais, quand il s'élève à de pareilles hauteurs, ne se confond-il pas avec la vertu elle-même ?
Si le Marchand de Venise a des échos dans toutes les mémoires, peu de personnes ont lu Tout est bien qui finit bien.
C'est dans une nouvelle de Boccace que Shakespeare a découpé son drame. Il est regrettable qu'on ne connaisse pas mieux en France une œuvre si pleine de sensibilité et de verve comique. Gérard de Narbonne, illustre médecin du Roussillon, a légué à sa fille une partie des secrets de son art. Le moyen âge nous offre de ces alchimistes féminins, et, dans les fabliaux, la science sert volontiers d auréole au front d'une belle femme. Hélène vient à Paris offrir ses services au roi de France, qui se meurt d'une maladie incurable. Tout d'abord, le monarque sourit et n'a pas grande confiance dans le jeune docteur; cependant, n'ayant plus. rien à ménager, il se
Pamphlet
laisse faire et guérit immédiatement. Pour récompense, Hélène demande la main du seigneur de son pays, et on pourrait la croire ambitieuse si elle n'aimait Bertrand depuis l'enfance. La fierté du châtelain se révolte contre une pareille union ; il faut pourtant obéir à la volonté royale, mais, sitôt la cérémonie achevée, Bertrand quitte la France, laissant à sa jeune épouse cet adieu ironique et cruel : « Quand tu 'auras obtenu Tanneau que je porte à mon doigt, et qui n'en sortira jamais, et que tu me montreras un de tes fils dont je serai le père, alors appelle-moi ton mari, mais cet alors je le nomme jamais! ^ » Une femme ordinaire mourrait de désespoir ; la fille de Gérard saura tenir tête à Torage et prouver à cet ingrat que rien n'est impossible à l'amour. Elle prend congé de la
I . When thou canst get the ring upon my finger which never shall come off and show me a child begolten of thy body that I am father to, ihen call me husband : but on such ce then » I Write a « never ».
AWs well that ends well, act. UT, se. 11
mère de Bertrand, cette grande dame compatissante qui a recueilli et élevé Torpheline. Au lieu de régner en souveraine dans le beau manoir du Roussillon, Hélène s'exile loin de son pays, et, déguisée en pèlerine, elle court les aventures sur les traces de son époux. Qu'on ne s'étonne point de voir cette créature d'un esprit si élevé et si modeste affolée ainsi d'un soudard vaniteux et ignorant; l'histoire de Titania et de la tête d'âne de Bottom n'estelle pas éternellement vraie?
Des Pyrénées, nous sautons à pieds joints dans Florence. Shakespeare qui, dans le Conte d'hiver, fait naître l'héroïne au second acte, n y met pas tant de façons et s'inquiète peu de Tunité de lieu. Le tambour bat aux champs; la trompette sonne une fanfare belliqueuse; les troupes défilent, et la cuirasse de Bertrand brille au milieu des armures italiennes. Il y a là, comme dans tous les pays, des femmes curieuses, éprises de Thabit militaire, qui devisent tout en regardant. En sa qualité de Français, le comte de Roussillon les
occupe exclusivement. La pèlerine se glisse dans les groupes et lie connaissance avec une veuve, dont Bertrand courtise la fille. Il est aussi humble devant la jolie Florentine qu'il a été impitoyable envers Hélène. Ce soldat brutal fait du sentiment et de la poésie ; il supplie^ il implore, il veut Diane à tout prix, et, pour obtenir un rendez-vous, il lui abandonne le précieux anneau ; mais, il y a une justice, même dans les contes de Boccace; l'épouse s'empare de la bague et remplace Diane au rendez-vous. Le comte croit tenir une maîtresse adorée, et n'a dans ses bras que la femme légitime qu'il déteste. Quelques mois s'écoulent ; un jour, à Marseille, devant le roi et toute la cour, Hélène présente à son époux l'anneau de famille; bientôt elle lui présentera aussi un héritier. Les conditions du programme sont remplies; il faudrait être plus dur que l'acier d'une cotte de mailles pour ne pas se laisser attendrir ; Bertrand se résigne à un bonheur qu'il ne mérite guère; mais « tout est bien qui finit bien. »
vGooqIc
— godiez les femmes de Shakespeare, lamour ne produit que de bons sentiments.
Gertrude, la mère d*Hamlet, est la seule qu'une passion désordonnée conduise au crime. Les courtisanes elles-mêmes se retrempent dans une afifection véritable. Au lieu de vivre près de César triomphant, Cléopâtre meurt fidèle à Antoine malheureux. Cressîda, nous dira-t-on, n'est pas un modèle de constance, elle a aimé Troïlus dans le camp des Troyens, Diomèdc chez les Grecs, et il est probable que la perfide en aimerait ailleurs un troisième sans scrupule. On peut répondre que Shakespeare n'a pas voulu tracer un caractère sérieux ; cette figure lutine s'est épanouie sous la plume du poète dans un jour de liesse, et Cressida a tout simplement devancé les héroïnes légères de ces parodies qui devaient faire les délices du xix« siècle. Mais voici venir une blonde fille du Nord qui n'a pas Tâme virile d'Hélène.
Ophélia était née pour le bonheur tranquille et les affections calmes du foyer domestique : les orages de la passion doi-
vent infailliblement briser celte frêle créature. Elle n'a jamais connu les caresses d'une mère et a été élevée sous la tutelle de son père, un vieux chambellan.
L'étiquette d'une cour monotone a enchaîné sa vie ; son caractère mélancolique s'est développé sous le ciel gris d'Elseneur; Tâme enthousiaste et rêveuse s'est repliée sur elle-même, -mais le cœur n'a pas échappé à la loi commune et s*est donné sans retour. Les visées ambitieuses de Polonius touchent peu la jeune fille ; ce n'est pas l'héritier du trône qu'elle aime : c'est Hamlet, le Danois, avec ses bizarreries et ses caprices. Laè'rte conseille à sa sœur de réprimer un sentiment qui ne peut rien amener de bon. Il n'en faut pas davantage pour jeter l'alarme dans cette âme chaste et scrupuleuse; lettres parfumées, sonnets amoureux, riens charmants, qui étaient tout pour ce cœur épris, ne resteront pas plus longtemps entre les mains d'Ophélia. Elle ne transige pas avec le devoir, mais elle souffre cruellement, et s'imagine que ses rigueurs ont troublé la
raison d'Hamlet. Illusion naïve! Pour le prince, l'amour a été un passe-temps d'oisif, un enfantillage de la jeunesse, une violette du printemps, qui se fane devant les soucis de la vengeance. Vainement Ophélia emploie mille ruses innocentes pour raviver un souvenir effacé; parle-t-elle de tendresse? Il est tout entier à la haine et combine la sombre tragédie qui va dévoiler les crimes de Gertrude. <( — Je vous ai aimée autrefois, » dit-il, comme se réveillant d'un songe. — « Vous me l'avez fait croire, en effet, monseigneur. — Vous n'auriez pas dû me croire; je ne vous ai point aimée! » ^
Devant ce brutal démenti , Ophélia n'exhale qu'une plainte timide : « Puis-