Les héros du christianisme a travers les ages
Au sommet du cinquième siècle, oîi nous venons d'atteindre, l'Histoire ne s'arrête que pour compter les débris amoncelés derrière elle; son pas chancelant n'avance plus, à travers les événements, ({ue pour descendre aux abîmes.
Le nouveau déluge qui venge les iniquités de la terre monte de tous cotés. Ses flols d'hommes se poussent et se soulèvent comme l'Océan des anciens jours, chassé de son lit par les cataractes du Ciel.
De la mer Noire et de la Baltique, du Rhin et du Danube se
T. IV i
précipitent Tun \ers l'autre les courants de cette inondation; la Méditerranée, qui côtoya tant de gloires antiques, devient une autre mer Morte où vont se perdre, un à un, les lambeaux détachés du naufrage romain.
Le pressentiment de ce cataclysme était partout.
La voix des solitaires l'avait annoncé du fond des Thébaïdes.
Augustin, Tillustre évêque d'Hippone, témoin des derniers abaissements du règne d'Honorius, écrivait avec une tristesse prophétique : « L'incertitude des choses de ce siècle est si grande , on voit si souvent tomber les princes' de la terre , que ceux qui mettent en eux leurs espérances n'en obtiendront pas même la sécurité du tombeau!... D'horribles nouvelles sont partout répandues : on n'entend plus retentir que les mots de carnage, incendie, rapine, extermination! Nous gémissons, nous pleurons, et nous ne serons point consolés !... »
a Rome, » s'écriait saint Jérôme, « sera le sépulcre des peuples dont elle a été la mère ! La lumière des nations va s'éteindre !... La faux des ravageurs coupera la tête de l'Empire, et avec cette tête tombera celle du Monde!... »
Les Barbares eux-mêmes qui se ruaient à l'assaut du Capitole, semblaient comprendre que la race romaine était leur proie légitime : « Lorsque nous voulons, » disait je ne sais plus quel chef des Ostrogoths, « lorsque nous voulons jeter à la face d'un ennemi l'injure la plus sanglante, nous l'appelons Romain ; ce nom signifie bassesse, lâcheté, avarice, débauche, mensonge : il suffit à tous les vices. »
Mais au-dessus de cet amas de misères , au fond duquel tout nous apparaît submergé, une arche mystérieuse, chargée des destins de l'Humanité , vogue toujours à la surface des grandes eaux. Quelques cœurs se sont humiliés sous la main de Dieu ; quelques voix ont crié vers le Ciel: « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons!... » et selon la promesse de Jésus-Christ, l'Église impérissable s'avance, majestueuse et lente, comme une barque de sauvetage universel, envoyée aux infortunes qui avaient du aïoins gardé l'espérance et la foi.