‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 2 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Au cinquième siècle, trois sociétés se trouvaient en présence : la société romaine, la société barbare, et la société chrétienne. Rome s'écroule sous le poids du colosse barbare , mais celui-ci expire à son tour, broyé sous la pierre de l'Église. La race de David a terrassé le nouveau Goliath ; mais, au lieu de le tuer, elle le soumet : c'est la victoire réelle et complète dont l'antre n'était que la figure.

A mesure que vous avancerez dans ces lugubres récits, vous verrez l'Église seule affronter les Barbares. Tandis que le vieux monde, comme un condamné qui sent battre en ses artères fiévreuses le glas de la dernière heure, cherche autour de lui en tremblant son rêve d'éternité, et ne trouve plus qu'un suaire au seuil des catacombes, l'anachorète chrétien monte de sa solitude ; l'évèque, le prêtre et le diacre descendent de l'autel , et, courant au-devant des vagues de la barbarie, ils leur présentent la Croix, comme naguère le Christ avait jeté son manteau dans la tempête de Génésareth.

A travers les chemins que ne défendront pas les prières des pasteurs, le désert suivra les Barbares; d'une mer à l'autre, vous ne verrez que tronçons de peuples pétris avec la poudre des cités; c'est l'horrible vendange de la colère de Dieu, foulant des vignes humaines sous le pressoir des démons.

Mais quand le bruit de la chute du colosse antique aura cessé; quand les fossoyeurs du Passé, jetant leur pioche sur la pourpre d'Augustule, s'arrêteront pour mesurer le champ des ruines, vous verrez une croix debout sur ce grand cimetière: et, du pied de cette croix, un vieillard, l'Evêque du Monde, ouvrant l'Évangile au chapitre de Lazare, viendra ressusciter la société, comme Jésus rendit la vie aux enfants de ceux qui avaient cru en luL

Rome , rachetée par le sang des martyrs , se relèvera couroiinée des lumières que Jérusalem a perdues.

Spectacle ineiîable, comme une vision jaillie des tabernacles éternels! C'est de Rome transfigurée que part la civilisation moderne pour faire le tour de l'univers Au fond dés solitudes, le missionnaire apostolique retrouve la science et les arts; sv.r les champs que îe désastre à fauchés, il sème à pleines mains les trésors d'une vie nouvelle. Le Barbare, qui ne connaît que la force, lui oppose le fer : il le touche de sa croix de bois et passe. L'esclave de la conquête lui tend les bras : il dénoue sa chaîne et le relève apôtre.

La chaire de saint Pierre devient la tribune de l'univers. Les conciles, ces parlements de la Chrétienté renaissante, apportent avec eux la science d'accorder la liberté avec la grandeur. Grâce à cette glorieuse république de l'Église , l'esprit s'empare du gouvernement général; l'art s'assied dans les cathédrales , l'histoire dans les abbayes , la philosophie dans les écoles épiscopales, la politique au Vatican, Capitole de l'avenir; l'égalité règne, sous la tiare, au sommet du mont féodal , au-dessus des trônes d'or qui tombent et des trônes de fer qui s'élèvent.

Voilà les lueurs du Moyen Age: achevons de franchir les ombres du Passé.

Du pâle règne de Théodose il reste quelques lois. Les unes achèvent la destruction du polythéisme en excluant de toute fonction publique ses derniers sectateurs. Les autres changent en églises chrétiennes les temples qui n'étaient pas encore lom-. bés sous le marteau du culle victorieux. H fut toutefois interdit aux chrétiens de susciter aucun trouble contre les idolâtres, et aux orthodoxes en particulier de tirer représailles des anciennes violences commises par les hérétiques.

Malheureusement, le pouvoir exercé dans les provinces par

Page 1