‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 184 sur 222 · LIVRE HUITIÉiME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÉiME

nients , et se portèrent sous les murs de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés.

Paris s'attendait à voir ses maux vengés par une éclatante victoire. L'empereur semblait appelé à renouveler le rôle de Camille dans Rome envahie. Clovis, Pépin le Bref ou Cbarlemagne l'eussent fait; ces grandes ombres durent s'indigner dans leur tombe, quand il fut acquis à l'histoire qu'à l'exemple de Charles le Chauve , Charles le Gros payait lâchement aux envahisseurs sept cent livres pesant d'argent pour la rançon d'une ville invincible, et leur donnait, en outre, le droit d'aller ravager la Bourgogne. Puis cet empereur s'en retourna vers l'Allemagne, traînant sa majesté dérisoire parmi le mépris des nations.

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Tel fut le honteux dénouement du siège de Paris. Mais ses habitants ne trahirent point la gloire immortelle dont ils venaient de se couvrir; et, lorsqu'en vertu de leur traité avec Cbarles le Gros , les Normands réclamèrent le droit de remonter la Seine pour se rendre en Bourgogne, on vit l'abbé Ebles et l'évêque Anskérik, dignes émules de Goslin,^et fidèles à son héroïque mémoire, appeler de nouveau le peuple sur les remparts.

Les Normands furent réduits à mettre leurs barques à sec , pour les transporter par terre au delà de la Cité ; et cette manœuvre ne fut tolérée qu'après qu'ils eurent livré des otages, comme garantie du serment qu'on leur imposa de ne plus infester ni les abords de Paris, ni les environs de la Marne, lis passèrent de la Seine dans l'Yonne, et assiégèrent Sens qui suivit avec gloire l'exemple de Paris , en lassant tous leurs efforts après un siège de six mois.

Charles le Gros paya de son trône sa honte ineffaçable. Son

neveu Arnoulf lui ôta le pouvoir, et le réduisit à mourir, quelques mois après, au fond d'un monastère de Souabe.

L'année suivante, disent les Annales de Metz, le 24 juin 888, Eudes fils de Robert le Fort, vaillant homme qui surpassait tous les autres en beauté de visage, en hauteur de taille, en force et en sagesse, surprenait les Normands dans les bois et les défilés de l' Argonne , et en passait dix-neuf mille au fil de Tépée. L'éclat de ce triomphe était digne de la couronne qui en fut le prix.

Cependant la lutte contre les dernières agressions Scandinaves ne fut pas éteinte. Les Barbares avaient rallié leurs débris , et leur nombre avait suffi pour désoler Toul et Verdun ; Troyes venait de subir leurs farouches excès , et Paris les revit encore, l'an d'après, devant ses murs; mais ils n'osèrent l'assaillir de nouveau, et transportèrent leurs navires par terre, comme ils avaient été contraints de le faire pour remonter la Seine. Ils prirent de là le chemin de l'Ouest, et allèrent réduire par la faim et la disette d'eau le château de Saint-Lô, que Lista, évêque de Goutances, défendit contre eux avec un courage digne d'un sort plus heureux. Les assiégés ouvrirent leurs portes sur la foi d'une capitulation et furent égorgés. Mais cette catastrophe borna les succès des Normands; ils furent défaits sur les landes de Bretagne, et, de quinze mille qu'ils étaient, quatre cents à peine purent regagner leurs barques.

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