‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 186 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

se fondent, les rapports hiérarchiques commencent à s*étabhr; les existences et les propriétés sont encore exposées à de violentes attaques, mais la résistance contre les brigandages nationaux ou étrangers , grandit chaque jour.

Les métairies ouvertes et les maisons de bois qui parsemaient les campagnes se sont transformées en donjons de pierre; toutes les abbayes deviennent des châteaux forts ; chaque propriétaire rural fait de son domaine une place d'armes; sur chaque colline s'élève ojne tour crénelée. Les Normands décimés sont encore là, courant par toute laNeustrie, l'Aquitaine et la Bourgogne; mais le butin devient de jour en jour plus rare, et plus disputé par les résistances partielles qui éclosent à chaque pas.

Le roi Eudes était mort , et les flottes de Bafrbares reparurent sur la Seine; mais, cette fois, l'expédition Scandinave ressemblait moins à une association de guerriers aventureux qu'à une colonie d'émigrants et de bannis.

Une sanglante bataille navale avait renversé dans le Nord l'indépendance des chefs norwégiens aux pieds de Harold Harphager; une foule de petits princes, ne pouvant supporter la servitude, s'étaient réunis sous la conduite de Rolf , qui les ramena vers la Neustrie.

A leur approche, Witton, archevêque de Rouen, voyant sa ville hors d'état de résister, alla trouver le chef normand à son camp de Jumiéges, sur la Seine, et offrit de lui remettre sa cité , à condition que les habitants seraient épargnés.

Rolf accepta, et considérant le site avantageux de Rouen, il en fit le chef-lieu de sa colonie.

Évreux, Baveux et la plus grande partie des cités de la Neustrie acceptèrent également des colons qu'il n'était guère possible de repousser sans recommencer des guerres déplof râbles.

Le nom de Normandie devint donc, dès la fin du neuvième Isiècle, celui d'un vaste établissement dont le chef se conduisit [dès lors en maître intelligent plutôt qu'en destructeur aveugle. T. IV. 26

Il avait voulu un royaume en terre fertile, et ce royaume lui était donné par un dessein de la Providence qui l'appelait au Christianisme comme un autre Clovis.

La paix qu'il sut maintenir dans sa petite capitale ramena autour de lui, sur les deux, rives de la Seine-Inférieure, la plupart des habitants qui les avaient désertées. De temps à autre, les hommes du Nord recommençaient quelques expéditions; mais, comme ils ne se faisaient pas réciproquement la guerre comme les seigneurs franks , les terres devenues normandes demeuraient tranquilles derrière eux pendant qu'ils étaient en course.

Les premières années du dixième siècle les revirent pénétrer jusqu'au fond de la Bourgogne, de l'Auvergne et duBerry; en 911, trois flottes remontèrent simultanément la Seine, la Loire et la Gironde. Il paraît, disent les chroniques , que Rolf avait rallié à sa fortune tous les aventuriers normands qui couraient les rivières de France, et qu'il méditait l'extension de sa puissance à l'aide des bandes qui connaissaient toutes les localités des trois grands fleuves qui se jettent dans l'océan Atlantique.

Sous la direction d'un chef intelligent et qui possédait leur confiance, les trois flottes se montrèrent plus redoutables que toutes les précédentes, parce qu'elles agissaient d'après un plan combiné. Nantes, Angers, Saumur et Tours furent saccagés; les eaux de la Loire reflétèrent sur une immense longueur l'incendie de ses deux rives.

Les moines de Saint-Florent du Mont-Glonne , emportant les reliques de leur patron, s'étaient joints dans leur fuite à ceux de Saint-Philibert-en-Mauge. Ces derniers s'étaient engagés à procurer aux habitants des deux abbayes une retraite chez les moines de ïournus en Bourgogne, à condition que ceux de Saint-Florent payerait les frais de la route. Pressés de

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