‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 216 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

TOUS dévouant avec moi à la conversion de toutes les races qui ne connaissent point la lumière de l'Islam. Dieu m'a commandé de vous appeler à son service : êtes-vous prêts à me seconder ? »

XXXVIT

Cette scène inattendue produisit dans l'auditoire une étrange sensation. Devant ce révélateur d'un ciel composé d'une cuisine et d'un lupanar, les convives terrestres se divisèrent. Les jeunes hommes qu*aiguillonnait l'instinct des passions charnelles, crurent aisément que la voix de Dieu parlait par la bouche du prophète ; les vieillards , qui sentaient moins et qui réfléchissaient davantage, quittèrent en tumulte la salle du festin , et répandirent dans la Mecque le bruit que Mahomet avait perdu l'esprit.

Le scandale fut si grand , que les anciens de la ville s'en émurent. Soit que la pureté des mœurs arabes repoussât cette théologie luxurieuse, soit que l'amour de l'antique liberté pressentît la secrète ambition de Mahomet, le tribunal patriarcal décerna un arrêt de mort contre lui , et d'exil contre ses partisans.

Mahomet prit la fuite. Cette proscription le grandit. L'éloignement l'enveloppa d'une prestigieuse auréole. On l'eût peutêtre écrasé dans sa ville , on courut au désert pour l'entendre et l'adorer. En prêchant à des imaginations ardentes la conquête du monde , il se fit une armée. Au milieu d'hostilités incessantes avec les Arabes, et qui durèrent plus de vingt ans, il eut besoin de ressources, se jeta sur les marchands juifs de Palestine, les réduisit en captivité et s'empara de leurs trésors. Sa fortune ainsi assurée pour un long avenir, il s'éleva rapidement à l'apogée de son rôle conquérant , solda des troupes auxiliaires, traita d'égal à égal avec les princes d'Orient et 4'Occident, envoya, en son nom, et au nom de Dieu, des dé-

pûtes au roi de Perse, à l'empereur de Constantin ople, et jusqu'aux peuplades les plus lointaines de l'Afrique.

Maître de la Mecquje, et debout sur sa patrie terrassée, il déploie alors la bannière de l'avenir. « Frères, » s'écrie-t-il , « la prière porte le fidèle à la moitié du chemin vers le ciel , le jeûne à la porte même du Très-Haut, et l'aumône l'y fait entrer : mais le glaive est la vraie clé du ciel ! Une goutte de sang versé pour la cause de Dieu, une nuit passée sous les armes, seront plus comptées que deux mois de jeûnes et de prières ! Allons mettre à nos pieds l'univers , nous que le Tout- Puissant a choisis pour missionnaires armés de la vérité. La lutte sera longue et terrible, mais celui d'entre vous qui périra dans une bataille obtiendra le pardon de tous ses péchés ! Au dernier jour, ses blessures seront éclatantes comme le vermillon , parfumées comme l'ambre et le musc : des ailes de chérubin remplaceront les membres qu'il aura perdus, et les filles du ciel l'enivreront de voluptés éternelles! »

Au feu de cette parole magique , toutes les têtes s'enflamment. L'éclair jaillit de trente mille glaives; trente mille voix poussent un cri de guerre qui fera le tour du monde.

Mais le prophète ne montera pas au Capitole. Il a déifié la luxure : elle le tuera. Une esclave juive, Zeynab, jetée dans sa couche par le viol, se relève en se rappelant Judith , et se venge par le poison, entre deux baisers : Mahomet va mourir à Médine.

Il expire, comédien jusqu'au bout. Sur son lit d'agonie, qu'entourent ses disciples, il murmure encore les derniers mots du rôle immense qu'il avait cru remplir : « Allez, et enchaînez tous les peuples. »

De sa tombe béante, le démon de la servitude tire lentement les chaînes préparées à l'univers.

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