LIVRE NEUVIÈME
enthousiasme de Tavenir qu'il pressentait, et leur promit tous les trésors de la terre avec le bonheur de la vie future.
« Une nuit, » leur dit-il, « éveillé par l'ange Gabriel, je fus enlevé dans les airs sur un coursier céleste qui me conduisit de la Mecque au sommet de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem , d'où perçant les nues avec la rapidité de l'aigle, et traversant les sept cieux qui enveloppent la terre , je fus porté jusqu'à deux jets de flèche du trône du Tout-Puissant. Là, je pus contempler tous les êtres et le mystère de l'Univers , saluer les prophètes et les saints qui peuplent les sept cieux , converser avec eux, et jouir de la vue la plus intime et des communications les plus ineffables de l'Éternel , et sur le trône de sa majesté infinie flamboyait cette inscription, que Gabriel m'expliqua: «Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu , et Mahomet est son prophète. »
«Alors il me fut révélé que l'unité de Dieu commande l'unité de religion. Quand le vrai culte est néghgé ou se déprave, Dieu envoie un prophète pour le renouveler et le présenter aux hommes sous une autre forme. Adam, Noë, Abraham, Ismaël^ Isaac, Jacob, Moïse, David et Jésus ont précédé m.a mission. Tous les préceptes apportés par ces hommes saints ont été tour à tour accueillis , méconnus, défigurés à travers les siècles. In* spire par la miséricorde divine, et instruit par l'ange GabrieU je viens restituer la religion d'Abraham qui fut le père de notre père Ismaël. Abraham n'était ni juif, ni chrétien, mais soumis aux volontés du Dieu unique. Cette résignation de l'homme à sa destinée qui est écrite de toute éternité dans le Ciel , est le seul vrai culte, le seul qui sauve, le seul fait pour tous les peuples. J'en rapporte les lois du seuil de l'éternité, avec les promesses que Dieu fait à tous les hommes qui deviendront vrais croyants. Celui qui m'écoute, écoute Dieu; celui qui me méprise, méprise Dieu et court aux abîmes, les yeux fermés.
«Tous ceux qui abandonneront leurs faux dogmes pour embrasser r/s/a?7r, c'est-à-dire le dogme d'une résignation absolue aux lois sacrées dont je suis le dernier révélateur, sortiront de cette vie pour entrer dans une immortalité pleine de déli<;e»»
T. IV. -^i
«Sachez que de la terre au ciel s'élance un pont invisible, sur lequel doivent passer tous les morts. Quand ils franchissent ce pont plus mince qu'un cheveu, plus tranchant qu'un glaive de Damas , leurs actions sont pesées dans la balance de l'ange Isrâfil , gardien du livre des sorts. Dieu fait miséricorde à qui il veut. Les réprouvés tombent dans un gouffre sans fond, et les élus voient s'ouvrir le paradis , jardin de délices placé dans le septième ciel, au-dessous du trône de Dieu. Là se trouve l'arbre du bonheur, qui offre un rameau chargé de fruits aux lèvres de chaque fidèle. Cet arbre est si touffu, que le plus rapide cavalier ne pourrait en cent ans traverser son ombrage. Les rivières du jardin sacré jaillissent de ses racines ; leur eau plus blanche que le lait, plus parfumée que Tambre, donne l'oubli de toutes les douleurs.
« Chaque vrai croyant reçoit dans le paradis une demeure séparée; il y possède soixante-douze femmes divines, créées du musc le plus pur. Affranchies des infirmités du sexe mortel, et douées d'une perpétuelle virginité, ces filles du ciel passent l'éternité sous des pavillons tissus de perles, où elles attendent la venue des élus que Dieu leur donne pour époux. Des jeunes garçons plus radieux que l'aurore, leur présentent chaque jour trois cents plats d'or, contenant tous un mets différent, car Tappétit des bienheureux convives du Très-Haut est centuplé, et tout ce qu'ils mangent se dissout en parfums qui embaument le paradis.
« Ce ne sont là que les récompenses vulgaires destinées au commun des bienheureux. Quant aux jouissances de ceux qui partagent à un plus haut degré la faveur du Très-Haut , il faut renoncer à les décrire. La plus ineffable sera de contempler Dieu face à face , dans une extase auprès de laquelle pâlissent toutes les déhces sensuelles que j'ai entrevues dans les cieux. ' « Mais comment mériterez-vous d'être admis dans ce divin séjour, préparé depuis le commencement du monde pour les bénis de rÉternel?Ce n'est pas seulement par l'observance des préceptes que j'ai mission de vous enseigner; c'est encore en