PRÉFACE
Les Grecs ont personnifié dans us Heures ta marche régulière et la tranquille respiration du temps. Elles donnent à la durée son visage de justice ; elles en tempèrent la nécessité par la grâce ; elles exhalent la santé de P ordre. Elles reçoivent dans Hésiode les noms d^Eunomia^ de Dikèy d Eirènè^ la régle^ la justice et la paix. Ce qui se précipite avec une aveugle fureur^ Vimpatience de jouir., Vâpreté injurieuse à exister^ voila le péché contre les Heures. Chex un Barbare avide, le romain Marius, Plutarque^ instruit par la sagesse delphique, reconnaît la <f>i\ap-)^ia awpoçy Pambition qui les ignore. Si je ne voulais dire dans ce livre que mes Heures sur r Acropole, ne déroberais-je pas à d'' équitables déesses leur titre pour en couvrir la plus fragile fantaisie ?
L* Acropole avait ses Heures, et quand nous avons pris, en montant et en descendant la colline, quelques habitudes dociles, quand, par la voie panathénaïque, nous sommes entrés sans violence dans sa durée, nous reconnaissons que ces Heures vivent encore, et d^ une présence indiscutable et calme, comme, à V Erechteion, subsistent les Cariatides. Elles sont là qui veillent, et qui, sous la ruine apparente, aménagent une Acropole intacte. On y vénérait les trois Heures de V Attique, Thallo, Auxo, Carpo. Peut-être, au fronton oriental du Parthénon, les trois divinités quon appelle communément les Parques, figuraient-elles ces Heures. Mais, sur un vase du musée de Berlin, on les voit, la première qui porte une
lo LES HEURES DE L'ACROPOLE
h'anche de fleurs^ la deuxième sous un rameau de fruits qui prospèrent^ et la troisième tenant une potnme mûre dans sa main. Leurs noms transparents désignent les puissances de la végétation ; mais le passage de la graine à la fleur ^ de la fleur au fruit^ de la vie à la mort^ nous assure par surcroît dans une notion d''ordre^ nous fait participer à un rythme^ nous révèle un chœur. Notre intelligence assez réclaire pour y reconnaître le transfert^ toujours^ d''une beauté a une beauté^ la courbe mobile de la beauté. "Apicrrov /ilv vSwp... Le temps est une eau qui coule^ ety comme les nymphes la beauté des eaux^ les Heures humanisent sous de jeunes formes la beauté du Temps. Une expression locale désignait en Attique ce qui paraît à son moment^ sans hâte et sans retard^ ce qui occupe sa durée juste ^ ce qui croît dans la pleine collaboration des Heures : wpamv "iKacrOai. Le sens de r Acropole est d'^avoir^ en une parfaite plénitude, réalisé cette fortune, d'en offrir a notre pensée la forme intelligible. Des fleurs, une branche ployante, un fruit cueilli : V Acropole porte, sur l'aire d'un espace ordonné, une durée logique. N'incorporons pas à cette logique, ne mêlons pas à ces Heures, ce qui au contraire et à l' encontre, peut survenir de violence et les troubler. Reconnaissons l'ordre de temps que l'une à l'autre elles se transmettent, comme les trois sœurs du Parthénon. Une branche de fleurs parfaites, ici, s'est tendue, fraîche de rosée, a subsisté huit sitcles dans la lumière antique ; puis, de mains ignorantes, la force a secoué l'arbre, a fait tomber les pétales, a recouvert le sol sous une neige de marbre blanc. La fin, la mort f Non. Apres l'arbre défleuri, vint l'arbre robuste et sans poésie, mais dont les branches chargées penchent : la science active, patiente, qui a désenseveli, mesuré, comparé, écrit. Emporté, aussi, volé, pour les musées cimmériens ! Et après ? Ses fruits ont rempli leur office de porte-graines, l' Acropole n'est plus dans l'Acropole, elle est présente à toute beauté d'Occident.