‹ Les heures de l'amiral Prigent de CoëtivyChapitre 3 sur 10 · VII. Comment la Mort respont à la Vie (Il strophes · texte numérisé non relu

VII. Comment la Mort respont à la Vie (Il strophes

A ma très doulce dame,

Très noble famé,

Vie, de tout le monde amée,

Je, Mort maleureuse et infâme,

Que chascun blâme,

Très misérable et adoulée,

De toute joye aliénée Et déboutée,

En lieu de salu je vous mande Plainte de plours environnée Et arrosée.

Et à vous je me recommande.

Le volume se termine par un dictié, poème français d’environ 1,600 vers, qui a pour sujet les mystères de la religion et la morale chrétienne. Il est dépourvu de titre et commence ainsi :

O glorieuse Trinité,

Une essence en vraye unité En ni singulières personnes,

O glorieuse deité En souveraine majesté,

Qui ung Dieu de toutes pars sonnes,

Qui toutes choses feis bonnes,

Qui les mi eslemens esbonnes.

Qui règne[s] en éternité,

Qui vivre et entendement donnes,

Et tous tes biens nous abandonnes,

Ayde moy à ce dictié.

C’est la pièce que Méon a publiée, à la suite du Roman de la Rose 1 , sous le titre de : le Trésor de maistre Jehan de Meung ou les Sept articles de la foi , et que M. Paulin Paris1 2 a cru devoir restituer à Jean Chapuis.

Le livre que je décris est surtout précieux en raison des 150 grandes miniatures dont il est orné. La plupart sont remarquables comme composition, comme dessin et comme coloris. L’attention doit principalement se fixer sur une trentaine de tableaux qui se rapportent à la vie de la sainte Vierge; il faut, à coup sûr, les classer parmi les plus gracieuses productions de l’art français du milieu du xve siècle.

Il y a, en outre, sur les marges de presque toutes les pages de petites peintures, dont la plupart sont très finement exécutées et dont les sujets sont très variés : scènes religieuses, scènes de genre, animaux de toute espèce, grotesques, etc.

La provenance du livre en augmente encore la valeur.

Les armes de Coëtivy, fascé d’or et de gueules de six pièces, sont peintes sur les marges d’un grand nombre de pages. Une dizaine de fois au moins, ces armes ont pour support un ange et un lion. Les mêmes armes et les mêmes supports se voient sur un sceau de l’amiral Prigent de Coëtivy, appendu à une quittance du 22 février 1449 (n. st.)3.

Deux devises sont très fréquemment répétées. L’une : Dame sans per, est parfois accompagnée d’une feuille de fougère ; l’autre : Hélas! Belle merci, est généralement tracée sur un

Page 1