‹ Les heures de l'amiral Prigent de CoëtivyChapitre 6 sur 10 · DAME SANS PER · texte numérisé non relu

DAME SANS PER

A PRIGENT.

IV. Musée britannique, fonds Lansdowne, n° 1179. — Livres IX- XVI du Miroir historial de Vincent de Beauvais. La devise et la signature de l’Amiral sont à la fin de ce manuscrit, qui est le deuxième volume de l’exemplaire dont la Bibliothèque nationale (fr. 52) possède le dernier2.

Ce n’est là qu’une bien faible partie de la librairie de l’amiral Prigent de Coëtivy. Les titres d’une vingtaipe de volumes qu’il avait rassemblés ont été relevés par feu P. Marchegay 3 dans des fragments de comptes et d’inventaires que lui avait communiqués M. le duc de La Trémoïlle. Ce petit catalogue doit trouver sa place ici :

Une mappemonde, couverte de damas roge broché d’or.

Une peau de parchemin en laquelle est figurée une ville.

Unes petites Heures d’or.

Unes autres Heures d’or, bien belles, auxquelles est Nostre-Dame très bien et richement esmaillée, ix enges de toutes pars et Nostre- Seigneur par-dessus, qui luy met la couronne sur la teste; le tableau garny de xx grosses perles et de x rubis.

1. Et non Dame sans sy. Voir P. Paris, les Manuscrits françois, t. I, p. 58.

2. Voir le rapport de M. Paul Meyer, dans les Archives des missions, 2e série, t. III, p. 278, et Documents manuscrits de l’ancienne littérature de la France conservés dans les bibliothèques de la Grande-Bretagne, lre partie, p. 32.

3. Bulletin de la Société archéologique de Nantes, 1871, t. X, p. 161. — Lettres missives du chartrier de Thouars, publiées par P. Marchegay, Série du XVe siècle, p. 15.

LES HEURES DE l’aMIRAL PRIGENT DE COETIVY. 7

Unes belles Heures, escriptes en lettres de forme, bien ystoriées, couvertes de veloux cramoisy broché d’or, à fermouers d’or, mises en une bourse de cuir rouge.

Le Mirouer historial en quatre volumes, couvers de velours noir.

Le Trésor des histoires, en un grant volume couvert de velours vermoil.

Ung Titus Livius, couvert de velours noir.

Les Histoires de Josèphe et de Merlin, tout en ung livre couvert de cuir vermeil.

Les Groniques de France, escriptes en lettres de forme, vestues d’une chemise de soie vert brochée d’or.

Les Groniques des rois et princes qui régnèrent en la Grant-Bretaigne, et le livre du roy Meliadus de Lionnoys, en ung grant livre couvert de cuir vermoil.

Boëce, de Gonsolacion, en ung petit volume comme unes Heures.

La Légende dorée.

Boccace, des Melleures femmes.

Le livre de Tristan, escript en lettres de court, couvert de cuir roge.

Le livre de Lancelot.

Le livre de Guyron le Courtoys.

Le romans de la Roze.

Ung petit livre en papier pour se congnoistre en fait de monnoie et autres choses.

Deux petiz papiers qui parlent du fait du consille et du pape.

La décoration de trois de ces volumes, les Romans de Tristan, de Lancelot et de Giron le Courtois, avait été confiée à un enlumineur nommé Hancelin, qui reçut pour son travail une somme de 90 livres 17 sous 6 deniers tournois. Il doit s’agir ici de l’enlumineur parisien Jean LIaincelin, qui travaillait en 1448 pour le duc Charles d’Orléans1.

Mais ce qui nous montre quel souci l’Amiral avait pour la conservation de ses livres, c’est une lettre dans laquelle il insiste sur les précautions à prendre pour les faire voyager2 :

A Olivier du Boys et Taillebourg le Poursuivant.

Olivier et toy Taillebourg, Au partir d’ici je vous avoie dit que je

t. Le Cabinet des manuscrits , t. I, p. 113.

2. Bulletin de la Société archéologique de Nantes, t. X, p. 163, d’après l’original appartenant à M. le duc de La Trémoïlle.

8 LES HEURES DE l’aMIRAL PRIGENT DE COETIVY.

vous envoieroye Fleurequin et de l’argent par lui, duquel ne puis avoir ne recouvrer d’ici à xir ou xv jours. Et pour ce mettez voz besongnes à point et vous en venez le plus tost que vous pourrés; mais envelopez très bien mes livres et les faites enfoncer en pippes, en et par manière que, s’ilz cheoient en l’eaue, qu’ilz ne se puissent mouller ne gasler en aucune manière. Et gardez bien que vous ne meslez ceulx qui sont chez maistre Jehan Festin avec ceulx qui sont chez Paoul, mais les faites mettre à part les ungs des autres en belles pippes, tellement que, pour pluie ne eaue quelconque, ils ne se puissent gaster.

Escript à Taillebourg, le xxime jour de septembre.

L’Admiral.

Dans le partage de la succession de Prigent de Coëtivy, les Heures qui forment le sujet de la présente notice furent attribuées à sa veuve Marie de Raiz, qui en donna reçu le 19 janvier 1451 (n. st.), dans les ternies suivants1 :

Nous, Marie, dame de Rays, certiffions avoir receu de maistre Jehan Bourdelot, par les mains de Jehan Taule, unes petites Heures, escriptes en lettres de forme, enluminées d’or et d’azur, couvertes de veloux cramoisy, doublée ladicte couverture de satin cramoisy; et sur icelles Heures, dix clous d’or, en manière de rozes, fermantes d’un grant fermouer d’or, en manière de roze. Et d’icelles Heures sommes contente. Tesmoign ceste cedule signée de nostre main, le xixe jour de janvier, l’an mil 1111e cinquante.

Marie de Raiz.

Après la mort de Marie de Raiz, les Heures durent arriver entre les mains de son beau-frère, le cardinal Alain de Coëtivy, évêque d’Avignon. C’est ce que nous pouvons déduire du chapeau de cardinal dont les armes de Coëtivy ont été timbrées après coup sur la page faisant face à une image de saint Yves.

Le cardinal de Coëtivy dut apprécier la valeur d’un tel manuscrit. Il aimait, en effet, les beaux livres. Nous en avons la preuve dans plusieurs volumes qu’il avait fait copier et enluminer, ou du moins dont il s’était assuré la possession. Tels sont :

1. Publié par P. Marchegay, dans la Revue des sociétés savantes , 4e série, t. V, p. 346, d’après l’original que M. le duc de La Trémoïlle avait communiqué à l’éditeur. — Lettres missives du chartrier de Thouars , série du XVe siècle ,

J. Le ms. latin 848 de la Bibliothèque nationale : Missel aux armes du Cardinal.

II. Le ms. latin 4192 A. de la même Bibliothèque : Provincial, contenant les taxes des évêchés et des abbayes, avec les armes du Cardinal.

III. Le ms. latin 5565 A de la même Bibliothèque : Volume d’origine italienne, à en juger d’après l’écriture et les enluminures des fol. 1, 41, 71 et 101, sur lesquels sont peintes les armes du Cardinal. Il contient les quatre morceaux suivants :

1° (Fol. 1.) L’Andréide ou relation de la réception à Rome du chef de saint André, en 1462, par Pie II;

2° (Fol. 41.) Le discours d’Æneas Silvius à l’Assemblée de Francfort, en 1454;

3° (Fol. 71.) Le discours de Pie II, dans l’Assemblée de Mantoue, sur la nécessité de déclarer la guerre aux Turcs, le 26 septembre 1 459 ;

4° (Fol. 101.) La déclaration du même, au sujet de la guerre à faire aux Turcs, le 22 octobre 1463. Le frontispice de cette dernière pièce représente une flotte, dont un bâtiment est pavoisé aux armes du cardinal de Coëtivy 1 .

IV. Le ms. 249 de la bibliothèque de Poitiers : Vies des Pères; belle copie d’origine italienne2.

On voit que le cardinal partageait les goûts de son frère pour les beaux livres. Il crut faire sa cour à Louis XI en lui offrant un volume qui devait être d’assez grand format, puisque le roi, pour mieux l’envelopper, fit faire un sac de deux peaux de mouton3.

On ignore par quelles vicissitudes ont passé les Heures de l’amiral de Coëtivy depuis la fin du xve siècle jusqu’à nos jours.

Comme on l’a vu plus haut, ce fut le 12 mars 1897 que j’en eus communication et que je pus prendre les notes d’après lesquelles la présente notice a été rédigée.

Le lendemain, 13 mars, je remis le manuscrit à M. Pallotti, avec une lettre d’introduction pour Monseigneur le duc d’Aumale.

Mon cher et regretté collègue, confrère et ami, Georges

1. Cette peinture a été reproduite dans Y Histoire de la marine française, par M. de La Roncière, t. I, en regard de la p. 258.

2. Gatal. des manuscrits des départements , t. XXV, p. 73 et 74.

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