AVANT-PROPOS
vant d’offrir au lecteur les Heures de Notre-Dame, nous avons à cœur de rendre un respectueux hommage à la mémoire de M. Charles Ruelens, le regretté conservateur des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique. Tous ceux qui ont connu le sympathique érudit savent avec quel empressement et quel enthousiasme il faisait les honneurs du précieux dépôt confié à ses soins. C’est grâce à son obligeance toujours en éveil qu’il nous a été donné de passer en revue d’inestimables joyaux et de les examiner à loisir. Aussi bien, avons-nous emporté de cette étude le souvenir de véritables jouissances que nous espérons faire partager aux amateurs de notre art national.
Au nombre des œuvres de prix que possède la section des manuscrits, il convient de citer, en première ligne, les Heures de Notre-Dame, dites de Hennessy, que plusieurs écrivains autorisés ont citées avec le plus grand éloge. Ce manuscrit présente, à divers égards, tant de charme, qu’il nous a paru utile d’en publier toutes les miniatures.
Critiques et artistes y trouveront des pages curieuses et des documents du plus haut intérêt ; ils y verront l’œuvre d’un enlumineur célèbre, digne êmide des Horebout, et fort goûté de ses contemporains. Simon Bening, l’auteur de ces pages charmantes, est un paysagiste des plus habiles de l’ancienne école flamande. Pour les compositions sacrées ou profanes, maître Simon prend
son bien où il le trouve : ici, il s’inspire des maîtres de l’époque médiévale; là, il subit l’influence de la Renaissance. Il nous donne même une des premières copies de la Cène de Léonard de Vinci qui ait été exécutée par une main flamande. Les Heures de Notre-Dame, enluminées vers i53o, sont donc une œuvre de transition comme le bréviaire Grimani. En tout cas, elles sont pleines d’attraits et dignes d’être étudiées sous tous leurs aspects. Dans son admiration, M . Charles Ruelens n’hésitait pas à écrire : « Nous regardons ce manuscrit comme le chant du cygne de l’art de la miniature aux Pays-Bas; après lui, il se produisit encore ça et là quelques œuvres remarquables, mais avant le milieu du siècle, à l’avènement des guerres religieuses, le manuscrit illustré cède tout à fait la place au livre orné de gravures. »
Dans le présent travail, nous n’ étudierons que les Heures de Hennessy, nous réservant de faire connaître, plus tard, d’autres miniatures émanant de divers foyers de l’école ganto-brugeoise et dispersées, actuellement, dans des collections d’amateurs ou conservées dans des bibliothèques publiques.