VI. — Simon Bening et Liévine Bening
imon Bening naquit à Gand, dans le dernier tiers du xve siècle. On ignore la date de sa naissance. Il est peu probable qu’il se soit affilié à la corporation de Gand, car on ne découvre aucune trace de son passage dans les documents publiés par MM. De Busschere et James Weale. D’ailleurs, il avait tout intérêt à se fixer à Bruges, où les maîtres qui pratiquaient l’enluminure jouissaient de tous les avantages découlant de la vie corporative. Par le fait même, il échappait à la rivalité des Horebout, qui se trouvaient, à Gand, à la tête du mouvement artistique.
Simon Bening fut reçu, en i5o8, en qualité de membre et de francmaître de la gilde de Saint-Jean l’Evangéliste. Bientôt après son affiliation il quitta Bruges pour y revenir en i5i2. La même année, il s’en éloigna de nouveau jusqu’en i5i6, et à partir de cette date il s’y établit définitivement. A quelles circonstances faut-il attribuer les absences dont il vient d’être question? Ou bien il retournait à Gand pour se rapprocher de son père, ou bien il était appelé au dehors pour
des travaux importants qu’il devait exécuter sur place. D’autre part, certains indices autoriseraient à admettre que maître Simon séjourna quelque temps à l’étranger.
A la mort de son père, survenue en i5ig, il acquit le droit de bourgeoisie. Il se maria deux fois; il perdit en 1542 sa première femme, Catherine Stroo, dont il eut cinq filles, entre autres Liévine, qui se fit une grande réputation comme miniaturiste. Le nom de sa seconde femme ne nous est pas connu; on sait toutefois qu’elle décéda le 8 mai i555 sans postérité. Simon laissa au surplus une fille naturelle, nommée Laurence Duleaert, en faveur de laquelle il fit des donations et un legs.
Comme son père Alexandre, Simon Bening eut une carrière d’un demi-siècle. En i522, il donna à la corporation des enlumineurs brugeois une miniature destinée à un Missel, représentant le Christ en croix. En retour de ce don, maître Simon fut dispensé de la contribution annuelle ainsi que de la redevance en cire qu’il était obligé de payer parce qu’il avait des apprentis. Deux ans plus tard, en i524, maître Simon fut élu doyen de la gilde.
Simon Bening, qui a été loué en des termes si flatteurs par François de Hollande, est cité également fort honorablement par des historiens du xvie siècle. « Simon Beninc, dit Guichardin, excellent enlumineur, comme aussi Gérard se fait cognoistre des premiers à enluminer ; et Lancelot merveilleux à représenter par la painture un feu au vif et naturel, tel que fut le saccagement et embrazement de Troye; et tous ces trois estoyent natifs de Bruges (1). »
Le témoignage de Vasari n’est pas aussi explicite ; il se borne, en effet, à mentionner notre artiste parmi les enlumineurs les plus célèbres de nos contrées : « Or, afin que nous sachions quelque chose des miniaturistes de ces pays, on dit que les suivants étaient excellents : Marin de Siressa, Luc Husembout de Gand, Simon de Bruges et Gérard (2). »
(1) Guicciardini. Description de touts les Pais-Bas. Anvers, i582.
(2) Vasari « Opéré ». Di diversi artefici Fiamminghi, t. V, p. 2g3. Firenze, 1823.
Pl. IX.