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PIÈCES JUSTIFICATIVES

Renseignements relatifs au Missel de Dixmude.

Betaelt voor ix cayeren fransiins ghecocht te Brugghe om me te scrivene den missael bouck up tbereck, iiii 1. x s. P. ende ii s. P. van vrechte, comt.

iiii 1. xii s. Par.

Betaelt d’heer Jan de Brouckere, voor xii vellen fransiins ieghens hem ghecocht om tselve, te vs. tstick, comt.

iii 1. Par.

Betaelt noch van gheliicke xii vellen ghecocht om tselve. iii 1. Par.

Betaelt Pierchon Esqualliet, van gheschreven thebbene den voornoomden missael groot xxix cayeren, te xxxii s. P. elc cayer, ende iiii 1. xvi s. die hem up den hoop gheconsenteert waren voor tcorrigieren ende collacioneren, comt homen. x 1. VI 1. viii s. P. (1).

Betaelt meestre Symon de verlichtere te Brugghe, van te schilderen een crucifix in den missaelbouck up tbereck.

xl. P.

Payé pour neuf cahiers de vélin achetés à Bruges pour y écrire le missel destiné à l’hôtel de ville, 4 1. 10 esc. P., et pour fret 2 esc. P., ensemble 4 1. 12 esc. Par.

Payé au sieur Jean de Brouckere, pour douze feuilles de vélin achetées chez lui pour le même livre, à cinq escalins la feuille. 3 1. Par.

Payé pour encore douze feuilles pareillement achetées chez le même. 3 1. P.

Payé à Pierchon Esqualliet, pour avoir écrit le dit missel de 29 cahiers à 32 esc. P. le cahier, et 4 livres, 16 escalins Parisis, qui lui furent accordés en sus pour avoir corrigé et collationné le tout ensemble. 46 1. 8 esc. P.

Payé à maître Simon, enlumineur à Bruges, pour avoir peint un crucifix dans le missel destiné à l’hôtel de ville.

(1) Compte de la ville de Dixmude du ier mai i52g au ier mai i53o.

Betaelt den broeders van de Derde Oordene, van te biindene den missael bouck, up tbereck ende anders.

vi 1. P. (i).

Payé aux frères du Tiers Ordre, pour la reliure du missel destiné à l’hôtel de ville. 6 1. P.

L’Art ancien à l’Exposition nationale, publié sous la direction de M. Camille de Roddaz, 1882.

« Quelques-uns des grands sujets, dit M. Ch. Ruelens, sont des reproductions, un peu modifiées, de peintures du bréviaire Grimani, et il n’y a point de doute que le livre ne sorte des mêmes mains. Mais les compositions étant établies sur des dimensions moindres, sont traitées ici avec plus de délicatesse et de fini.

» Dessin, coloris, perspective, science de la figure, tout y est d’une perfection extraordinaire; quelques compositions sont hors de pair, comme vérité, comme étude de la nature, entre tout ce que l’Art flamand a produit en ce temps-là. On semble y reconnaître la main de deux artistes : l’un d’eux a vu l’Italie, car il reproduit en grisaille, sur une predella , la Cène de Léonard de Vinci, et on voit qu’il s’est inspiré des maîtres de la péninsule. Mais l’œuvre est essentiellement flamande; malheureusement, nous en sommes réduits aux conjectures, quant au nom de l’artiste ou des artistes.

» On a émis l’opinion, favorisée par quelques indices, que ce diamant de l’Art a été créé pour Jeanne la Folle. En tous cas, il était digne d’être offert à celle qui fut la mère de Charles-Quint.

» Nous regardons ce manuscrit comme le chant du cygne de l’Art de la miniature aux Pays-Bas. Après lui, il se produisit encore, ça et là, quelques œuvres remarquables, mais avant le milieu du siècle, à l’avènement des guerres religieuses, le manuscrit illustré cède tout à fait la place au livre orné de gravures.

» Après, sans doute, on confectionna encore des Heures, des Antiphonaires, des Albums et autres objets imitant avec plus ou moins de succès le manuscrit du moyen-âge, — on en fabrique encore de nos jours, — mais quelque brillants qu’ils puissent être, ils n’appartiennent plus à l’histoire de l’Art, pas plus, du moins, que n’y appartient une église gothique élevée par un professeur d’académie contemporaine. *

(i) Compte de la ville de Dixmude du 1er mai i53o au 1er mai i53i. (Compte transcrit par M. James Weale dans le Beffroi , p. 1 19, t. IV.)

Extrait du Bulletin de V Académie d’ Archéologie de Belgique, série (1887).

A qui doit-on attribuer les enluminures du livre d’Heures de Jeanne la Folle?

Note de M. J. Destrée.

Depuis de longs mois j’avais multiplié les recherches pour arriver à connaître l’auteur des enluminures du Petit Livre de Hennessy, connu également sous le nom de livre d 'Heures de Jeanne la Folle, et je me heurtais toujours à des difficultés de plusieurs sortes et, pour n’en citer qu’une seule et la première : la détermination de l’époque.

Je savais qu’il avait des points communs avec le Grimani; mais le célèbre ms. de la Bibliothèque de Saint-Marc me semblait antérieur. Bref, le costume m’y désignait une œuvre remontant à 1520 ou à 1525 environ.

A quel auteur pouvais-je l’attribuer avec quelque vraisemblance? J’examinai les données que me fournissait le livre lui-même. — Il avait été fait à Bruges : l’architecture, la représentation d’un tournoi célèbre, la reproduction d’une place historique, tout venait confirmer cette opinion. — Je ne suis pas l’auteur de ces constatations; elles ont été faites à diverses reprises et depuis plusieurs années.

Œuvre de mérite, ce livre n’avait pu être orné que par des enlumineurs de grand talent. Dans sa Description des Pays-Bas, Guichardin cite, entre autres miniaturistes de cette époque : Simon, Lancelot, Gérard « tous trois vivant à Bruges ». Consultant ensuite les nombreux documents publiés par M. James Weale dans le Beffroi, j’y vis la longue carrière et la valeur de maître Simon attestées par des preuves nombreuses. Quant à Gérard et à Lancelot, mes recherches ont été pour ainsi dire infructueuses.

J’inclinais donc à reconnaître dans Simon Bening un des auteurs de plusieurs belles pages du précieux manuscrit de la Bibliothèque royale. Du reste, j’avais un argument des plus sérieux à l’appui de ma thèse.

François de Hollande, dont le manuscrit a été reproduit par M. de Rascinzki dans son ouvrage sur les arts en Portugal, a porté sur Simon Bening un jugement que je trouvai parfaitement applicable à l’auteur de plusieurs pages.

Je cite le texte : « Maître Simon de Bruges, parmi les Flamands, fut le plus gracieux coloriste et celui qui fit le mieux les arbres et les lointains. > Apparemment l’auteur de cette appréciation connaissait des œuvres de l’enlumineur brugeois, car

je crois qu’il eût été difficile de s’exprimer dans des termes plus conformes à la vérité.

Il me restait toutefois à découvrir une preuve d’un caractère plus décisif. Je la demandai à l’artiste lui-même. M. Weale a décrit dans le Beffroi une page enluminée d’un missel de Dixmude exécutée en 1530 par Simon de Bruges.

Cette enluminure représente Jésus-Christ attaché sur la croix. La Mère de Dieu, à droite, dans l’attitude d’une profonde douleur et les yeux baissés vers la terre. Saint Jean, les bras croisés sur la poitrine, considère l’Homme-Dieu qui va mourir.

J’allai étudier le document sur place et j’acquis la certitude que l’exécution et l’esprit de la composition donnaient raison à mon hypothèse. De retour à Bruxelles, je constatai l’identité presque matérielle de l'œuvre de Dixmude avec une des pages du Livre d’Heures.

Je voulus dissiper les derniers doutes. J’obtins, grâce à l’obligeance de M. Feys, échevin, la faveur de confronter le Missel avec le livre d’Heures. Messieurs les conservateurs Hymans et Ruelens consentirent de très bonne grâce à refaire à leur tour cette confrontation et c’est pour vous donner l’occasion de contrôler mes conclusions que j’ai pris la liberté de soumettre à l’Académie deux photographies.

Il ne sera pas sans intérêt maintenant de connaître l’avis d’un critique autorisé, M. Edgar Baes (1), qui s’est occupé également des Heures de Notre-Dame :

« Le manuscrit n° 158 de la Bibliothèque de Bourgogne contient 57 sujets, les uns imités du Grimani, les autres inédits, d’un artiste habile à l’enluminure décorative, et déjà aussi épris du goût italien que Gossart. Moins étudié et fait pour ainsi dire d’une façon industrielle, il imite certains sujets avec une couleur un peu plus foncée que le modèle. Dans d’autres compositions, les costumes sont bien du xvie siècle avec un style un peu italianisé, et postérieurs à tous ceux du Grimani.

» Certains sujets, tels que les vignerons, sentent le pastiche, tandis que le Grimani montre une science réelle.

» La couleur de cette réduction, la façon de comprendre le paysage, les figures qui tiennent un peu de Gérard David, avec moins de spontanéité, se rapprochent absolument de la miniature de S. Bening appartenant à la ville de Dixmude et aux feuillets du British Muséum, mais la miniature montre une certaine lassitude. Elle est bien postérieure à ce bréviaire Hennessy qui, lui-même, ne peut avoir été fait avant 1515. »

(1) Bulletin des Commissions royales d'Art et cT Archéologie, t. xxvur, p. i55-56.

Travail exécuté par Simon Bening à la demande de dignitaires de la Toison d’Or.

« A Simon (Bening), élumineur, demeurant à Bruges, la somme de viij xx ix livres (de Flandre) pour les parties cy-après spéciffiées, par luy faiz pour les chancellier, trésorier et greffier de l’ordre du Thoison d’Or; premièrement, pour avoir fait et painct la figure et représentation avecq leurs armes et timbres en grand volume des cincq personnaiges, assçavoir : le duc Philippe, premier fondateur du dit Thoison d’Or, le duc Charles, l’empereur Maximilien, le roy don Philippe et l’empereur à présent, au pris de vj livres chascune figure des dits personnages, y comprins leurs armes et timbres ; item, pour avoir fait les escuchons avec les armes des chevaliers de l’ordre qui avaient esté depuis le commenchement du dit ordre jusque l’année (xve) xxxvij, qui sont au nombre de ix^iiij, au pris de xij sols vj deniers chascun; et pour ses journées et vacations d’être venu de la dite ville de Bruges en la ville de Bruxelles, vers les dits chancellier, trésorier, greffier et Thoison d’or, leur apporter les dices figures où il avait vacqué par leur ordonnance par l’espace de xxiiij jours (1). »

La splendide publication consacrée aux trésors d’art de la Maison impériale d’Autriche a reproduit plusieurs portraits des personnages énumérés dans le document que nous venons de transcrire. Que ces miniatures soient contemporaines de Simon Bening, il n’y a pas le moindre doute à cet égard. On sait également que ces reproductions font partie d’un exemplaire des statuts de la Toison d’or. Néanmoins il est certain que notre artiste flamand n’y a pas mis la main. Autant certaines figures de l’arbre généalogique des rois de Portugal, par exemple, se recommandent par le charme de l’exécution, autant les figures du manuscrit que nous citons sont traitées d’une manière large et rapide. Au fait, la facture n’est pas dépourvue d’une certaine habileté, mais elle manque des agréments qu’on aime à retrouver dans la miniature : l’harmonie des couleurs, la délicatesse du modelé. Bref, c’est le travail d’un décorateur plutôt que d’un miniaturiste.

(1) Registre n° F 222 de la Chambre des comptes, aux archives du Département du Nord, à Lille, cité aux pp. io3-io4, h, des Archives des Arts, Sciences et Lettres, d’Alexandre Pinchart.

Miniatures attribuées à Simon Bening.

Le fils d’Alexandre, Simon Bening, dit M. Durrieu, est, au contraire, à notre avis (i), représenté à l’exposition, dans les vitrines de la Biblioteca nacional (alos xviii, n° 113), par un délicieux bijou, un petit livre d’Heures rempli de miniatures de la plus exquise finesse (xxix). Tantôt ces peintures forment tableau principal au milieu de la page. Toujours elles se distinguent par des qualités de charme et de délicatesse hors ligne. Rarement Simon Bening a été mieux inspiré et mieux servi par son remarquable talent d’exécution. On voudrait pouvoir connaître le premier possesseur de ce ravissant volume. Son chiffre, que l’on trouve sur les feuillets, consistait en deux I gothiques; il avait pour devise : Vostre Demeure. C’était vraisemblablement quelque seigneur flamand. Toutes les rubriques du texte sont en langue française, de même au calendrier la fête des saints; parmi ceux-ci, on doit noter comme trait local la mention de sainte Aldegonde. Ces diverses indications mettront peut-être un jour sur la voie de la solution cherchée en dernier lieu. Le livre d’Heures peint par Simon Bening est venu de la bibliothèque du chapitre de Tolède.

(i)Paul Durrieu. Manuscrits d’ Espagne remarquables par leur peinture ou par la beauté de leur exécution, d'après des notes prises à Madrid à l'Exposition historique pour le quatrième centenaire de Colomb, et complétées à la Biblioteca nacional et à la Bibliothèque de l’Escurial.

(Extrait de la Bibliothèque de l’École des Chartreux, t. liv, i8g3.)

Le rapprochement de ce livre d’Heures avec la grande miniature du Missel de Dixmude, laquelle est authentiquée par un texte d’archives, nous paraît ne laisser aucun doute sur la légitimité de notre attribution à Simon Bening. (Note de M. Durrieu.) Nous avons tâché, mais en vain, de nous procurer une reproduction de ce manuscrit.

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